dimanche 9 août 2026
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Núcleo Nacional : Le Visage Dévoilé du Néonazisme Espagnol

Par Martin Neuville · Publie le 9 août 2026 · 8 min de lecture

Pénétration de l’Extrême Droite en Espagne : Le Cas de Núcleo Nacional

Durant de nombreux mois, la figure emblématique du Núcleo Nacional était un homme dont le visage demeurait caché. Vêtu de noir et masqué par une cagoule, il se manifestait dans les vidéos du groupe pour aborder des thèmes tels que la race, la Reconquista, l’ invasion étrangère et la substitution démographique. Cet homme se faisait appeler simplement Iván.

La Révélation d’Iván Rico Olivares

En juillet 2026, Iván a décidé de retirer son masque. Il s’est présenté devant les caméras sous le nom d’Iván Rico Olivares, un employé administratif et fils d’un ancien conseiller municipal du Parti populaire, devenant ainsi le principal dirigeant opérationnel d’une organisation qui avait fait de l’anonymat et de l’esthétique paramilitaire ses marques de fabrique.

Ce geste, soigneusement planifié, ne visait pas à atténuer son discours mais à annoncer une nouvelle ère pour Núcleo Nacional. Après avoir investi les rues, les salles de sport, les réseaux sociaux et les rassemblements anti-immigration, il était temps d’utiliser, selon ses propres mots, les outils du régime pour participer aux élections.

Un Nouveau Nom : Noviembre Nacional

Bien que l’association continue de s’appeler Núcleo Nacional, le parti enregistré pour les élections porte un autre nom : Noviembre Nacional. Cette appellation fait référence aux manifestations de novembre 2023 devant le siège du PSOE, à Madrid, où l’organisation a vu le jour. Ce virage électoral ne traduit pas un changement idéologique, mais une évolution de méthode. Le mouvement, qui avait promis de combattre le système dans la rue, entend désormais utiliser les institutions qu’il rejette pour tenter de les dynamiter de l’intérieur.

Ferraz : Épicentre de l’Extrême Droite

Núcleo Nacional est né des manifestations contre la loi d’amnistie, organisées à l’automne 2023 devant le siège du PSOE à Ferraz, Madrid. Ces rassemblements avaient attiré des militants de Vox, des phalangistes, des néonazis, des ultras du football et des membres de petits groupuscules d’extrême droite. Lorsque l’engouement s’est essoufflé, les éléments les plus radicaux ont conservé les contacts établis et ont commencé à s’organiser sous le nom de Noviembre Nacional.

En janvier 2024, le collectif a commencé à opérer sur Telegram. Le 14 avril, il a organisé sa première présentation publique à l’Espacio Ardemans de Madrid. Le choix de cette date, anniversaire de la proclamation de la Seconde République, était provocateur. Lors de cette réunion, le dirigeant encagoulé, plus tard identifié comme Iván Rico, a exprimé le souhait de rassembler sous une même bannière les franquistes, phalangistes et nationaux-socialistes.

Une Coalition Radicalisée

La nouvelle organisation est ainsi devenue un point de ralliement pour d’anciens membres de Bastión Frontal, Democracia Nacional, Skin Moncloa et Ultras Sur, ainsi que pour des militants issus des milieux phalangistes. Elle a également occupé une partie de l’espace laissé vacant par Hogar Social Madrid. Les vétérans ont apporté leur expérience d’organisation militante, tandis que les plus jeunes ont contribué avec leur maîtrise des réseaux sociaux et une culture d’affrontement physique.

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L’Inscription Officielle de Núcleo Nacional

En août 2024, Núcleo Nacional a été inscrit au Registre national des associations comme organisation civico-politique, avec une adresse à Valladolid, liée à Democracia Nacional. Ce statut légal lui a permis de percevoir des cotisations, de vendre des produits dérivés, de louer des salles et d’organiser des événements, tandis que la Garde civile a commencé à examiner certaines de ses vidéos et déclarations, susceptibles de constituer des délits de haine.

Malgré cela, l’organisation a cherché à se distancier de l’image traditionnelle des skinheads ou des ultras du football. Le néonazisme des crânes rasés a été revêtu d’une esthétique plus soignée : vêtements noirs, vidéos montées avec soin, salles de sport, clubs de lecture, podcasts, Telegram et produits dérivés. Bien que le message reste inchangé, sa manière de le vendre s’est modernisée.

