Le HCP révèle les premiers résultats de l’Enquête sur la Main-d’œuvre
Dans une note publiée ce lundi 3 août, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) présente les premiers résultats de l’«Enquête sur la Main-d’œuvre» (EMO), qui remplace l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi (ENE). Cette nouvelle approche, conforme aux normes internationales établies lors des 19ème, 20ème et 21ème Conférences internationales des statisticiens du travail de l’Organisation internationale du travail (OIT), introduit des modifications significatives dans la mesure du chômage.
Une nouvelle définition plus restrictive de l’emploi
La principale évolution réside dans la redéfinition de l’emploi. Désormais, seul le travail effectué contre rémunération ou dans l’optique d’un profit est considéré comme un emploi. Cette redéfinition exclut certaines activités qui étaient auparavant comptabilisées.
Un autre changement majeur est l’introduction du taux de chômage strict. Cet indicateur, plus restrictif, ne considère comme chômeurs que les personnes sans emploi, disponibles immédiatement et en recherche active d’un travail. Sont ainsi exclues les personnes qui sont disponibles mais ne recherchent pas activement un emploi, ainsi que celles qui effectuent des démarches sans être prêtes à travailler.
En conséquence, le nombre de chômeurs au sens statistique diminue mécaniquement, entraînant une baisse du taux de chômage.
Des chiffres révélateurs
Selon les résultats de l’EMO, le taux de chômage strict s’établit à 9,5 % au deuxième trimestre 2026, en baisse par rapport à 10,8 % au premier trimestre de la même année. Ce taux atteint 11,9 % en milieu urbain et 5,4 % en milieu rural.
Les disparités demeurent marquées selon le genre et l’âge. Le chômage affecte davantage les femmes (14,8 %) que les hommes (8,1 %). Les jeunes âgés de 15 à 24 ans sont les plus touchés, avec un taux de 27,2 %, suivis des 25-34 ans (14,5 %).
Le niveau de diplôme joue également un rôle déterminant dans les statistiques. Le taux de chômage s’élève à 16,7 % parmi les titulaires de diplômes supérieurs, 16 % pour les diplômes intermédiaires et 11,4 % pour les diplômes de base, tandis que les personnes sans diplôme affichent un taux de seulement 3,8 %.
Une rupture dans la lecture des séries statistiques
Le HCP indique que les résultats de la nouvelle enquête ne sont pas directement comparables avec ceux de l’ancienne en raison des changements conceptuels. Afin d’assurer une certaine continuité, l’institution a publié, à titre provisoire, des séries rétropolées couvrant la période 2017-2025 selon les nouveaux concepts.
Cependant, aucune donnée n’est disponible pour le premier semestre 2026 selon l’ancienne méthodologie. Cette absence limite la capacité à mesurer l’évolution réelle du marché du travail et à évaluer l’impact des politiques publiques récentes.
L’analyse des graphiques publiés par le HCP révèle que les courbes du taux de chômage classique et du taux de chômage strict peuvent diverger considérablement. À certains moments, elles se rejoignent, mais elles peuvent également évoluer en sens opposé, avec des écarts atteignant jusqu’à trois points.
À l’approche des élections législatives, cette rapide baisse du taux de chômage constitue un signal positif pour le gouvernement sortant. Cependant, derrière cette amélioration apparente se cache avant tout une acrobatie méthodologique qui modifie en profondeur les règles de calcul, sans nécessairement refléter une amélioration tangible de l’emploi. Le changement de thermomètre ne signifie pas que la fièvre est tombée.