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Economie

Pouvoir d’achat : enjeux du PLF 2027 entre aides sociales et création de revenus

Par Laura Tournon · Publie le 2 octobre 2026 · 6 min de lecture

Une inflation modérée, mais des ménages en difficulté

Le ralentissement de l’inflation n’a pas apporté de réelles améliorations pour les ménages marocains. Selon les derniers indicateurs du Haut-Commissariat au Plan, l’indice des prix à la consommation progresse de manière modérée, tandis que les dépenses alimentaires continuent d’accaparer une part importante du budget des foyers.

Des statistiques en décalage avec la réalité

Pr. Mohamadi El Yacoubi, président de Marrakech Consulting Group et ancien président de l’Organisation professionnelle des comptables agréés du Maroc, explique que le décalage entre les statistiques macroéconomiques et le ressenti des ménages provient d’un phénomène plus profond. La stabilisation des prix survient après plusieurs années de fortes hausses, sans compenser les pertes accumulées.

« Une inflation globale faible ne signifie pas un retour au pouvoir d’achat d’avant. Les prix ralentissent, mais les ménages ne s’en aperçoivent pas parce que les niveaux atteints restent élevés », résume-t-il.

Une inflation ciblée sur les produits essentiels

L’économiste indique que le Maroc est entré dans une nouvelle phase de la problématique inflationniste. La flambée généralisée observée auparavant laisse place à une inflation plus ciblée, touchant certains produits essentiels qui pèsent lourd dans la consommation quotidienne.

Cette réalité impacte principalement les ménages modestes, pour qui l’alimentation représente une part significative des dépenses incompressibles. Par conséquent, l’indicateur d’inflation moyenne ne reflète que partiellement les difficultés rencontrées au quotidien.

« Ce qui compte pour une famille, ce n’est pas l’inflation moyenne, mais le prix de ce qu’elle achète quotidiennement », souligne El Yacoubi.

Des blocages structurels à surmonter

Selon El Yacoubi, cette situation ne résulte pas d’un simple déséquilibre passager entre l’offre et la demande. Plusieurs facteurs structurels continuent d’alimenter la hausse des coûts alimentaires.

Les épisodes de sécheresse ont réduit certaines productions agricoles, tandis que le renchérissement des intrants pèse sur les coûts de production. À cela s’ajoutent des dysfonctionnements plus anciens liés à l’organisation des circuits de commercialisation.

La multiplicité des intermédiaires, le manque de transparence sur les prix pratiqués tout au long de la chaîne, ainsi que certaines inefficacités logistiques créent des écarts importants entre les prix à la production et ceux payés par le consommateur.

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El Yacoubi estime que ces blocages ne disparaîtront pas sans réformes profondes. Il plaide pour une modernisation des marchés de gros et de détail, une clarification du statut des grossistes, et une meilleure transparence des transactions.

Vers une meilleure organisation des circuits de commercialisation

Le développement des circuits courts est également un levier identifié pour rapprocher les producteurs des consommateurs et limiter certaines marges intermédiaires. La traçabilité des produits se présente comme un outil essentiel pour réduire les pertes tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Pr. Mohamadi El Yacoubi plaide pour l’accélération de la réforme des marchés de gros, une meilleure structuration des coopératives agricoles et un encadrement plus précis du rôle des intermédiaires. La digitalisation des circuits de commercialisation pourrait également améliorer la visibilité sur les flux physiques et les niveaux de prix pratiqués à chaque étape.

Il propose enfin la création d’un observatoire national des prix et des marges pour mieux suivre les évolutions du marché et identifier les situations anormales plus rapidement.

Renforcement du contrôle et mesures ciblées

Le troisième axe repose sur le renforcement des mécanismes de contrôle des pratiques anticoncurrentielles, qui doivent faire l’objet de sanctions dissuasives. Il préconise également un meilleur accès des petits producteurs aux marchés de gros et une transparence accrue sur les quantités commercialisées et les marges réalisées.

Pour certains produits essentiels, des mesures ciblées et temporaires sur les prix ou la fiscalité pourraient être envisagées selon les circonstances.

Une réflexion pour le projet de loi de finances 2027

Au-delà de la question des prix, El Yacoubi intègre cette réflexion dans la préparation du projet de loi de finances 2027. Selon lui, le futur budget devra marquer une évolution des priorités économiques après les échéances électorales. « Le PLF 2027 ne doit pas être un simple budget de continuité. Il doit être un budget d’arbitrages », affirme-t-il.

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Ces arbitrages devront notamment se concentrer sur l’équilibre entre redistribution et investissement, entre soutien immédiat au pouvoir d’achat et création durable de revenus, ainsi qu’entre volume de dépenses publiques et efficacité économique.

Les aides sociales et la nécessité de réformes

Le président de Marrakech Consulting Group souligne que les aides sociales restent indispensables pour protéger les ménages les plus vulnérables. Néanmoins, il estime qu’elles ne peuvent pas constituer une solution durable face à l’érosion du pouvoir d’achat. « On ne peut pas compenser par des transferts ce que l’économie ne produit pas en revenus ».

Pour une amélioration durable du niveau de vie, il est essentiel d’augmenter la productivité, de renforcer la concurrence, de dynamiser la production locale et de créer des emplois mieux rémunérés.

Une approche axée sur l’impact des investissements

L’investissement représente un levier majeur pour cette transformation. Le Maroc a déjà réussi à attirer des projets d’envergure dans divers secteurs stratégiques, mais le défi consiste à maximiser leurs retombées sur l’économie nationale.

El Yacoubi estime que les futurs investissements devraient être évalués selon leur capacité à créer des emplois, à générer de la valeur ajoutée locale, à intégrer les PME marocaines dans les chaînes de valeur, et à développer les compétences nationales.

Cette logique est particulièrement pertinente pour les secteurs tels que l’industrie, l’automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie, les énergies renouvelables, le numérique, ainsi que les services à forte valeur ajoutée et le tourisme.

Enfin, selon El Yacoubi, la fiscalité doit compléter les conditions nécessaires à cette nouvelle étape. Le PLF 2027 pourrait bénéficier d’une approche axée sur la stabilité, la visibilité et l’élargissement de l’assiette fiscale, plutôt que d’imposer de nouvelles contraintes aux entreprises. « Une entreprise investit lorsqu’elle peut anticiper. La stabilité fiscale est un facteur d’investissement », rappelle-t-il.