Le scrutin législatif en Russie : un enjeu capital
Le scrutin, visant à renouveler les 450 sièges de la Douma d’État, la chambre basse du Parlement russe, se poursuit jusqu’à dimanche. Les derniers bureaux fermeront à 18h00 GMT dans l’enclave de Kaliningrad, et les premiers résultats sont attendus peu après.
Un corps électoral massif
Environ 111 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. La moitié des députés, soit 225, sera élue à la proportionnelle sur des listes nationales, tandis que l’autre moitié sera désignée dans des circonscriptions uninominales.
Un contexte de guerre
Ces législatives sont les premières organisées depuis le lancement, en février 2022, de l’offensive russe à grande échelle contre l’Ukraine. Le vote se déroule également dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par Moscou, notamment dans les régions de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia, Kherson, ainsi que dans la péninsule de Crimée, annexée en 2014. Kiev dénonce un scrutin illégal dans ces zones.
Mesurer l’état d’esprit de la population
Au-delà de la composition d’une Douma largement acquise au Kremlin, ce scrutin doit permettre au pouvoir de mesurer l’état d’esprit de la population, alors que les initiatives diplomatiques pour mettre fin au conflit ont jusqu’à présent échoué.
Un scrutin sans véritable concurrence
Les électeurs russes et les analystes s’attendent à une victoire de Russie unie, qui détenait plus des deux tiers des sièges dans la Douma sortante. Cette majorité lui permettait notamment de modifier la Constitution sans avoir à rechercher le soutien des autres groupes parlementaires.
Les partis en lice
Dix listes fédérales participent au scrutin proportionnel. En plus de Russie unie, on retrouve le Parti communiste de la Fédération de Russie, le parti nationaliste LDPR, Russie juste-Pour la vérité et Nouvelles personnes. Toutes ces formations, à des degrés divers, soutiennent Vladimir Poutine et la poursuite de la guerre en Ukraine.
Des prévisions de victoire sans contestation
«Russie unie va obtenir la majorité quoi qu’il arrive», prédit Apostol, un Moscovite de 20 ans. «Je ne vois donc pas l’intérêt de voter pour un parti d’opposition.»
Iabloko et l’opposition
Iabloko, la seule formation russe légalement constituée à s’opposer ouvertement à la guerre, avait initialement été autorisée à présenter une liste nationale. Cependant, la justice l’a exclue du scrutin proportionnel en août. Bien que quelques candidats restent en lice dans des circonscriptions individuelles, plusieurs ont été écartés.
Une mise en scène politique
«Poutine aime comparer sa situation politique à ce qui se passe dans les pays européens», explique Tatiana Stanovaïa, chercheuse au Centre Carnegie Russie Eurasie, une organisation désormais interdite en Russie. «Il peut dire : “Regardez, nous avons eu une élection. Je bénéficie d’un soutien considérable de la part des Russes. Nous sommes tous unis.” C’est donc pour lui quelque chose de très important, sur le plan personnel, émotionnel et politique», ajoute-t-elle.
Un appel à voter
Lors d’une brève allocution télévisée, Vladimir Poutine a encouragé ses concitoyens à participer au vote. «Votre choix et votre détermination montreront une fois de plus que des millions de personnes soutiennent nos combattants et que nous sommes unis», a-t-il affirmé, établissant un lien direct entre le scrutin et le soutien à l’armée russe.
Le spectre d’une nouvelle mobilisation
La participation et le score obtenu par Russie unie serviront également de marqueurs du degré de lassitude de la population face à une guerre qui a causé des centaines de milliers de morts et de blessés dans les deux camps, impactant de plus en plus le quotidien des Russes, y compris loin du front.
Les tensions en Ukraine
L’Ukraine a intensifié ses frappes de longue portée contre les installations énergétiques russes. Ces attaques ont provoqué des tensions sur l’approvisionnement en carburant dans plusieurs régions et ont touché des entrepôts de groupes de commerce en ligne, entraînant des pertes humaines et la destruction de marchandises.
Une initiative d’opposition
Écartée du scrutin ou contrainte à l’exil, l’opposition a appelé les Russes hostiles à la guerre à se rendre dans les bureaux de vote le 20 septembre à midi, à voter pour n’importe quel candidat autre que celui de Russie unie ou à rendre leur bulletin nul. Baptisée «Midi pour une Russie pacifique», cette initiative vise à permettre aux opposants de se reconnaître et de montrer publiquement leur nombre, malgré les risques de répression.
Rumeurs de mobilisation militaire
Une autre inquiétude pèse sur le scrutin : la possibilité d’une nouvelle mobilisation militaire, quatre ans après l’appel sous les drapeaux de quelque 300 000 réservistes en septembre 2022. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que Moscou pourrait annoncer une nouvelle mobilisation «à l’automne», après les législatives. Vladimir Poutine et le Kremlin ont, quant à eux, réfuté à plusieurs reprises ce scénario, particulièrement impopulaire en Russie, y compris au sein des élites politiques et économiques.