L’évolution récente de la circulation monétaire au Maroc
L’accalmie observée sur le front de la monnaie fiduciaire n’a finalement duré qu’une courte période. Après une progression modérée de 5,2 % en 2024, la circulation des espèces au Maroc a connu un rebond spectaculaire, affichant une hausse de 18 % en 2025, suivie d’une augmentation supplémentaire de 10 % sur les sept premiers mois de l’année 2026. À la fin de juillet dernier, l’encours total a ainsi atteint un sommet historique de 540 milliards de dirhams, contre 491 milliards à la clôture de l’exercice précédent. Interrogée par le magazine Finances News Hebdo, Bank Al-Maghrib souligne la persistance d’une demande de liquidités particulièrement vigoureuse, en dépit de la multiplication et de la diversification des solutions de paiement numérique à travers le pays.
Une dynamique ancrée dans le passé récent
Cette dynamique trouve ses racines dans la crise sanitaire qui a marqué cette décennie, rompant avec la tendance observée entre 2010 et 2019, où la masse fiduciaire progressait d’environ 6 % par an. Cette cadence a ensuite doublé, atteignant une moyenne de 12 % par an entre 2020 et 2023. La régularisation fiscale volontaire en 2024 a permis une brève respiration avant que le mouvement haussier ne reprenne en 2025, portant l’encours à exactement le double de son niveau d’avant la pandémie. La Banque centrale précise que cette vitalité du cash ne signifie pas nécessairement un recul des paiements électroniques, mais plutôt un recours structurel et massif aux espèces dans les transactions quotidiennes.
Analyse des circuits bancaires et des retraits
L’analyse des circuits bancaires montre que cette demande se manifeste principalement par des retraits par carte bancaire aux guichets automatiques. Les retraits directs ou par chèque aux agences bancaires, l’encaissement des transferts de fonds envoyés par les Marocains résidant à l’étranger et les opérations de cession de billets étrangers suivent en importance.
Les facteurs influençant la préférence pour le papier-monnaie
Pour expliquer la forte préférence des citoyens pour le papier-monnaie, l’institution émettrice évoque un ensemble complexe de facteurs économiques et sociétaux. Cela inclut la croissance de l’activité, le poids persistant du secteur informel, les contraintes fiscales, les efforts d’inclusion financière et la force des habitudes culturelles. La thésaurisation joue également un rôle non négligeable, surtout en période d’incertitude macroéconomique. Cependant, il est difficile pour les services de la Banque de quantifier précisément chaque élément en raison des limites méthodologiques.
Les coûts économiques de la dépendance aux espèces
Cette dépendance aux espèces entraîne un coût économique considérable pour la collectivité nationale. Bank Al-Maghrib estimait cette facture à environ 0,3 % du produit intérieur brut pour 2023. Réduire cette hégémonie du numéraire pourrait alléger les charges opérationnelles et canaliser davantage de liquidités vers le circuit formel, stimulant ainsi durablement le financement de l’économie marocaine.
Initiatives stratégiques des autorités
Conscientes de ces enjeux, les autorités ont multiplié les initiatives au cours de la dernière décennie, allant de l’ouverture des activités de paiement à de nouveaux opérateurs en 2017 au lancement du virement instantané en 2023, en passant par l’introduction du paiement mobile et la mise en place de la stratégie nationale d’inclusion financière.
Priorité à l’acceptation des paiements numériques
Pour amplifier ces efforts, l’institution vise à élever l’acceptation des paiements numériques chez les commerçants à une priorité absolue. La feuille de route incite tous les acteurs, particuliers, entreprises et administrations publiques, à adopter le digital tout en densifiant le maillage territorial des points de vente compatibles.
Modèle économique et dématérialisation
La question tarifaire est centrale dans cette transition, la Banque cherchant à élaborer un modèle économique attrayant pour les utilisateurs et les commerçants, tout en garantissant la rentabilité des investissements des prestataires d’infrastructures. Parallèlement, la dématérialisation des décaissements et des encaissements de l’État doit catalyser les changements de comportements, alors que la réflexion réglementaire autour d’une monnaie digitale de banque centrale se poursuit.
Conclusion : une transition progressive
En attendant que ces mutations portent leurs fruits, l’institut d’émission continue d’assumer sa mission d’approvisionnement en billets. La période de forte activité liée à l’Aïd Al-Adha en témoigne. Entre le 13 et le 27 mai 2026, Bank Al-Maghrib a enregistré 27,2 milliards de dirhams de retraits nets, dépassant les montants des années précédentes. La Banque rappelle que la transition hors du cash doit se faire à un rythme naturel, respectant la liberté des citoyens de choisir leur mode de règlement.