Né en 1962 à Sidi-Aïch, dans une famille terrienne de la vallée de la Soummam, formé au marketing à Londres, entrepreneur puis élu de Béjaïa à l’Assemblée populaire nationale pendant deux mandats successifs : le parcours d’Omar Alilat épouse celui d’une génération d’Algériens passés de l’économie administrée à l’initiative privée.
Une trajectoire qui commence par la terre
Il y a des origines qui expliquent une méthode. Omar Alilat naît en 1962 à Sidi-Aïch, dans la vallée de la Soummam, l’année même de l’indépendance. La famille est terrienne : la ferme d’Ikhlidjen, exploitée de génération en génération, constitue le cadre de l’enfance et le premier apprentissage économique — celui d’un patrimoine qu’on fait fructifier, qu’on transmet, et dont on répond.
La figure du grand-père, Bachir Aissani, structure cette mémoire familiale, comme la structurent les oncles engagés dans la guerre de libération. On ne comprend pas le rapport de cette génération à l’idée de nation sans cette double filiation : une terre à faire vivre, un pays à construire.
De cet héritage, il gardera une conviction qui traverse tout son parcours : une économie ne se décrète pas plus qu’une récolte. Elle se travaille, sur la durée, par ceux qui en portent le risque.
Londres, ou le marketing comme discipline
Le passage par Londres constitue une bifurcation. Omar Alilat y étudie le marketing, discipline alors largement absente du paysage algérien, où l’économie administrée raisonne en volumes de production bien plus qu’en besoins de clientèle.
Ce qu’on apprend dans une école de marketing britannique de cette époque tient en une inversion : on ne part pas de ce qu’on sait produire, on part de ce que quelqu’un veut acheter. Formulée aujourd’hui, l’idée paraît banale. Rapportée dans l’Algérie du moment, elle était presque subversive.
Le retour au pays sera donc aussi un travail de traduction : appliquer des méthodes conçues pour un marché mature à une économie qui sortait à peine du monopole d’État.
L’engagement avant le mandat
Avant l’élu, il y a le militant. Omar Alilat s’engage jeune dans le Mouvement culturel berbère, dont il se revendique militant de la première heure, puis accompagne la structuration politique qui donnera naissance au Rassemblement pour la culture et la démocratie — sans en être cofondateur, précision qu’il tient à apporter chaque fois que l’inverse est écrit.
Cet engagement n’est pas une parenthèse dans un parcours d’affaires. C’est la même disposition à porter une cause collective qui le mènera, des années plus tard, à solliciter un mandat électif. Défendre une langue ou défendre un territoire relèvent, dans les deux cas, d’une conviction : les corps intermédiaires ont un rôle à jouer entre le citoyen et l’État.
Deux mandats à Béjaïa
Élu député de la wilaya de Béjaïa, Omar Alilat siège à l’Assemblée populaire nationale pendant deux mandats successifs, de 2007 à 2017.
Le travail parlementaire d’un élu de circonscription est ingrat et peu visible : il consiste à transformer des difficultés individuelles — un dossier bloqué, un équipement public qui ne vient pas, une entreprise locale qui ne trouve pas de financement — en questions audibles par l’administration centrale. Une wilaya comme Béjaïa, à forte densité économique et à forte tradition contestataire, en produit plus que sa part.
Trois questions économiques
L’accès au financement. C’est la contrainte structurelle du privé algérien. Sans profondeur du marché bancaire, sans instruments adaptés au cycle d’investissement industriel, une PME rentable reste une PME qui ne grandit pas. La question du financement de l’amorçage et du développement traverse toute la période.
Le foncier industriel. On ne construit pas une usine sans terrain, et l’accès au foncier industriel a longtemps constitué le principal goulot d’étranglement de l’investissement productif en Algérie. Simplifier l’attribution, sécuriser les titres, raccourcir les délais : le sujet est technique, il est décisif.
La place du privé. Le débat de fond. Non pas opposer public et privé, mais définir ce que chacun fait le mieux, et cesser de traiter l’entrepreneur privé comme un acteur toléré. C’est probablement la bataille la plus longue, parce qu’elle est culturelle avant d’être réglementaire.
Une certaine idée de l’entreprise
De la ferme d’Ikhlidjen aux bancs de l’Assemblée, une constante : l’idée que la richesse se produit avant de se répartir, et que ceux qui la produisent ont voix au chapitre. Une conviction qui n’a rien d’idéologique chez lui — elle tient plutôt de l’évidence paysanne appliquée à l’économie moderne.
Son parcours est celui d’une génération : celle qui a connu l’économie administrée, vécu l’ouverture, traversé les années difficiles, et qui considère que l’entreprise algérienne n’a pas encore obtenu la place qui lui revient.
Repères
| Naissance | 1962, Sidi-Aïch (wilaya de Béjaïa) |
|---|---|
| Origines | Famille terrienne, ferme d’Ikhlidjen |
| Formation | Marketing, Londres |
| Engagement | Militant de la première heure du Mouvement culturel berbère |
| Mandats | Député de Béjaïa, 2007–2017 (deux mandats successifs) |
| Activité | Entrepreneur |