Investiture d’Abelardo de la Espriella : un tournant pour la Colombie
Élu le 21 juin, Abelardo de la Espriella, à 48 ans, se présente comme un représentant de la droite dure. Possédant également les nationalités américaine et italienne, il bénéficie du soutien de Donald Trump. Sa cérémonie de serment se déroulera à Cali, dans le sud-ouest du pays, rompant ainsi avec la tradition qui veut que cet acte ait lieu à Bogotá.
Un choix symbolique fort
Le choix de Cali pour cette investiture est hautement symbolique. Cette troisième ville de Colombie est située à proximité de zones où opèrent plusieurs groupes armés et a récemment été le théâtre d’attentats, représentant un contexte de violences croissantes dans le pays.
Un nouveau mandat annoncé avec force
Lors de la cérémonie prévue à 15h00 locales (20h00 GMT), Abelardo de la Espriella succédera à Gustavo Petro, le premier président de gauche de l’histoire colombienne, pour un mandat de quatre ans, avec la promesse d’ouvrir une «nouvelle ère».
Celui qui se fait appeler «El Tigre» a affirmé son intention de mettre un terme aux pourparlers de paix initiés par son prédécesseur, qui visaient à négocier le désarmement des groupes impliqués dans le narcotrafic. La Colombie demeure le premier producteur mondial de cocaïne. De la Espriella a clairement annoncé qu’il privilégierait une action militaire contre ceux qui refusent de rendre les armes.
Une sécurité renforcée à Cali
Cali a été placée sous haute protection pour l’investiture, avec le déploiement d’environ 11 000 militaires et policiers, ainsi qu’un dispositif antidrones. Plusieurs chefs d’État et de gouvernement, majoritairement de droite, assisteront à la cérémonie. Parmi eux, Javier Milei, Daniel Noboa, José Antonio Kast, Santiago Peña et Luis Abinader, ainsi que le roi d’Espagne Felipe VI. Une délégation américaine, dirigée par le procureur général par intérim Todd Blanche, représentera Washington. Des ministres des Affaires étrangères, incluant le chef de la diplomatie israélienne, sont également attendus.
Une opposition marquée
Gustavo Petro a décidé de ne pas participer à l’investiture. La gauche a appelé à des manifestations dans plusieurs grandes villes du pays, suite à une présidentielle remportée par Abelardo de la Espriella avec une marge très étroite face à Iván Cepeda. Le gouvernement sortant a par ailleurs mis en garde contre de possibles «actes terroristes» durant cette journée.
«À en juger par ses annonces, il semble prêt à gouverner d’une main ferme. J’espère qu’il n’y aura pas de nouvelle vague de violence», confie Oscar Obando, un travailleur du secteur informel âgé de 67 ans.
Un novice en politique
Abelardo de la Espriella, novice en politique, a su se faire remarquer lors de la campagne avec des rassemblements spectaculaires et des discours prononcés derrière une vitre blindée. Il ponctuait ses apparitions d’un salut militaire, en hommage aux forces de l’ordre, bien qu’il n’ait jamais servi dans l’armée.
Le retour de l’axe Washington-Bogotá
Son accession au pouvoir accentue le virage à droite observé dans plusieurs pays d’Amérique latine, rapprochant ainsi la Colombie de la stratégie antidrogue défendue par Donald Trump. Ce dernier avait soutenu Abelardo de la Espriella durant la campagne, promettant que les relations entre Washington et Bogotá seraient meilleures qu’avec Gustavo Petro, dont le mandat a été marqué par des tensions avec les États-Unis.
Les deux pays avaient entretenu une coopération militaire étroite au début des années 2000, notamment dans le cadre de l’offensive contre les guérillas et les réseaux de narcotrafic. Les Farc avaient signé un accord de paix avec le gouvernement colombien en 2016.
Une politique de fermeté inédite
De la Espriella a promis de reprendre et d’intensifier les bombardements contre les camps des groupes armés, avec le soutien technologique et militaire des États-Unis et d’Israël. Il envisage également la construction de mégaprisons, inspirées par le modèle du président salvadorien Nayib Bukele. Toutefois, le nouveau président hérite de forces armées confrontées à une «capacité limitée» en hommes et à un «manque d’équipement», comme le souligne Renata Segura, d’International Crisis Group.
Cette experte redoute des «dommages collatéraux» parmi les civils si l’armée utilise massivement des bombardements contre des groupes armés «très enracinés dans les communautés».
La Colombie compte environ 25 000 membres de groupes armés illégaux, selon une estimation de la Fondation Idées pour la Paix, basée sur des chiffres officiels de 2025.
Des attentes élevées pour la nouvelle administration
Les partisans du nouveau président attendent désormais que sa politique de fermeté produise rapidement des résultats. «Nous avons besoin d’un changement total. Pour la Colombie, je pense que ce sera une bonne chose», estime German Angulo, entrepreneur de 63 ans, interrogé à Cali.