Le secteur hôtelier marocain en pleine transformation
Le secteur hôtelier marocain connaît une mutation rapide, influencée par plusieurs facteurs. L’implantation massive des géants mondiaux de l’hébergement, l’élévation de la gamme de la destination et l’évolution des attentes des clients internationaux contribuent à cette dynamique. Cette effervescence, bien que marquée par une polarisation accrue de l’offre, cache une profonde recomposition du paysage touristique. Tandis que les segments supérieurs captent la majorité des retombées économiques, le milieu de gamme se retrouve étouffé, pris entre le prestige du haut de gamme et l’essor des alternatives informelles ou digitales, comme le souligne le magazine Finances News Hebdo.
Les multinationales à l’assaut du marché marocain
Pour les multinationales de l’hôtellerie, le Maroc représente un marché de développement clé. Le Radisson Hotel Group illustre cette tendance avec une offre de plus en plus variée. Ramssay Rankoussen, responsable régional du développement, explique que le groupe adopte une segmentation fine de son portefeuille pour répondre aux spécificités de chaque micro-marché. Dans le segment d’entrée du luxe, Radisson Collection déploie des établissements emblématiques, tandis que Radisson Blu reste l’enseigne la plus implantée à l’international, en particulier à Casablanca et Marrakech, avec plusieurs projets en cours. Parallèlement, le groupe investit dans des concepts de style de vie et intermédiaires tels que Radisson Red et la marque Radisson Hotel, cette dernière devant devenir le principal moteur de croissance au Maroc.
Une croissance ciblée sur le segment quatre étoiles
Selon Ramssay Rankoussen, le segment des quatre étoiles, représenté par Radisson Hotel, sera celui connaissant la plus forte croissance. Ce segment, plus accessible économiquement et facile à structurer, constitue un levier d’expansion majeur pour l’entreprise. En outre, le groupe explore des formules émergentes comme l’appart-hôtel, qui, bien que peu présent à l’échelle nationale, détient un potentiel considérable. La typologie de chaque projet est dictée par l’emplacement : les zones balnéaires et les concepts d’exception privilégient Radisson Collection ou Radisson Blu, tandis que les environnements urbains se tournent vers l’offre quatre étoiles.
Des résultats prometteurs dans le haut de gamme
La dynamique actuelle s’appuie sur les performances remarquables du segment haut de gamme. En 2025, les établissements de luxe ont enregistré une augmentation de sept points de leur taux d’occupation, tandis que le revenu par chambre disponible a grimpé de 21 %, atteignant 131 dollars contre 108 dollars un an auparavant. Ces résultats séduisent les grands réseaux mondiaux comme Accor, Hilton, Marriott, BWH et Pestana, qui intensifient leurs investissements dans un pipeline africain en progression de 12,2 % pour 2026 par rapport à 2025, représentant au total 675 hôtels et plus de 120 000 chambres.
Des interrogations sur les retombées locales
Cette attractivité internationale soulève des questions sur les retombées effectives pour l’écosystème local. Said Tahiri, économiste et opérateur touristique, met en garde : l’arrivée des chaînes étrangères peut certes accélérer la montée en gamme et uniformiser les standards, mais elle n’a de sens que si elle s’inscrit dans une logique de maîtrise locale de la valeur. Cela implique des actifs détenus, financés ou gérés par des acteurs marocains, ainsi que la création d’emplois qualifiés sur place et une chaîne d’approvisionnement qui profite réellement à l’économie nationale.
Un constat lucide sur la fracture du marché
L’expert dresse un bilan clair : le luxe et l’ultra-luxe affichent une performance solide, tandis que le milieu de gamme est sous pression et que l’entrée de gamme souffre de la concurrence des locations de courte durée, notamment à Marrakech. Avec un taux d’occupation autour de 48 %, ces locations attirent à la fois la clientèle étrangère et les Marocains vivant à l’étranger, sensibles aux prix, poussant ainsi les établissements traditionnels à réviser leurs tarifs.
Vers un encadrement réglementaire nécessaire
Face à ces évolutions, la question de l’encadrement réglementaire reste au cœur des préoccupations des professionnels du secteur. Malgré des avancées législatives en 2025, avec la publication au Bulletin officiel des arrêtés d’application de la loi 80-14 visant à harmoniser le classement étoilé des riads, maisons d’hôtes et appart-hôtels selon les standards internationaux, la mise en œuvre sur le terrain prend du temps. Selon Said Tahiri, seule une volonté politique forte pourra initier le changement, et l’échéance de la Coupe du monde 2030 pourrait jouer un rôle déterminant dans l’accélération de la structuration globale du secteur.