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L'International

Mairies incendiées en France : un journal algérien, soutien du régime, évoque une « vengeance »

Par Martin Neuville · Publie le 20 octobre 2026 · 5 min de lecture

Une thèse pour le moins surprenante

Certains textes semblent tout droit sortis d’une parodie. Publié le 20 octobre à 7h49 sur la une d’«Algérie Patriotique», cet article porte un titre évocateur : «Feux criminels de Jijel commandités depuis Paris : la vengeance de la jeunesse franco-algérienne». Sa thèse, pour le moins audacieuse, soutient que les violences survenues dans plusieurs villes françaises le 17 octobre ne seraient pas de simples débordements, mais une opération de représailles. Une «frange de la jeunesse» d’origine algérienne aurait, selon l’auteur, «délibérément ciblé les symboles les plus sacrés de la République» afin de «faire payer à la France les drames de l’Algérie».

Un raisonnement contestable

Cette analyse mérite d’être examinée en profondeur. Selon le documentaire diffusé le 17 octobre par le ministère algérien de la Défense nationale, les incendies survenus fin août dans l’Est algérien auraient été orchestrés depuis Paris. Cette théorie, avancée par l’opposant exilé Amir DZ et des contacts mystérieux au sein du ministère français de l’Intérieur, a été reprise par «Algérie Patriotique». Le raisonnement va jusqu’à affirmer que si la France a incendié les forêts de Jijel, alors il est juste que des jeunes franco-algériens mettent le feu aux mairies françaises. Ce raisonnement, qualifié de «loi du talion», pourrait être interprété, dans un contexte normal, comme une apologie du terrorisme.

Une manipulation insidieuse

Le procédé utilisé est double. D’une part, il blanchit les casseurs en les présentant comme des vengeurs. D’autre part, il stigmatise une population entière, celle des binationaux, qu’il rend responsable d’une violence qui n’est pas étayée par les faits. Alors que l’article décrit ces jeunes comme étant «constamment harcelés et stigmatisés», il leur attribue à leur insu le rôle que l’extrême droite française leur prête.

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Les racines du discours

Le parcours de la publication éclaire son propos. «Algérie Patriotique» a été fondé et dirigé par Lotfi Nezzar, fils du général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense pendant la décennie noire. En août 2023, il a été renvoyé devant le Tribunal pénal fédéral en Suisse pour des violations du droit international humanitaire, y compris des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Sa mort, survenue le 29 décembre 2023, a mis un terme à la procédure judiciaire. Le site, qui continue de relayer sans filtre la parole de l’appareil sécuritaire, n’a jamais rompu avec l’héritage de son fondateur.

Interférence d’Alger dans les affaires françaises

Ce n’est pas la première fois qu’Alger s’immisce dans les tensions internes françaises. Le 29 juin 2023, après la mort de Nahel, abattu par un policier à Nanterre, le ministère algérien des Affaires étrangères a exprimé sa «stupéfaction et consternation» face aux «circonstances troublantes» de cet événement, rappelant la double nationalité du jeune homme. Alger s’arrogeait ainsi un droit de regard sur la police française, alors que des émeutes éclataient.

Des vidéos à la provocation

Un an plus tard, la situation a évolué vers des vidéos. En janvier 2025, en pleine crise entre Paris et Alger, plusieurs influenceurs algériens basés en France, relayant la ligne du pouvoir algérien sur TikTok, ont été interpellés. À Brest, «Zazou Youssef», avec 400.000 abonnés, a appelé en arabe à «utiliser les armes le 1er janvier». Il a été condamné à dix-huit mois de prison ferme pour incitation à un acte de terrorisme. À Lyon, Sofia Benlemmane, une influenceuse, a lancé une menace en direct à une opposante, entraînant une peine de neuf mois avec sursis.

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Les conséquences pour les opposants

Le cas de «Doualemn» est révélateur. Cet Algérien de Montpellier a publié une vidéo appelant à la violence. Expulsé le 9 janvier 2025, il a été refusé à son arrivée à Alger et renvoyé en France, le régime algérien ne souhaitant pas reprendre son ressortissant. Le ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a alors déclaré que «l’Algérie cherche à humilier la France».

Une instrumentalisation des binationaux

Les opposants au régime algérien sont bien conscients des risques liés à leur parole. En avril 2024, Amir DZ a été enlevé et séquestré en région parisienne, une affaire qui a mené à plusieurs mises en examen, y compris celle d’un agent consulaire algérien. Ce même individu est aujourd’hui accusé d’avoir incendié Jijel.

Une stratégie cynique

Actuellement, le régime algérien laisse libre cours à sa presse. Chaque crise française devient une affaire algérienne, et chaque jeune d’origine algérienne est utilisé comme un pion sur l’échiquier politique d’Alger. Les binationaux sont perçus non pas comme des citoyens français, mais comme une diaspora mobilisable, utile pour faire pression sur Paris lorsque les tensions s’intensifient.

Les répercussions sur la communauté franco-algérienne

Ce cynisme a un coût, et ce ne sont pas les signataires d’«Algérie Patriotique» qui en subiront les conséquences. Ce sont les Franco-Algériens, présents le 17 octobre au travail, chez eux ou participant à un défilé pacifique à Paris, qui se voient injustement attribuer la responsabilité de l’incendie de Limoges par un site algérien.

Une situation inquiétante

Le régime qui accuse un youtubeur d’incendier ses forêts via WhatsApp applaudit ceux qui mettent le feu aux mairies françaises. Dans ce contexte, il devient difficile de déterminer qui, réellement, joue avec le feu.