mardi 3 novembre 2026
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Budget 2027 : L’Algérie Dépense Deux Dinars Pour Chaque Dinar Gagné, Sans Le Mentionner

Par Martin Neuville · Publie le 3 novembre 2026 · 6 min de lecture

La situation budgétaire de l’Algérie : un équilibre précaire

Imaginons une famille qui perçoit 100 dinars par mois mais dépense 193 dinars. Elle promet à ses enfants de doubler leur argent de poche, décide de ne rien demander à personne, et omet de noter la différence dans son carnet de comptes. Cette situation est une métaphore du budget que le gouvernement algérien présente à son Parlement, pour un pays de 47 millions d’habitants.

Des chiffres éloquents mais dissimulés

Les chiffres sont présents, mais dissociés. L’article 2 évoque des recettes de 9.251 milliards de dinars, tandis que l’article 3 annonce des dépenses de 17.883 milliards de dinars. Étonnamment, le solde ne figure nulle part : le document « ne donne ni solde budgétaire ni prix de référence du baril », comme l’a souligné Maghreb Émergent. La soustraction doit être faite manuellement : cela représente un déficit de 8.631 milliards de dinars, soit environ 66 milliards de dollars. En d’autres termes, l’État dépensera 1,93 dinar pour chaque dinar encaissé, selon Algérie Invest.

Des questions sans réponses

Les députés ont soulevé ces interrogations lors de l’audition du ministre des Finances, Mohammed Lamine Lebbou, le 12 octobre. Ils ont demandé des éclaircissements sur le financement du déficit, mais aucune réponse n’a été rendue publique. Le ministre s’est contenté de vanter « la prudence dans l’estimation des recettes », sans aborder la question des dépenses.

Un déficit maquillé

Le chiffre reconstitué pour le déficit a été présenté de manière à paraître raisonnable. Pour ce faire, le gouvernement utilise un produit intérieur brut (PIB) supérieur de près de 18% à celui anticipé par le Fonds monétaire international (FMI). Avec le PIB officiel, le déficit représente 16% de la richesse nationale, tandis qu’avec celui du FMI, il dépasse 19%. Il s’agit d’une astuce classique, semblable à celle d’un individu qui évalue ses dettes en fonction d’un salaire encore non perçu.

Les sources de financement incertaines

La question demeure : d’où proviendra l’argent ? Pas du secteur pétrolier et gazier, car la fiscalité des hydrocarbures diminue. L’augmentation des recettes repose sur une catégorie vague, les « autres recettes », qui ont connu une hausse de près d’un quart en un an, sans explication fournie.

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Le FMI tire la sonnette d’alarme

En juillet, le FMI a révélé que le recul du déficit en 2025 était attribuable à des « dividendes exceptionnels » versés par les entreprises publiques et par la Banque d’Algérie. Il a également noté que la banque centrale finançait de plus en plus directement l’État et lui a conseillé de cesser cette pratique. En d’autres termes, l’État utilise les fonds de sa propre banque centrale pour se financer. Ce mécanisme, que l’on pourrait qualifier de « main gauche remplissant la poche droite », est présenté comme des recettes. La planche à billets, bien que officiellement arrêtée en 2019, n’a jamais réellement cessé de fonctionner.

Les conséquences sur le pouvoir d’achat

C’est la population algérienne qui supporte le poids de cette situation par la monnaie. Lorsque l’État crée la monnaie qu’il dépense, chaque dinar perd de sa valeur. Le marché parallèle illustre cette réalité : fin octobre, l’euro était échangé autour de 275 dinars à Alger, contre environ 150 dinars au guichet des banques. Doubler les salaires en dinars n’a pas de sens si la valeur du dinar diminue au même rythme. Résultat : les fiches de paie gonflent, mais le panier de la ménagère se vide.

Des projections inquiétantes

Le FMI a également partagé des projections préoccupantes dans un document officiel publié le 21 septembre. Selon ses analyses, les réserves de change, essentielles pour régler l’importation de produits comme le blé, le lait et les médicaments, devraient passer de 68,9 milliards de dollars en 2024 à 46,5 milliards de dollars fin 2026, puis à 19,8 milliards de dollars en 2031. Cela ne suffira à couvrir que trois mois d’importations, contre onze mois en 2024. Parallèlement, la dette publique pourrait grimper de 53% à 79% de la richesse nationale.

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Des promesses qui se heurtent à la réalité

La réponse du gouvernement est survenue deux semaines plus tard. Lors d’une rencontre avec la presse, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que les réserves resteraient à un « niveau acceptable » jusqu’en 2031, promettant qu’elles seraient élevées « si Dieu le veut ». Pourtant, il a écarté toute possibilité de recourir à l’endettement extérieur.

Une incohérence dans la politique d’endettement

La promesse de ne jamais s’endetter à l’étranger a déjà été mise à mal. Tebboune a répété depuis 2021 que l’endettement était « impossible », le comparant à un « suicide politique ». Pourtant, son gouvernement a contracté des emprunts. Pour le projet de chemin de fer Alger-Tamanrasset, la Banque africaine de développement a approuvé des prêts totalisant environ 2,5 milliards de dollars. Le président assure que l’Algérie ne s’endette pas, mais cela semble contredire les faits.

Un budget 2027 préoccupant

Le budget 2027 n’indique aucune intention d’inverser la tendance. Il prévoit une réduction de 8,6% des crédits d’investissement, ceux destinés à la construction d’infrastructures, tandis que les dépenses de fonctionnement atteignent un niveau record. Comme l’a souligné l’économiste Abdelrahmi Bessaha, ancien conseiller au FMI, l’État augmente les salaires tout en construisant moins, laissant la croissance algérienne « sous perfusion budgétaire ».

Un calendrier politique en toile de fond

Ce contexte peut expliquer la générosité des promesses budgétaires. Le texte sera voté le 16 novembre, douze jours avant les élections locales. Un budget qui annonce des avantages immédiats tout en évitant des chiffres précis a le potentiel d’attirer des voix à court terme.

Une promesse qui dissimule des répercussions

Le budget 2027 promet de doubler les salaires sans augmenter les impôts. Cependant, il omet de mentionner que les conséquences seront ressenties : dans la dévaluation du dinar, dans l’augmentation du coût des produits importés et dans la dette qui sera laissée aux générations futures.