Une hausse significative du financement bancaire de l’investissement au Maroc
Le financement bancaire de l’investissement connaît une véritable accélération au Maroc. Les crédits à l’équipement octroyés par les banques marocaines ont enregistré une augmentation impressionnante de 32,3% au cours du premier semestre 2026 par rapport à la même période l’année précédente, atteignant un total de 344,24 milliards de dirhams (MMDH), comme l’indiquent les dernières statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM).
Une dynamique contrastée avec la décennie précédente
Cette montée en puissance se distingue clairement de la tendance observée durant la dernière décennie. Entre fin juin 2016, lorsque l’encours s’élevait à 143,99 MMDH, et fin juin 2025, avec un montant de 260,21 MMDH, la progression cumulée a été de 80,7%, correspondant à un taux de croissance annuel moyen de 6,8%.
En d’autres termes, l’augmentation constatée sur une seule année, entre fin juin 2025 et fin juin 2026, dépasse presque cinq fois le rythme annuel moyen observé durant la décennie précédente. Cette dynamique souligne un changement marqué dans la manière dont le système bancaire marocain finance l’investissement productif.
Un contexte favorable à l’investissement
Cette accélération du financement s’inscrit dans un cadre où l’investissement au Maroc redémarre nettement, comme en témoignent plusieurs indicateurs. Parmi ceux-ci, on note l’amélioration de la croissance économique, la mise en œuvre de grands chantiers tels que ceux liés à la Coupe du Monde 2030, ainsi que la poursuite des investissements dans les infrastructures. Le regain de confiance des entreprises est également un facteur déterminant. Ce bond suggère que les entreprises, établissements publics et collectivités locales ont engagé ou intensifié des programmes d’investissement, nécessitant un recours accru au financement bancaire.
Le secteur tertiaire en tête de la progression
La répartition par secteur d’activité à fin juin 2026 révèle que le secteur tertiaire domine, concentrant 223,45 MMDH, soit près de 65% de l’encours total des crédits à l’équipement. Ce secteur affiche également la progression annuelle la plus élevée parmi les trois grands secteurs, avec une hausse de 44,9% par rapport à fin juin 2025.
Analyse par branches d’activité
| Branche d’activité | Fin juin 2025 (MMDH) | Fin juin 2026 (MMDH) | Variation (%) | Part dans le total 2026 |
|---|---|---|---|---|
| Secteur primaire (agriculture et pêche) | 15,19 | 16,29 | +7,2 % | 4,7 % |
| Secteur secondaire | 90,83 | 104,51 | +15,1 % | 30,4 % |
| Industries extractives | 17,83 | 17,79 | −0,2 % | 5,2 % |
| Industries manufacturières | 22,29 | 27,10 | +21,6 % | 7,9 % |
| Électricité, gaz et eau | 32,08 | 38,61 | +20,4 % | 11,2 % |
| Bâtiment et travaux publics | 18,63 | 21,01 | +12,8 % | 6,1 % |
| Secteur tertiaire | 154,19 | 223,45 | +44,9 % | 64,9 % |
| Commerce, réparations auto | 12,82 | 15,45 | +20,5 % | 4,5 % |
| Hôtels et restaurants | 10,12 | 11,12 | +9,8 % | 3,2 % |
| Transports et communications | 14,76 | 13,06 | −11,5 % | 3,8 % |
| Activités financières | 39,47 | 64,39 | +63,2 % | 18,7 % |
| Administrations locales | 25,64 | 54,10 | +111,0 % | 15,7 % |
| Autres sections | 51,38 | 65,33 | +27,2 % | 19,0 % |
| TOTAL | 260,21 | 344,25 | +32,3 % | 100 % |
Dans le secteur tertiaire, deux branches se distinguent par des croissances remarquables. Les administrations locales, en particulier, ont vu leurs crédits à l’équipement plus que doubler en un an, passant de 25,64 MMDH à 54,10 MMDH, représentant désormais 15,7% de l’encours total.
Cette envolée est le reflet de l’accélération des investissements des collectivités territoriales, de nombreuses villes ayant engagé ou intensifié des projets liés à la mobilité, l’aménagement urbain, la voirie, l’assainissement, ainsi que des équipements publics, notamment ceux associés à l’organisation de la Coupe du Monde 2030. Ces projets nécessitent des financements considérables, souvent assurés par le crédit bancaire.
Les activités financières en forte hausse
Les activités financières ont également connu une hausse significative de 63,2%, avec un encours de 64,39 MMDH à fin juin 2026. Cette branche représente à elle seule 18,7% du total des crédits à l’équipement, consolidant sa position de première composante sectorielle.
La progression des crédits destinés aux activités financières peut illustrer les investissements réalisés par les banques, sociétés de financement et autres institutions financières dans leurs infrastructures, systèmes d’information et transformations numériques. Elle peut également refléter des opérations de restructuration ou de refinancement d’investissements existants.
À l’inverse, le secteur des transports et communications se distingue en affichant un recul, avec un encours passant de 14,76 MMDH à 13,06 MMDH, soit une baisse de 11,5%.
Une dynamique positive dans le secteur secondaire
Le dynamisme des crédits à l’équipement dans le secteur secondaire repose principalement sur les industries manufacturières, dont l’encours s’élève à 27,10 MMDH (+21,6%), ainsi que sur la branche électricité, gaz et eau, qui atteint 38,61 MMDH (+20,4%). En revanche, le bâtiment et les travaux publics affichent une progression plus modeste de 12,8%, avec un encours de 21,01 MMDH à fin juin 2026.
Cette augmentation des crédits destinés aux industries manufacturières s’inscrit dans un contexte d’investissements industriels soutenus, notamment dans les filières automobile, aéronautique et agroalimentaire. La branche électricité, gaz et eau bénéficie quant à elle de la multiplication des projets visant à renforcer les capacités de production électrique, à développer les énergies renouvelables et à moderniser les infrastructures hydrauliques.
Les industries extractives constituent la seule branche du secteur secondaire à montrer une quasi-stagnation, avec un encours de 17,79 MMDH à fin juin 2026, en légère baisse de 0,2% par rapport à fin juin 2025.
Cette stabilité pourrait indiquer un cycle d’investissement plus mature dans ce secteur, où les besoins de nouveaux financements évoluent généralement de manière moins volatile que dans les secteurs en forte croissance.
Conclusion sur la dynamique d’investissement
La répartition des crédits à l’équipement par branche d’activité souligne la prédominance des activités financières et des administrations locales, qui, à elles deux, représentent plus d’un tiers de l’encours total à fin juin 2026. Cela contribue significativement à l’accélération de 32,3% enregistrée sur l’ensemble de l’agrégat.
Si cette dynamique se maintient au cours des prochains trimestres, elle pourrait être un indicateur d’une reprise durable de l’investissement au Maroc, avec des impacts positifs anticipés sur l’activité économique, l’emploi et les capacités de production.