Décès de Boualem Boualem : Un acteur central de la politique algérienne s’éteint
Le cancer du pancréas, une pathologie souvent jugée incurable, a emporté Boualem Boualem à l’âge de 74 ans. Cet homme de confiance d’Abdelmadjid Tebboune était le directeur de cabinet du Président algérien depuis 2023. Diplômé en droit, il avait été désigné conseiller juridique à la présidence dès janvier 2020, peu après l’arrivée de Tebboune à El Mouradia, orchestrée par le général à la retraite Gaïd Salah, ancien chef d’état-major de l’armée algérienne.
Une absence inquiétante
Avant son décès, de nombreux Algériens s’interrogeaient sur la disparition de Boualem Boualem. Éclipsé des médias depuis plusieurs mois, il avait fait une brève apparition en juin dernier lors de la réception de l’équipe nationale de football, en route pour le Mondial aux États-Unis. Cette dernière apparition publique avait suscité des interrogations, d’autant plus que le ministre d’État Brahim Merad, ex-ministre de l’Intérieur et ancien directeur de campagne de Tebboune, a récemment pris des fonctions habituellement dévolues au directeur de cabinet. Ces éléments ont fait craindre aux observateurs que Boualem Boualem ait été soit écarté discrètement, soit gravement malade.
Un parcours marqué par l’influence
Avant d’occuper un rôle clé sous Tebboune, Boualem Boualem a également servi sous l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. À ce titre, il avait la responsabilité de l’Organe national de prévention et de lutte contre les infractions liées aux technologies de l’information, un poste stratégique qui lui offrait un accès privilégié aux communications des hauts responsables. Cette position lui a permis d’acquérir une connaissance approfondie des rouages du pouvoir algérien, mais a également suscité des ressentiments parmi les hauts gradés de l’armée, qui voyaient en lui un rival redoutable.
Des tensions entre l’armée et la présidence
En janvier 2026, Boualem Boualem a tenté d’apaiser les tensions entre l’armée et la présidence, suite à un projet de modification de la constitution visant à permettre à Tebboune de briguer un troisième mandat. Ce projet a provoqué le mécontentement du général Chengriha, qui a manifesté son désaccord en boycotant le discours annuel de Tebboune devant le parlement, ainsi qu’une réunion du Conseil des ministres.
C’est Boualem Boualem, à l’origine de ce projet, qui a dû démentir l’idée d’un troisième mandat, suivi par Tebboune un mois plus tard.
La fin d’une ère
Le conflit entre l’armée et la présidence, exacerbé par les actions de Boualem Boualem, a été le théâtre de nombreux bouleversements, incluant la chute de plusieurs chefs militaires, comme l’ancien directeur de la police Farid Bencheikh. Ce contexte a mis en lumière le rôle central que Boualem Boualem jouait au sein de la présidence, agissant comme un véritable premier ministre bis. Ses efforts pour contrôler les services de renseignement ont été entravés par Chengriha, qui a régulièrement réagi par des limogeages, maintenant une instabilité chronique à la tête de ces institutions, échappant à l’autorité présidentielle.
Une perte significative pour Tebboune
Avec la disparition de Boualem Boualem, c’est un pilier de la présidence qui s’en va, laissant Tebboune dans une position délicate. Pendant ce temps, Chengriha semble tirer profit de cette situation, affichant un sourire face à cette perte de poids politique au sein du gouvernement.