Les Frères Rico : Les Visages du Mouvement

Iván Rico Olivares est le visage politique et le principal porte-parole de l’organisation. Pendant la première phase de Núcleo Nacional, il a caché son identité derrière une cagoule, cultivant ainsi une image intimidante. Cette mise en scène contrastait avec son intense activité sur Internet, où ses discours étaient diffusés dans de courtes vidéos mêlant musique épique et images d’entraînements physiques.

Son frère, David Rico Olivares, joue un rôle essentiel dans la propagande du mouvement, en s’occupant de la stratégie numérique et de la diffusion des contenus. Les deux frères résident dans une commune proche de Madrid.

En retirant sa cagoule, Iván Rico a symboliquement marqué la transition de la sous-culture militante à la politique électorale. Il est difficile de se présenter comme candidat tout en conservant l’image de l’inconnu encagoulé. Lors d’une interview, il a affirmé : « Cela me convient » à la question d’être qualifié de raciste.

Enrique Lemus : L’Expérience au Service du Mouvement

Un autre nom clé est celui d’Enrique Lemus Sánchez, issu de Democracia Nacional. Son rôle réside dans son expérience du fonctionnement interne des organisations politiques. Lemus a une connaissance approfondie des rouages des partis, et son expertise a été essentielle pour l’inscription de Noviembre Nacional au Registre des partis politiques.

Bien qu’Iván Rico reste le principal dirigeant public, Lemus fournit le soutien structurel nécessaire à la transformation du mouvement en parti.

Isabel Medina Peralta : La Figure Médiatique

Si Iván Rico représente la direction opérationnelle, Isabel Medina Peralta est la figure la plus connue en dehors de l’organisation. Elle a gagné en notoriété en 2021 lors d’un discours antisémite et a depuis été impliquée dans plusieurs mouvements d’extrême droite.

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Sa présence dans la direction de Núcleo Nacional offre au groupe une visibilité médiatique tout en le reliant à des réseaux néonazis étrangers, consolidant ainsi son discours antimarocain.

Le Nazisme Revendiqué

Isabel Medina Peralta se revendique ouvertement du national-socialisme, une idéologie fondée sur le suprémacisme racial et l’antisémitisme. Son parcours et ses discours laissent peu de place à l’ambiguïté. Le mouvement ne cherche pas à dissimuler son idéologie, affirmant vouloir rassembler des franquistes, phalangistes et nationaux-socialistes.

Le programme de Núcleo Nacional place l’appartenance raciale au cœur de la nation et défend des propositions telles que la remigration, visant à expulser non seulement les immigrés en situation irrégulière mais également ceux légalement établis.

«El Nido» : Antre de Núcleo Nacional

Un des éléments clés du développement de Núcleo Nacional est sa volonté de construire une communauté au-delà du militantisme politique. Son siège, nommé «El Nido», comprend une salle de sport, une bibliothèque, et un bar, servant à renforcer les liens entre les membres.

La discipline physique est primordiale dans la culture du mouvement, où le corps discipliné est perçu comme une métaphore de la nation forte qu’ils envisagent. Isabel Peralta a exprimé l’idée de former une communauté de «surhommes» prêts à défendre leur patrie.

Le Maroc : L’Ennemi Désigné

Dans l’imaginaire racial de Núcleo Nacional, le Maroc est perçu non seulement comme un pays d’origine d’immigrés, mais également comme un adversaire agissant contre la population espagnole. Le rejet de l’immigré marocain se mêle à l’hostilité envers l’islam, incarné par des slogans tels que «Le Maroc est notre ennemi».

Cette hostilité ne se limite pas aux immigrés marocains, mais s’étend également à ceux établis légalement. Les discours du groupe confondent nationalité et appartenance raciale, affirmant que la citoyenneté ne dépend pas uniquement de la nationalité ou du lieu de naissance.

Le Danger de la Banalisation

L’entrée de Núcleo Nacional sur la scène électorale permet d’étendre son influence au-delà des réseaux sociaux et des manifestations de rue. Sous la bannière de Noviembre Nacional, le groupe pourra présenter des candidats et donner une apparence de respectabilité à un projet fondé sur le suprémacisme racial.

Bien que ses chances d’obtenir une représentation électorale soient limitées, son influence ne se mesure pas uniquement par le nombre de sièges remportés. Le groupe est capable de recruter de nouveaux membres, d’attirer des financements et d’imposer son vocabulaire dans le débat public.

C’est précisément cette banalisation qui représente un danger. La participation aux élections ne change pas la nature de Núcleo Nacional, mais peut contribuer à lui faire perdre son image de groupuscule marginal. Lorsque le racisme devient «racialisme» et les expulsions massives «remigration», seul l’emballage change, tandis que le projet reste intact.