Escalade des tensions au Moyen-Orient
«Ce conflit militaire a le potentiel de connaître une escalade rapide», a averti le département d’État américain dans un message adressé aux ressortissants des États-Unis présents dans la région. Washington a souligné que les Houthis avaient engagé des hostilités contre l’Arabie saoudite, visant notamment des aéroports civils. Plusieurs représentations diplomatiques américaines au Moyen-Orient ont diffusé des consignes de prudence similaires.
Retour précipité de Donald Trump
Donald Trump, qui devait passer tout le week-end à la résidence présidentielle de Camp David, dans le Maryland, est rentré à Washington samedi soir. La Maison-Blanche n’a fourni aucune explication à ce retour anticipé et ne l’a pas publiquement relié aux événements en Arabie saoudite.
Explosions à Riyad
De fortes explosions ont retenti à deux reprises dans la capitale saoudienne. Des journalistes de l’AFP ont ensuite vu les pompiers éteindre un incendie sur un réservoir de carburant portant le logo du géant pétrolier Saudi Aramco, près de l’aéroport international du roi Khaled. Des images vérifiées par l’agence montrent une épaisse colonne de fumée noire s’élevant derrière les installations aéroportuaires.
Aucun élément indépendant ne permettait toutefois d’établir que cet incendie avait été directement causé par un projectile houthi. Les autorités saoudiennes n’ont signalé ni victime ni dégât causé par le missile qu’elles affirment avoir intercepté, et Aramco n’a pas répondu aux demandes de commentaire.
Riyad de nouveau sous alerte
Samedi soir, la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a confirmé qu’un missile balistique avait été lancé à l’aube en direction de Riyad. Selon son porte-parole, le général Turki al-Maliki, l’engin a été «intercepté et détruit avec succès» par les défenses aériennes saoudiennes.
La coalition a également affirmé avoir déjoué des tentatives visant «des civils et des infrastructures civiles» à Bisha, Taïf, Farasan et Yanbu. Cette dernière ville, située sur la mer Rouge, constitue un important débouché pour les exportations pétrolières saoudiennes.
Les Houthis ont, de leur côté, revendiqué deux opérations menées au moyen de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones. Selon leur porte-parole militaire, Yahya Saree, la première aurait visé «des sites sensibles dans la capitale saoudienne, Riyad», et la seconde des installations d’Aramco à Yanbu. Le mouvement n’a fourni aucune preuve permettant de confirmer que ses projectiles avaient atteint leurs cibles.
Témoignages des habitants
«J’ai entendu l’alerte, puis mes fenêtres ont tremblé», a raconté à l’AFP un habitant de 27 ans vivant dans le nord de Riyad. «C’était vraiment effrayant. Je ne m’y attendais pas.» Le trafic aérien a connu d’importantes perturbations avant de reprendre progressivement.
La capitale saoudienne n’avait pas été placée sous une telle alerte depuis le début, en juillet, de la nouvelle phase du conflit au Yémen. Elle avait cependant déjà été visée pendant la guerre régionale déclenchée fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran.
Plus tôt dans la semaine, Riyad avait accusé les Houthis d’avoir lancé un drone vers La Mecque, ville sainte de l’islam. Le mouvement yéménite a catégoriquement démenti cette accusation, la qualifiant de «mensonge éculé».
Lire aussi : Yémen : les Houthis font état de frappes de Riyad, qui les accuse d’attaques à La Mecque
L’Arabie saoudite a riposté en multipliant les frappes aériennes contre les zones contrôlées par les Houthis. Ces bombardements n’ont jusqu’ici pas empêché le mouvement de poursuivre son offensive sur le terrain.
Le verrou stratégique de Bab el-Mandeb
Depuis le début du mois de septembre, les Houthis ont progressé rapidement le long du littoral yéménite de la mer Rouge. Ils ont notamment pris le port de Mokha et plusieurs îles situées à proximité du détroit de Bab el-Mandeb, renforçant ainsi leur capacité à surveiller le trafic maritime. Il serait néanmoins excessif d’affirmer qu’ils contrôlent intégralement le détroit, où restent présentes des forces navales étrangères.
Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au golfe d’Aden et constitue l’un des principaux passages entre l’Asie et l’Europe via le canal de Suez. Sa valeur stratégique s’est encore accrue depuis que la guerre avec l’Iran perturbe la navigation dans le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule Arabique.
Deux sources au sein du mouvement houthi ont indiqué à l’AFP que les combattants installaient des radars et creusaient des tunnels le long de la côte récemment conquise. Elles ont également affirmé que des membres des Gardiens de la Révolution iraniens s’étaient rendus dans la région. Cette dernière affirmation n’a pas pu être vérifiée indépendamment.
Les estimations humanitaires varient selon leur date d’établissement. L’ONU faisait état de plus de 112 000 déplacés, tandis que les membres du Conseil de sécurité ont ensuite évoqué au moins 125 000 personnes contraintes de fuir depuis le début de septembre. Près de 3 000 autres auraient traversé la mer Rouge vers Djibouti.
Pression sur le pétrole et la diplomatie
La reprise de la guerre au Yémen et les attaques contre les infrastructures énergétiques saoudiennes accentuent les tensions sur les marchés. Le prix du pétrole s’est maintenu au-dessus de 100 dollars le baril, dans un contexte déjà marqué par les perturbations dans le détroit d’Ormuz et par les inquiétudes entourant les exportations saoudiennes.
L’Arabie saoudite cherche parallèlement à renforcer ses défenses aériennes. La Turquie s’est dite prête à lui apporter un soutien technique dans le cadre de son accord de défense avec Riyad et Islamabad. Selon Axios, les États-Unis avaient auparavant refusé une demande saoudienne de frapper directement les Houthis, une information que Washington n’a pas officiellement confirmée.
Sur Al-Jazeera, le secrétaire du Conseil suprême iranien de sécurité nationale, Mohsen Rezaei, a affirmé que Téhéran avait transmis à Washington, par l’intermédiaire du Qatar, ses conditions pour reprendre les négociations. Elles comprendraient la cessation des hostilités sur tous les fronts, la libération des avoirs iraniens gelés et la levée du blocus naval américain contre les ports iraniens.
Entre la guerre au Yémen, la menace pesant sur les deux grands détroits pétroliers et l’impasse entre Washington et Téhéran, l’attaque contre Riyad ajoute ainsi un nouveau foyer de confrontation à une crise régionale déjà largement étendue.