dimanche 11 octobre 2026
En Direct Assurance au Maroc : Comment l’IA incite les intermédiaires à se réinventer
L'International

Hommage à Péroncel-Hugoz : Voyageur Enraciné, le Maroc comme Port d’Attache

Par Martin Neuville · Publie le 11 octobre 2026 · 4 min de lecture

Hugoz, un Journaliste Engagé et Observateur du Monde Arabe

Véritable journaliste, Hugoz a marqué le quotidien Le Monde à l’époque où Hubert Beuve-Méry en assurait la direction. En tant que correspondant à Alger, puis au Caire, il n’hésita pas à dénoncer la présence des Frères musulmans dans l’armée de Sadate, ce qui lui valut une expulsion quelques semaines avant l’assassinat du président égyptien. Son parcours l’a également conduit au Liban, en pleine guerre, où il devint l’un des observateurs français les plus perspicaces du monde arabe, tout en se révélant être un redoutable dénicheur de talents littéraires.

Un Talent pour Détecter les Écrivains

Hugoz a su identifier très tôt le potentiel de Tahar Ben Jelloun et de Mohamed Kacimi. En tant que chroniqueur, il a consacré une rubrique à la francophonie, qu’il a animée pendant quinze ans. Sa mort marqua le regret d’une trahison du projet francophone de la part des élites politiques françaises. Il aimait évoquer les mots prononcés par Boutros Boutros-Ghali, alors secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie : «La Francophonie, si elle se fait, se fera contre la France!»

Un Écrivain Voyageur et Politique

En tant qu’écrivain, Hugoz a d’abord été un « écrivain voyageur ». À travers des œuvres telles que Villes du Sud, Traversées de la France, Fil rouge portugais et Petit Journal lusitan, son style mêlait récits de voyage et chroniques historiques. Il a également produit une œuvre résolument politique, n’hésitant pas à critiquer l’islamisme et à défendre les chrétiens d’Orient, tout en soulignant la vocation historique de la France au Levant. Dans son essai majeur, Le Radeau de Mahomet, il dénonce les menaces du fondamentalisme islamiste et les complicités occidentales.

Lire aussi:  Enquête sur l'échec de l'exécution d'une Américaine dans le Tennessee

Un Éditeur au Service des Talents Littéraires

En tant qu’éditeur, il a mis son flair littéraire au service des autres. À travers des collections comme « Islamie » et « Le Nadir » chez Balland, il a contribué à faire découvrir des voix du Maghreb au public français, notamment celle de Moncef Marzouki, Kassa Houari et Hinde Taarji, auteur des Voilées de l’Islam. À Casablanca, il a redonné vie à des textes anciens et méconnus, tels que Au Maroc de Pierre Loti et Escale à Tanger d’Alexandre Dumas.

Un Voyageur Enraciné dans son Monde

Hugoz ne voyait pas la défense de la littérature française comme un repli, mais plutôt comme une invitation à explorer le monde. Son parcours de voyageur enraciné, issu d’une famille catholique et monarchiste, le conduisit à se sentir particulièrement attaché au Sud. Ses premiers travaux universitaires, qui mêlaient l’histoire napoléonienne et le monde arabe, annonçaient déjà sa curiosité pour les liens entre la France et l’Orient.

Un Amoureux du Maroc et de sa Culture

Le Maroc, sa dernière terre d’élection, est devenu pour lui une géographie intime, politique et littéraire. Cet exil choisi lui permit d’apprécier la culture, l’art de vivre et la chaleur humaine de son peuple : «Les Marocains sont patriotes, croyants, pudiques et royalistes. Exactement ce que les Français ne sont plus».

Lire aussi:  Les Secours Poursuivent la Recherche des Survivants au Népal, Déclare le Ministre de l'Énergie

Un Chroniqueur au Regard Affûté

Depuis Mohammedia, il écrivait pour les lecteurs du 360 et de la Nouvelle Revue universelle, abordant le Maroc sous divers angles, entre grande et petite histoire. Sa capacité à relater des siècles d’histoire en une seule chronique, tout en redonnant vie à des personnages oubliés, témoigne de son immense talent. Il évoquait avec tendresse des figures comme le prince Murat ou Jacques Brel, tout en captivant l’imagination des jeunes générations.

Un Héritage Complexe et Durable

Hugoz, cette personnalité inclassable du XXe siècle, incarnait l’idée que la francophonie est une richesse à partager. Catholique vivant en terre d’Islam, il défendait une vision nuancée, affirmant que l’existence d’Orientaux occidentalisés ouvre la voie à la reconnaissance des Occidentaux orientalisés. Passionné par la langue française, il était aussi polyglotte, maniant à la perfection l’arabe classique et dialectal.

Un Dernier Voyage

Péroncel-Hugoz a quitté ce monde, laissant derrière lui une œuvre riche de livres, de chroniques et d’articles, souvent empreints d’humour, parfois d’une grande sévérité, mais toujours empreints d’une lucidité sans faille. Son souvenir perdurera comme celui d’un passeur essentiel dans la relation entre le Maroc et la France.