Restructuration de l’Architecture Économique
Le gouvernement dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri engage une restructuration majeure de son architecture économique. Ce remaniement va au-delà d’une simple réaffectation de portefeuilles ministériels, redéfinissant en profondeur les périmètres ministériels afin de faire émerger de nouvelles priorités stratégiques. La comparaison avec l’ancien schéma révèle un repositionnement significatif des fonctions clés de l’État. Désormais, l’**attractivité économique** est directement liée au secteur productif, la gestion budgétaire évolue vers une logique de performance, et des enjeux d’avenir tels que la souveraineté alimentaire ou l’intelligence artificielle obtiennent une reconnaissance institutionnelle majeure. La portée juridique de ces arbitrages devra néanmoins être confirmée par des textes d’attribution à venir, selon une analyse du quotidien Les Inspirations Éco.
Le Changement de Centre de Gravité de l’Investissement
Le changement de centre de gravité de l’Investissement constitue le pilier le plus emblématique de cette réorganisation. Auparavant rattaché sous forme de ministère délégué à la Primature pour en garantir la transversalité, l’Investissement intègre désormais le département de l’Industrie et du Commerce, sous la direction de Ryad Mezzour, qui est également chargé de l’Inclusion économique. Ce rapprochement vise à décloisonner la chaîne de valeur, en connectant l’attraction des capitaux à la production nationale, à l’exportation, soutenue par le ministre délégué Omar Hejira, et au développement d’un tissu entrepreneurial inclusif. Ce glissement sectoriel impose néanmoins un nouveau défi de gouvernance : maintenir une capacité d’accompagnement transversale pour les projets hors industrie, notamment dans les domaines du tourisme, de l’agriculture ou des services.
Optimisation de l’Action de l’État
Du côté des finances publiques, la nomination de Fouzi Lekjaa à la tête d’un ministère de l’Économie et des Finances élargi marque une volonté claire d’optimiser l’action de l’État. En intégrant explicitement la notion de «Performance publique» dans le titre de son département, l’Exécutif opère un virage culturel majeur, faisant passer l’évaluation budgétaire d’une simple logique comptable à une mesure rigoureuse des résultats concrets pour les Marocains. Ce mouvement suggère également un potentiel rapatriement des fonctions d’évaluation des politiques publiques au sein des Finances. La réussite de cette initiative dépendra d’une collaboration étroite avec l’ensemble des départements sectoriels et des établissements publics, qui demeurent les véritables bras opérationnels de la dépense de l’État, comme le note Les Inspirations Éco.
Révision du Secteur Primaire
Face aux vulnérabilités climatiques et géopolitiques, le secteur primaire revoit son cadrage idéologique en inscrivant la «Souveraineté alimentaire» aux côtés de l’Agriculture et de la Pêche maritime, un pôle dirigé par Khalid Hatimy et soutenu par Ahmed Mehdi Mezouari. Cette formulation consacre la résilience des approvisionnements et la sécurité alimentaire comme des impératifs stratégiques nationaux. Atteindre cet objectif nécessitera une synchronisation constante avec d’autres leviers ministériels, tels que l’Équipement et l’Eau, sous la responsabilité de Nizar Baraka, pour la gestion des ressources hydriques, l’Industrie pour le développement de l’agroalimentaire, ainsi que le Transport et la Logistique, dirigés par Abdessamad Kayouh, pour sécuriser les flux de distribution.
Leviers de Compétitivité et d’Innovation
Sur le front de l’innovation, le cabinet El Mansouri procède à d’autres arbitrages déterminants. D’une part, les secteurs de l’Énergie, des Mines et du Développement durable, dirigés par Charafat Afailal, forment un écosystème interdépendant essentiel à la réalisation des investissements majeurs. D’autre part, la création d’un ministère de plein exercice dédié à l’Intelligence artificielle, à la Transformation numérique et à la Réforme de l’administration, confié à Ahmed Rahhou et assisté par Aïcha Guellaa, confère un statut institutionnel sans précédent aux technologies de rupture. Le véritable enjeu résidera dans la capacité de ce département à irriguer l’ensemble des secteurs économiques et des services publics, en synergie avec le système éducatif et de formation.
Spécialisation des Métiers et Coordination Interministérielle
En procédant à un découpage des compétences relatives à l’emploi et aux qualifications, désormais réparties entre le ministère de l’Éducation nationale pour la formation professionnelle, le ministère de l’Industrie pour l’inclusion, et le département d’Abderrahim Chahid pour l’Emploi et le Dialogue social, l’Exécutif mise sur une spécialisation accrue des métiers. La réussite globale de cette nouvelle géographie ministérielle dépendra largement de l’efficacité de la coordination interministérielle. Il sera essentiel pour la cheffe du gouvernement d’assurer la fluidité des arbitrages et de maintenir une vision stratégique unifiée à travers ces pôles, qui sont à la fois autonomes et profondément interdépendants.