lundi 24 août 2026
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Economie

Le fret augmente, mais le Maroc maintient son influence sur le marché américain

Par Laura Tournon · Publie le 24 août 2026 · 6 min de lecture

Augmentation des Coûts d’Expédition depuis le Maroc vers les États-Unis

À partir du 15 septembre 2026, l’envoi de certaines marchandises depuis le Maroc vers les États-Unis sera plus coûteux. La compagnie CMA CGM a inclus le Royaume dans sa nouvelle initiative de Rate Restoration Initiative, prévoyant une majoration de 250 dollars pour un conteneur de 20 pieds et de 500 dollars pour les formats de 40 pieds, 40 pieds High Cube et 45 pieds. Ces frais s’ajoutent au fret de base ainsi qu’aux diverses charges portuaires et logistiques déjà supportées par les exportateurs.

Un Défi pour les Entreprises Marocaines

Cette décision pourrait sembler être une mauvaise nouvelle pour les entreprises marocaines qui évoluent dans un environnement compétitif où chaque dollar compte. Néanmoins, elle met en lumière un défi industriel nouveau pour le Maroc. Le pays doit désormais non seulement produire de manière compétitive, mais aussi acheminer de manière rapide, régulière et à un coût optimisé des volumes croissants vers des marchés de plus en plus éloignés.

Les Échanges Bilatéraux avec les États-Unis

Cette situation est d’autant plus critique en ce qui concerne les États-Unis, où les échanges bilatéraux ont atteint 7,39 milliards de dollars en 2025, dont 1,86 milliard de dollars d’exportations marocaines. Le communiqué de CMA CGM souligne que la balance commerciale reste déficitaire pour Rabat, ce qui accentue l’importance stratégique d’augmenter les ventes marocaines sur le marché américain.

Tanger Med : Un Atout Stratégique

Le véritable enjeu ne réside pas seulement dans la majoration de 500 dollars. Ce qui importe, c’est le timing de cette augmentation. Le Maroc voit plusieurs filières exportatrices prendre de l’ampleur, nécessitant une logistique internationale fiable pour soutenir leur développement.

En 2025, le complexe portuaire marocain a traité 11,1 millions d’EVP, marquant une hausse de 8,4%, tandis que son activité de transbordement a bénéficié de la recomposition des grandes routes maritimes internationales. Cette concentration des flux expose le Maroc aux décisions commerciales des grandes compagnies, mais lui confère aussi un avantage unique en Afrique : une masse critique logistique capable d’attirer des lignes, de consolider des volumes et d’offrir une connectivité mondiale aux industriels.

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Interprétation Nuancée de la Hausse des Tarifs

La hausse de CMA CGM doit être vue sous un angle nuancé. Elle illustre la puissance tarifaire des grands armateurs, sans remettre en question l’attractivité de la plateforme marocaine. Plus les volumes transitant par le Maroc augmentent, plus la capacité des chargeurs et des fédérations professionnelles à négocier des contrats à long terme s’accroît.

L’armateur français évoque également la possibilité de contrats-cadres basés sur des engagements de volume, une approche qui pourrait constituer une réponse rationnelle à l’augmentation des coûts de fret. En agrégeant leurs flux, les filières exportatrices marocaines peuvent améliorer leur visibilité auprès des compagnies. La zone logistique MedHub de Tanger Med offre déjà les infrastructures nécessaires pour cette consolidation.

Un Accord Avantageux avec Washington

Il convient également de replacer la comparaison avec les concurrents du Maroc dans un contexte plus large. Bien que les producteurs mexicains ou canadiens bénéficient d’une proximité géographique avec le marché américain, le Maroc a l’avantage d’un accord de libre-échange avec les États-Unis depuis 2006, éliminant presque tous les droits de douane sur les produits industriels et agricoles.

Les échanges bilatéraux ont ainsi bondi de moins d’un milliard de dollars avant l’accord à plus de 7 milliards aujourd’hui. Bien que l’augmentation des tarifs maritimes puisse altérer une partie des bénéfices économiques, elle ne supprime pas cet avantage institutionnel.

La Logistique, un Enjeu Stratégique

La question logistique est désormais d’une grande importance. Le Maroc a investi dans l’accès commercial aux marchés, et sa prochaine avancée en termes de compétitivité dépendra de la circulation des marchandises, de la digitalisation portuaire et de la diversification des infrastructures.

Cette évolution est déjà en cours, avec des investissements prévus dans les infrastructures portuaires, notamment à Nador West Med et Dakhla Atlantique, qui viendront compléter Tanger Med.

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Vers une Souveraineté Économique

Le signal envoyé par CMA CGM met en lumière un aspect essentiel. Une économie exportatrice ne contrôle jamais entièrement le coût du transport maritime. Elle peut cependant réduire son exposition grâce à des volumes, à la concurrence entre opérateurs, à la qualité de ses infrastructures et à la sophistication de ses chaînes logistiques.

Le Maroc doit encore progresser sur le coût global de la logistique, représentant environ 20% du PIB, un niveau supérieur à celui de nombreuses économies européennes. Les fluctuations du fret maritime peuvent également influencer les prix intérieurs.

Cependant, cette contrainte doit être mise en perspective avec les transformations réalisées au cours des deux dernières décennies. Peu de pays africains disposent d’un hub portuaire de portée mondiale, d’une base industrielle automobile, d’une position dominante dans les phosphates, ainsi que d’accords commerciaux avec l’Europe et les États-Unis, tout en étant à proximité du premier marché économique du continent européen.

Cette combinaison confère au Maroc une marge de manœuvre plus large que ce que pourrait laisser penser la seule hausse des tarifs annoncée par CMA CGM.

Le supplément de 250 à 500 dollars par conteneur représente moins un choc qu’un avertissement. À mesure que le Maroc progresse dans les chaînes de valeur mondiales, la performance logistique s’avérera aussi déterminante que le coût du travail, l’énergie ou la fiscalité.

Cette ouverture constitue un des principaux atouts du Maroc. L’étape suivante consistera à garantir que sa puissance industrielle et portuaire ne se limite pas aux volumes transportés, mais inclut également le contrôle des conditions d’accès à ces grands marchés mondiaux. Ainsi, l’augmentation ponctuelle du fret pourrait non seulement ralentir la trajectoire marocaine, mais également favoriser une transformation déjà amorcée : celle d’un pays exportateur se transformant progressivement en une puissance logistique.