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Economie

Climat : Les Déceptions du Maroc Face aux Limites du Fonds Pertes et Préjudices

Par Laura Tournon · Publie le 27 août 2026 · 4 min de lecture

Le Fonds pertes et préjudices : un espoir fragile pour les pays en développement

Créé avec un grand enthousiasme lors de la COP28 à Dubaï en 2023, sous l’égide des Nations Unies, le Fonds pertes et préjudices était censé incarner un véritable élan de solidarité mondiale. Hébergé provisoirement par la Banque mondiale, ce fonds a pour mission d’apporter une aide financière d’urgence aux nations en développement touchées par les effets dévastateurs du dérèglement climatique, que ce soit en raison de catastrophes brutales comme les inondations ou de fléaux progressifs tels que la désertification. «Pourtant, sur le terrain, l’enthousiasme laisse place à un véritable parcours du combattant», note le quotidien L’Economiste dans son édition du jeudi 27 août.

Le Maroc face à des défis financiers considérables

Le Maroc en fait directement l’expérience. Le Royaume estime les dommages causés sur son territoire à environ 1,26 milliard de dollars, soit près de 12,6 milliards de dirhams, d’ici la fin de l’année 2025. La perspective d’obtenir un soutien financier significatif s’annonce très incertaine. Un expert en lien avec le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable révèle, sous couvert d’anonymat, que la complexité de la situation résulte d’un ensemble de contraintes structurelles et géopolitiques.

Une asymétrie alarmante entre les besoins et les ressources

La première difficulté réside dans l’énorme asymétrie entre les moyens du Fonds et la réalité des besoins mondiaux. Sur un total de 822 millions de dollars de promesses formulées par vingt-sept pays contributeurs, incluant des nations comme la France, l’Allemagne ou les Émirats arabes unis, seuls 449 millions ont été effectivement versés. Lors de la COP30 qui s’est tenue en novembre dernier au Brésil, le Fonds a lancé un premier appel à projets doté de 250 millions de dollars sous forme de subventions d’urgence allant de 5 à 20 millions de dollars par dossier. Une goutte d’eau face aux 400 milliards de dollars de besoins annuels exprimés par l’ensemble des pays en développement. «Avec moins de 1 % de couverture des préjudices réels, l’institution frôle la saturation», souligne L’Economiste.

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Une crise de liquidité imminente

Le Secrétariat a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme au sujet d’une crise de liquidité majeure prévue d’ici la fin de l’année 2027. La pression s’accroît, comme l’a montré la réunion du Conseil d’administration qui s’est tenue en juillet dernier à Manille, où 176 demandes, totalisant 2,8 milliards de dollars, ont été déposées. Pour éviter l’asphyxie, les administrateurs envisagent une stratégie de reconstitution des ressources pour 2027 en ciblant le secteur privé, le mécénat et d’éventuelles taxes internationales innovantes sur le carbone ou le transport aérien.

Des exigences méthodologiques complexes pour le Maroc

Au-delà de cette pénurie de capitaux, le Maroc se heurte à des exigences méthodologiques internes. Pour prétendre aux versements, les États doivent prouver leur capacité à évaluer, suivre et gérer les données relatives aux catastrophes naturelles, tout en impliquant les populations locales et la société civile. Cependant, le Royaume ne dispose pas encore d’une base de données nationale centralisée et unifiée sur les pertes et préjudices. Pour élaborer sa trajectoire climatique CDN 3.0 et attester des dégâts subis, Rabat doit se fier à des plateformes internationales en libre accès telles qu’EM-DAT ou UNDR-DesInventar, dont les historiques consultés demeurent fragmentaires et incomplets, comme l’indique encore L’Economiste.

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Des critères d’attribution limitants pour le soutien

Enfin, le critère d’attribution prioritaire constitue un frein majeur pour les ambitions marocaines. En raison du manque de moyens, le Fonds concentre l’essentiel de ses subventions directes sur les pays à très faible revenu et à l’indice de vulnérabilité extrême, tels que le Soudan du Sud, le Niger, Haïti ou l’Afghanistan. Ces pays affichent un revenu national brut par habitant inférieur ou égal à 1 135 dollars. Avec un revenu national brut par habitant dépassant 4 360 dollars, selon les dernières données de la Banque mondiale, le Maroc se retrouve dans une catégorie intermédiaire, ce qui complique considérablement ses chances d’obtenir une compensation à la hauteur de ses préjudices.