Le secteur de l’assurance au Maroc : une ère de transformation
Le secteur de l’assurance au Maroc se trouve à un tournant décisif, sortant d’une décennie de croissance soutenue. En 2025, le chiffre d’affaires a atteint un impressionnant 64,1 milliards de dirhams. Cette dynamique positive a été soulignée par Farid Bensaid, président de la FNACAM, lors de la 10e rencontre annuelle de la Fédération nationale des agents et courtiers d’assurance.
Les défis du réseau de distribution
Malgré ce bilan prometteur à l’échelle macroéconomique, les faiblesses structurelles du réseau de distribution deviennent plus visibles. Ce réseau, composé majoritairement de petites entités, est fortement dépendant de la branche automobile et se révèle vulnérable face aux fluctuations de leurs commissions. Dans ce contexte, la FNACAM plaide pour une révision à la hausse du commissionnement et des ajustements fiscaux, notamment concernant la retenue à la source qui pèse sur leur trésorerie, comme le rapporte le magazine Finances News Hebdo.
Restructuration de la tarification automobile
Au cœur des discussions dans le milieu professionnel, une restructuration profonde de la tarification automobile est en cours. La révision du barème d’indemnisation des dommages corporels entraîne des ajustements tarifaires qui s’étendront sur plusieurs exercices, sans qu’un taux de hausse global ne soit encore fixé. Parallèlement, l’ACAPS et la FMA travaillent sur une refonte de la responsabilité civile automobile, visant à mieux segmenter le risque grâce à des analyses actuarielles détaillées. Les présidents de ces institutions ont affirmé que cette démarche vise à offrir des conditions avantageuses aux conducteurs prudents tout en augmentant les tarifs pour les profils à risque, mais sa mise en œuvre se révèle complexe.
Automatisation et modernisation du secteur
Sur le plan technique et réglementaire, l’automatisation devient une priorité essentielle pour moderniser le suivi du parc roulant. Un projet ambitieux prévoit l’abandon complet du support papier pour l’attestation d’assurance automobile d’ici le 1er juillet 2027. Une phase pilote utilisant un QR code débutera le 1er juillet 2026. Ce système reposera sur une solution applicative partagée entre les assureurs, la DGSN et la Gendarmerie royale. Les forces de l’ordre disposeront de terminaux mobiles pour vérifier instantanément la couverture d’assurance d’un véhicule, tandis que les usagers pourront consulter leur attestation à tout moment, comme l’indique Finances News.
Révision du cadre professionnel des intermédiaires
Parallèlement à cette dématérialisation, le cadre d’exercice des intermédiaires s’apprête à subir une révision significative avec la refonte du livre IV du Code des assurances, actuellement à l’examen au Secrétariat général du gouvernement. Les propositions incluent la suppression de l’exigence d’une licence universitaire et d’un examen professionnel pour accéder à la profession, tout en introduisant un devoir de conseil renforcé et des programmes de développement des compétences.
Encouragement à l’innovation et diversification des offres
Cette modernisation vise également à favoriser l’innovation grâce à des bacs à sable réglementaires gérés par l’ACAPS pour tester de nouvelles technologies. L’objectif est de créer un cadre pour l’assurance affinitaire et d’inciter les agents à diversifier leur portefeuille, actuellement dominé par la branche automobile qui représente 75 % des activités.
Généralisation de l’AMO et défis associés
Un autre enjeu majeur concerne la généralisation de l’AMO et le transfert des garanties maladie vers la CNSS. Cette transition délicate engendre des inquiétudes au sein des réseaux de distribution. Farid Bensaid a demandé une période d’accompagnement d’au moins deux ans pour permettre aux intermédiaires de préparer au mieux leurs entreprises clientes et les salariés.
Opportunités commerciales dans le secteur de la santé
Les dirigeants du secteur encouragent la profession à transformer cette transition obligatoire en une opportunité commerciale en développant massivement des couvertures complémentaires en matière de santé, de prévoyance, d’invalidité ou de décès. Cela permettra de capter de nouveaux relais de croissance rentables.
Expansion du marché de l’assurance
Pour concrétiser ce potentiel, la FMA invite les intermédiaires à privilégier la prospection auprès des TPE, des PME et des travailleurs indépendants, plutôt que de se concentrer sur la concurrence directe sur les comptes existants. Une gestion rigoureuse des créances et un rapprochement semestriel des comptes s’avèrent également nécessaires pour assurer la pérennité des activités.