Un cadre macroéconomique encourageant
Le cadre macroéconomique offre une visibilité relativement importante. Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25 % le 22 septembre 2026 et anticipe une inflation moyenne de 0,7 % en 2026, suivie de 1,5 % en 2027. En août, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 0,8 % sur un mois, avec une augmentation de 0,9 % pour les produits alimentaires. L’écart entre l’inflation moyenne et l’évolution des dépenses courantes demeure déterminant pour le pouvoir d’achat.
Un soutien social essentiel
L’aide sociale directe bénéficie à près de 3,9 millions de ménages, représentant plus de 12,5 millions de personnes. Les montants mensuels, variant entre 500 et 1.350 dirhams, dépendent de la situation des bénéficiaires. Ce dispositif s’affirme comme une composante structurelle de la politique sociale, bien que son efficacité soit également liée à la capacité de l’économie à générer des revenus du travail.
Des priorités dans le PLF 2027
« Le PLF 2027 doit s’inscrire dans une logique de continuité, tout en conservant une capacité d’arbitrage ciblée », souligne Oussama Ouassini, consultant en supply chain et intelligence économique. Il affirme que « la généralisation de la protection sociale, l’aide au logement, les réformes de la santé et de l’enseignement, ainsi que les engagements issus du dialogue social constituent désormais un socle important de la dépense publique ».
La fiscalité comme levier
La fiscalité représente un levier potentiel. Toute évolution du barème de l’impôt sur le revenu ne pourra être envisagée avant la présentation officielle du PLF 2027. Son impact sur le revenu disponible doit être mis en perspective avec le financement des politiques sociales et de l’investissement public.
État du marché du travail
Le marché du travail se présente comme l’un des principaux défis de la rentrée. Au deuxième trimestre 2026, la population active a atteint 11,764 millions de personnes, marquant une augmentation de 147.000 individus en un trimestre. Le taux de chômage strict s’élevait à 9,5 %, tandis que l’indicateur élargi, intégrant la main-d’œuvre potentielle, atteignait 14,7 %. Selon le HCP, l’EMO 2026 repose sur une nouvelle définition de l’emploi et du chômage.
Les défis de l’industrie et de la compétitivité
Les enjeux dépassent le simple volume des investissements. « Pour plusieurs industries, l’énergie et l’eau constituent des composantes déterminantes du prix de revient, et leur disponibilité conditionne directement la compétitivité des entreprises », précise Oussama Ouassini. Il met également en avant des domaines tels que la maintenance industrielle, l’ingénierie des procédés, la gestion de l’eau et les énergies renouvelables pour renforcer les compétences disponibles.
Développement des filières stratégiques
Les filières automobile et aéronautique continuent de croître autour de pôles industriels majeurs. L’objectif est d’augmenter la valeur ajoutée locale en intégrant davantage de fournisseurs et en développant des activités plus technologiques.
Ressources en eau et agriculture
La contrainte hydrique représente un enjeu majeur dans cette équation. L’eau est devenue un facteur économique essentiel, influençant l’agriculture, l’industrie et la localisation des investissements. La campagne agricole 2026-2027 débute sous une contrainte hydrique persistante, tandis que les importations de céréales et de cheptel contribuent à la régularité de l’offre.
Problèmes de commercialisation
« La fragmentation des circuits de commercialisation et le poids de l’intermédiation compliquent la répercussion des baisses de prix jusqu’au consommateur final », fait remarquer Oussama Ouassini. Il recommande la « modernisation des marchés de gros et le développement d’infrastructures logistiques régionales » pour réduire les coûts entre production et consommation.
Impact du programme d’aide au logement
Au 3 juin 2026, le programme d’aide directe au logement a reçu plus de 218.000 demandes, parmi lesquelles plus de 105.000 ont été satisfaites. L’aide peut atteindre 100.000 dirhams pour les logements jusqu’à 300.000 dirhams et 70.000 dirhams pour ceux compris entre 300.000 et 700.000 dirhams. L’impact de cette aide dépendra toutefois de la capacité de l’offre immobilière et du crédit bancaire à répondre à la demande.
Investissements dans les infrastructures
Les investissements ferroviaires et dans les transports collectifs suivent une logique similaire : leur rendement doit être évalué en fonction de leur capacité à réduire les temps de déplacement et les coûts pour les ménages et les entreprises.
Commerce extérieur et ses contraintes
Les équilibres extérieurs sont une limite à ne pas négliger dans le cadre des investissements. À fin juillet 2026, les importations de biens et services ont augmenté de 16,1 %, tandis que les exportations ont progressé de 10,9 %. Les importations de marchandises ont atteint 544,045 milliards de dirhams, alors que les exportations de services se sont élevées à 193,4 milliards.
Le rôle du tourisme et des investissements étrangers
Le tourisme joue un rôle d’amortisseur sur l’économie : les arrivées aux postes frontières ont progressé de 4,5 % entre janvier et août 2026, et les recettes de voyages ont connu une hausse de 13,4 % à fin juillet. En 2025, le secteur employait 894.000 personnes, et les investissements directs étrangers ont, eux, augmenté de 58,5 % à fin juillet.
Une approche intégrée pour la rentrée économique
La rentrée économique ne se limite pas à une série de dossiers indépendants. Les questions de pouvoir d’achat, d’emploi, d’industrie, d’eau, d’agriculture, de logement, de mobilité, de protection sociale et de commerce extérieur s’entrelacent pour former une même équation. « La croissance ne peut pas reposer durablement sur quelques secteurs isolés. La compétitivité dépend de l’environnement de l’ensemble du tissu productif, notamment des coûts de l’énergie et de l’eau, ainsi que de l’adéquation des compétences », conclut Oussama Ouassini.