samedi 29 août 2026
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Economie

Le Maroc : Les Défis d’une Croissance Économique Créatrice d’Emplois

Par Laura Tournon · Publie le 29 août 2026 · 4 min de lecture

Élections législatives et rapport du CESE : un contexte politique chargé

À l’approche des élections législatives prévues le 23 septembre, la publication du rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental (CESE) prend une tournure résolument politique. Ce document dresse le portrait d’un Maroc aux dynamiques profondément contrastées, oscillant entre une santé macroéconomique éclatante et des fractures sociales persistantes.

Une situation économique en apparence favorable

Sur le papier, le royaume affiche une trajectoire enviable. Une croissance robuste de 4,9% prévue en 2025, un bond impressionnant des investissements directs étrangers (IDE) de 74,3%, une inflation réduite à 0,8% et un décit budgétaire maîtrisé à 3,5% du PIB témoignent d’une attractivité indéniable. À cela s’ajoute un record historique pour le secteur touristique, qui a frôlé la barre des 20 millions de visiteurs, ainsi qu’une montée en gamme continue de l’appareil industriel national, comme le souligne le magazine Jeune Afrique.

Des inégalités persistantes sur le marché du travail

Néanmoins, en scrutant la réalité quotidienne des ménages et du tissu productif, le constat s’assombrit. Bien que les capitaux et les projets d’envergure affluent, leurs retombées peinent à irriguer l’ensemble de la société. Cette dichotomie est particulièrement frappante sur le marché du travail. Malgré 1.704 milliards de dirhams d’investissements injectés entre 2021 et 2025, seules 400.000 créations nettes d’emplois ont été comptabilisées. Ce phénomène s’explique par un basculement structurel vers des secteurs à forte intensité de capital, tels que l’automobile ou l’aéronautique, au détriment de branches plus pourvoyeuses de main-d’œuvre. De plus, le phénomène de nearshoring peine encore à s’ancrer localement, les grands groupes étrangers ayant des difficultés à intégrer efficacement le réseau des très petites et moyennes entreprises (TPME).

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Une précarité et des disparités territoriales inquiétantes

En conséquence, le taux de chômage stagne à 13% au niveau national, atteignant 37,2% chez les jeunes, accompagné d’une précarité systémique, près de la moitié des salariés travaillant sans contrat. Ces failles structurelles alimentent des disparités territoriales criantes. Alors que l’axe Casablanca-Rabat-Tanger concentre près de 60% de la richesse nationale, de nombreuses provinces demeurent en marge de cette prospérité. Bien que la pauvreté absolue ait diminué au cours de la dernière décennie, le risque de sa reproduction intergénérationnelle reste préoccupant pour le CESE dans les zones les plus vulnérables.

Des avancées sociales face à des défis réels

Sur le plan social, les avancées législatives et institutionnelles se heurtent également à la réalité du terrain. L’élargissement de la couverture médicale à 88% des citoyens et l’instauration d’aides directes pour des millions de foyers représentent des progrès significatifs, tout comme l’expérimentation pédagogique des écoles pionnières. Cependant, les pénuries de personnel soignant, la hausse cumulative du coût de la vie (avec des prix alimentaires supérieurs de 27% par rapport à 2021) et la faible qualité des services publics soulignent les exigences exprimées par les mobilisations citoyennes récentes. Les perspectives d’avenir ajoutent une pression supplémentaire, comme le souligne Jeune Afrique. Le plan d’équipement ambitieux lié à l’accueil de la Coupe du monde 2030, évalué à 190 milliards de dirhams, repose à 89% sur la dette, risquant d’exclure les entreprises privées de l’accès au crédit bancaire. Parallèlement, la transition démographique s’accélère : avec un taux de fécondité sous le seuil de renouvellement et une augmentation significative de la population étrangère résidente, le Maroc amorce sa transformation en pays d’immigration face au vieillissement imminent de sa population. Plus qu’une simple crise, le rapport du CESE décrit un moment de vérité pour un modèle de développement à la croisée des chemins.

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