Une nouvelle dynamique migratoire en Méditerranée occidentale
Alors que l’attention médiatique européenne se concentre souvent sur les crises terrestres au nord du Maroc, une évolution plus profonde se dessine. Selon les analyses concordantes du journal El Independiente, de l’Institut espagnol d’analyse migratoire (IEAM), de Frontex et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), l’Algérie a pris la place du Maroc en tant que « principal point de départ des migrants » vers la péninsule ibérique.
Une inversion des tendances migratoires
Les chiffres témoignent de ce changement significatif. D’après El Independiente et l’IEAM, l’Algérie a comptabilisé « plus de 75% des départs maritimes sur la route de la Méditerranée occidentale depuis ses côtes en 2025 ». Ce pays ne se limite pas à être un simple couloir de transit ; il est devenu une destination pour des milliers de migrants africains, tout en assurant un contrôle militaire des routes migratoires en provenance du Sahel.
Une augmentation des flux migratoires
Les rapports de l’OIM mettent en lumière l’évolution récente de ces flux. En 2025, les détections sur la route de la Méditerranée occidentale ont augmenté de 27%. Entre janvier et avril, l’Algérie a été désignée comme le « premier pays d’origine » pour cet axe, fournissant 42% des 5.647 arrivées enregistrées en Espagne, devançant largement le Maroc avec 22%. Contrairement aux flux marocains dirigés vers des points frontaliers spécifiques, les embarcations algériennes adoptent une tactique de dispersion, ciblant principalement les îles Baléares et les côtes d’Alicante, de Murcie et d’Almería.
Des frontières durcies et des expulsions massives
Cette pression accrue sur les côtes espagnoles coïncide avec un renforcement des frontières méridionales algériennes, notamment avec le Niger et le Mali. Portée par une logique sécuritaire, cette politique de contrôle militaire s’accompagne d’expulsions massives vers le Sahel. En 2025, le ministère algérien de la Défense a recensé 24.071 immigrants clandestins interpellés. Simultanément, l’organisation Alarme Phone Sahara a documenté une hausse des refoulements : 34.236 personnes ont été expulsées vers le Niger en 2025, par rapport à 31.000 en 2024 et 26.000 en 2023.
Une réalité migratoire complexe
Le journal El Independiente souligne la dureté des opérations, révélant des convois dits « non officiels » où des migrants venus d’Afrique de l’Ouest et Centrale « sont abandonnés au Point Zéro, en plein désert » avant de devoir parcourir une quinzaine de kilomètres pour trouver de l’aide. Selon l’IEAM, les expulsions au sud de l’Algérie déplacent les flux migratoires sans les tarir, illustrant « le contraste entre les expulsions au sud et le rôle croissant des côtes algériennes dans les départs vers l’Espagne ».
Un désengagement naval et une soupape de sécurité
Un net désengagement des forces navales algériennes a été observé sur les côtes nord, avec une chute de 37% des interceptions en mer sur un an, ne comptant que 1.002 interceptions entre janvier et avril 2026. Ce double jeu opère comme une « soupape de sécurité » pour le régime algérien face aux tensions internes et au désœuvrement d’une partie de sa jeunesse.
Une vague migratoire touchant toutes les classes sociales
L’exode clandestin en Algérie ne concerne pas uniquement les populations vulnérables. Il impacte aussi les classes moyennes et les cercles du pouvoir. Ce phénomène a été mis en lumière par la disparition d’Adel et Boumediène Gaïd Salah, fils du défunt général Ahmed Gaïd Salah. Leur absence soulève des interrogations, notamment en raison de rumeurs sur une convocation par la justice militaire. Toufik Bennacer, fils d’un autre général, a évoqué la possibilité d’un départ clandestin, affirmant que les deux frères auraient quitté l’Algérie à bord d’un bateau de plaisance.
Une migration vers l’Europe
Pour de nombreux migrants algériens, la péninsule ibérique ne représente qu’une première étape. Grâce à des réseaux familiaux et des liens linguistiques, la majorité d’entre eux aspire à rejoindre la France. Après leur arrivée à Murcie, Alicante ou aux Baléares, ils se fondent rapidement dans l’espace Schengen, alimentant ainsi un flux migratoire continu, souvent invisible aux yeux des autorités européennes.