Les défis internes et externes de l’Algérie : une analyse de Frédéric Powelton
Dans l’édition du 31 mai 2026 de la revue Sahel Intelligence, Frédéric Powelton s’interroge sur la capacité de l’Algérie à surmonter ses fractures internes et ses menaces périphériques. Il pose la question de la possible fragilisation de la cohésion nationale par ces éléments.
Les trois problèmes majeurs pour l’Algérie selon Frédéric Powelton
Selon Powelton, trois problèmes majeurs menacent l’existence même de l’Algérie : la question kabyle, celle de Tindouf et du Polisario, et l’instabilité chronique du Sahel.
La question kabyle
Concernant la question kabyle, Powelton souligne que la Kabylie constitue l’enjeu identitaire le plus profond de l’Algérie contemporaine. Le gouvernement a tenté depuis l’indépendance d’imposer une vision centralisée et arabo-nationaliste de l’État.
Le « Printemps berbère » de 1980 et le « Printemps noir » de 2001 ont marqué des ruptures significatives entre une grande partie de la société kabyle et le « Système » algérien. Ces ruptures ne sont pas nouvelles et reflètent une situation qui remonte à la naissance de l’Algérie en 1962. Les concessions tardives faites à la langue amazighe, bien que symboliques, ne peuvent résoudre la cause du divorce de plus en plus marqué entre de nombreux Kabyles et le « Système ».
Tindouf et le Polisario
Sur la question de Tindouf et du Polisario, Powelton affirme que les camps de Tindouf, situés sur le territoire algérien, représentent une situation unique dans le monde. Le Polisario, un mouvement politico-militaire, y exerce une forme d’autorité autonome sous la protection du régime algérien.
«Ce fut la France qui traça les frontières de l’Algérie française, des frontières qui, à l’Ouest, eurent pour conséquence l’amputation territoriale du Maroc (Tidikelt, Gourara, Tindouf, Béchar, etc.) et, à l’Est, celle de la Tunisie, mais aussi de la Libye. »
— Bernard Lugan
Avec la résolution de la question du Sahara occidental à travers le plan marocain d’autonomie, l’existence même de l’enclave territoriale de Tindouf dirigée par le Polisario est désormais une « anomalie géopolitique ».
L’Azawad et le risque sahélien
Le troisième point que soulève Powelton est l’Azawad et le risque sahélien. Le sud de l’Algérie est traditionnellement la caisse de résonance des problèmes sahéliens. Aujourd’hui, l’Algérie se trouve piégée par des dynamiques régionales qu’elle ne contrôle plus.
Les éléments manquants dans l’analyse de Frédéric Powelton
Deux éléments essentiels manquent à cette analyse percutante, à savoir:
- La question de la légitimité historique de l’Algérie;
- Celle des amputations territoriales subies par ses voisins.
En 1959, le général de Gaulle avait résumé d’une phrase le point 1:
«(…) Depuis que le monde est monde, il n’y a jamais eu d’unité, ni, à plus forte raison, de souveraineté algérienne. Carthaginois, Romains, Vandales, Byzantins, Arabes syriens, Arabes de Cordoue, Turcs, Français, ont tour à tour pénétré le pays sans qu’il y ait eu à aucun moment, sous aucune forme, un État algérien» (Charles de Gaulle, 16 septembre 1959).
Concernant le point 2, c’est la France qui a tracé les frontières de l’Algérie française, des frontières qui ont entraîné l’amputation territoriale du Maroc à l’Ouest (Tidikelt, Gourara, Tindouf, Béchar, etc.) et celle de la Tunisie et de la Libye à l’Est.
Ainsi, aux menaces internes s’ajoute la question territoriale, cet immense non-dit qui éclatera au grand jour quand l’Algérie sera confrontée et donc affaiblie face aux trois grands problèmes mise en évidence par Frédéric Powelton.