Le marché de l’emploi au Maroc : un défi incontournable
Alors que l’échéance des législatives du 23 septembre 2026 se rapproche, le débat public au Maroc se concentre presque exclusivement sur la question de l’emploi. Dans les instances politiques, cette problématique occupe le devant de la scène, reléguant au second plan des enjeux fondamentaux tels que la santé, l’éducation et la protection sociale. Pourtant, derrière ce consensus apparent se cachent des divergences profondes entre décideurs, économistes et acteurs institutionnels. La question qui se pose est : « Faut-il continuer à réformer le secteur ou bien envisager une rupture théorique et stratégique pour réinventer les politiques d’insertion professionnelle ? », comme le souligne le magazine hebdomadaire Challenge.
Une analyse du marché du travail
Les données récentes publiées par le Haut-Commissariat au Plan révèlent un marché du travail en proie à des tensions structurelles. Au deuxième trimestre de 2026, le taux de chômage national a chuté sous la barre des 10% pour s’établir à 9,5%, marquant une baisse significative par rapport aux 10,8% enregistrés trois mois auparavant. Cette diminution est en partie attribuée à une révision méthodologique du calcul de la population active. Toutefois, cette embellie statistique masque des fractures sociales et géographiques persistantes. Les zones urbaines affichent un taux de chômage de 11,9%, contre seulement 5,4% en milieu rural, un chiffre qui, bien que bas, est biaisé par la vulnérabilité du secteur agricole, souvent soumis aux aléas climatiques.
Les inégalités sur le marché de l’emploi
Une analyse démographique met en lumière d’autres distorsions préoccupantes. La sous-représentation des femmes sur le marché du travail est en nette aggravation, avec un taux de chômage féminin atteignant 14,8% contre 8,1% chez les hommes. La Banque mondiale a récemment averti sur le recul du taux d’activité féminin, tombé à 19% en 2025, alors que les objectifs du Nouveau Modèle de Développement visaient un taux de 45% d’ici 2035. Plus alarmant encore, le marché peine à intégrer sa jeunesse instruite, avec un taux d’inactivité forcée de 27,2% chez les 15-24 ans. La précarité touche particulièrement les diplômés de l’enseignement supérieur, dont 16,7% sont en recherche d’emploi, contre seulement 3,8% pour les actifs non qualifiés. Malgré le dynamisme de certains secteurs, tels que l’automobile et l’aéronautique, le nombre d’embauches reste insuffisant pour répondre à l’arrivée annuelle de nouveaux diplômés, comme l’indique encore Challenge.
Des visions divergentes sur les solutions
Face à ces défis, les économistes proposent des analyses variées. Certains adoptent une approche conjoncturelle, attribuant l’augmentation du chômage aux chocs externes, allant de la crise sanitaire aux tensions géopolitiques, en passant par les sécheresses qui affectent l’économie rurale. Dans cette optique, le marché du travail pourrait retrouver son équilibre à long terme, à l’instar des processus d’autorégulation observés en Europe du Sud après la crise immobilière des années 2000.
Appels à une réforme structurelle
Cette vision est cependant contestée par d’autres experts qui critiquent l’inefficacité des politiques économiques actuelles et le manque de synergie dans l’action publique. La majorité s’accorde à dire qu’aucune création d’emplois ne sera possible sans une croissance économique soutenue, estimée nécessaire à un rythme annuel de 5 à 6%. Un objectif ambitieux qui semble difficile à réaliser à court terme. Si la réforme du système éducatif est essentielle pour améliorer l’employabilité des jeunes, ses effets dépendent également d’une augmentation réelle de la productivité de l’économie marocaine.
Vers un nouveau paradigme économique ?
Dans ce climat d’incertitude, l’idée d’un New Deal à la marocaine commence à émerger. Plusieurs voix s’élèvent pour suggérer au gouvernement de s’inspirer des grands travaux américains des années 1930, période durant laquelle l’État fédéral avait compensé les défaillances du secteur privé par des programmes d’envergure créateurs d’emplois. Le Maroc dispose d’un calendrier propice pour une mobilisation importante de ressources publiques, notamment à travers des chantiers de modernisation urbaine, le développement du réseau ferroviaire, l’amélioration des infrastructures portuaires et la transition énergétique, tous prévus en vue de la Coupe du Monde 2030. Reste à savoir si les marges de manœuvre budgétaires permettront de soutenir un tel volontarisme étatique sans compromettre les équilibres macroéconomiques.