Les promesses non tenues d’Abdelmadjid Tebboune
En décembre 2019, Abdelmadjid Tebboune a été élu avec une promesse forte : mettre un terme à l’« îssaba », cette clique qui avait confisqué l’État sous Abdelaziz Bouteflika. Ce groupe, incarné par Saïd Bouteflika, frère et conseiller d’un président affaibli, avait pris le contrôle du palais. Sept ans plus tard, le palais d’El Mouradia se retrouve face à un nouvel acteur influent, Mohamed Tebboune, le fils du président, qui, bien qu’il n’occupe aucune fonction officielle, semble jouer un rôle clé dans les décisions politiques.
Un parcours ironique
L’ironie de la situation est particulièrement frappante pour le père. En 2017, Abdelmadjid Tebboune a été évincé de son poste de Premier ministre après moins de trois mois pour avoir osé défier les oligarques protégés par le clan présidentiel. Ce renvoi, largement attribué à l’influence de Saïd Bouteflika, a paradoxalement conduit à l’émergence de son propre fils dans un rôle similaire.
La montée en puissance de Mohamed Tebboune
La montée en puissance de Mohamed Tebboune n’est pas un phénomène récent. Dès l’été 2020, Le360 rapportait qu’il conseillait son père et qu’il jouait un rôle déterminant dans l’évaluation des ministres avant la formation du gouvernement Djerad. À la même époque, Maghreb Intelligence mentionnait des tensions entre père et fils concernant un projet pétrochimique de six milliards de dollars, suggérant que le fils nourrissait l’ambition de devenir « le nouveau Saïd Bouteflika ».
Un pouvoir contesté
Cette ambition semble se confirmer même parmi les défenseurs du président. Le youtubeur Saïd Bensedira, proche du clan des généraux de la décennie noire, qualifie Mohamed de véritable centre de décision. Il cite, par exemple, l’affaire de Genève où Mohamed aurait ordonné à un chargé de mission de se rendre en Suisse pour rencontrer un individu impliqué dans une affaire de « haute trahison ».
Manipulations et ambitions
Les ambitions de Mohamed Tebboune ne s’arrêtent pas là. Toujours selon Bensedira, il chercherait à écarter des figures clés du renseignement, comme le général-major Mounir Zahi et le général Noureddine Maâche, connu sous le nom d’« Obama ». Ces derniers, jugés proches de l’état-major de Saïd Chengriha, refuseraient de se soumettre à ses directives. Ce fils de président, sans fonction officielle, prétendrait donc influencer le sort des chefs du renseignement, un pouvoir que l’ancien Saïd Bouteflika avait dû obtenir par décret.
Un héritage problématique
La comparaison entre Mohamed Tebboune et Saïd Bouteflika est révélatrice. Tous deux n’ont jamais été élus et tirent leur pouvoir d’un lien de sang. Ils prospèrent dans l’affaiblissement de l’autorité de ceux qu’ils représentent et sont accusés de tirer profit de leurs positions dans l’ombre du palais.
Des révélations troublantes
En juin 2025, alors que L’Express évoquait la possibilité d’un gel des avoirs de dignitaires algériens par Paris, le journaliste Mohamed Sifaoui a révélé que Mohamed et son frère Khaled possédaient des biens en France, ainsi que des liens avec des hommes d’affaires turcs. Ces éléments, non démentis par la présidence algérienne, dessinent un parcours familier pour ceux qui profitent de la proximité du pouvoir sans jamais en rendre compte.
Un pouvoir sans légitimité
La réaction du régime face à ces situations est absente. Aucun commentaire sur l’incident de Genève ni sur les ambitions de Mohamed Tebboune n’a été formulé. Dans un pays où des internautes sont emprisonnés pour leurs publications, l’homme qui semble avoir les émissaires de la présidence n’a pas de comptes à rendre, car il n’exerce aucune fonction officielle.
Une situation dangereuse
Cette réalité pose un danger sérieux. Un pouvoir sans titre échappe à tout contrôle. Il ne rend compte ni au Parlement, ni à la justice, ni même à l’armée, avec laquelle les tensions semblent croissantes. L’Algérie a déjà connu les conséquences d’un pouvoir déchu. En 2019, lorsque la rue a rejeté le cinquième mandat, l’état-major a abandonné Saïd Bouteflika, qui a été arrêté et condamné pour corruption. Cette situation montre que la protection d’un frère n’est garantie que tant que celui-ci se maintient au pouvoir.
La continuité d’un système
La « nouvelle Algérie » devait mettre fin à la régence familiale. Néanmoins, elle n’a fait que changer le nom sur la liste. Abdelaziz avait Saïd, tandis qu’Abdelmadjid a Mohamed. Les méthodes du système demeurent inchangées, bien qu’elles soient désormais associées à une nouvelle famille.