Les Défis de la Pêche : Des Tonnages en Hausse, Mais des Recettes en Baisse
Ramener plus de poisson au port ne garantit pas une augmentation équivalente des recettes. Les dernières données de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF), relatées dans leur note de conjoncture d’août 2026, soulignent que la valeur des débarquements a chuté d’environ 2,9% par tonne, malgré une hausse des volumes.
Comprendre la Valeur des Débarquements
Ce recul moyen ne signifie pas que toutes les espèces de poisson se vendent à des prix inférieurs. La recette générée par une tonne dépend en réalité de plusieurs facteurs, notamment des espèces débarquées, de leur qualité et des conditions de vente. Afin d’analyser pourquoi une plus grande abondance ne se traduit pas toujours par des recettes supplémentaires, il convient d’examiner les captures effectuées.
Les Pélagiques : Un Volume en Hausse, Une Valeur en Baisse
L’augmentation des débarquements est en grande partie portée par les pélagiques, dont les tonnages ont progressé de 10,6%, tandis que leur valeur n’a crû que de 1,1%. La DEPF a observé une baisse significative de 8,6% du prix moyen de vente de ces espèces.
Répartition des Recettes : Pélagiques versus Céphalopodes
Avec 456.192 tonnes, les pélagiques représentent près de 83% des volumes commercialisés, mais ne contribuent qu’à environ 27% de leur valeur. En revanche, les céphalopodes affichent une situation inverse, occupant environ 7,5% des tonnages tout en générant plus de la moitié des recettes, soit 3,32 milliards de dirhams, selon les données de l’ONP.
Le Poisson Blanc : Une Meilleure Valeur, Moins de Volume
Le poisson blanc illustre bien la tendance : même si la recette unitaire peut augmenter, une contraction de l’activité peut également se produire. Les volumes de poisson blanc ont chuté de 25%, tandis que leur valeur a diminué de 8%. Bien que chaque tonne rapporte davantage, la baisse des quantités vendues a pour effet de faire diminuer les recettes totales. Il est donc essentiel de dissocier l’évolution des tonnages de celle des revenus.
Des Écarts Notables Selon les Ports
Ces variations se reflètent également sur les quais. Pour les sept premiers mois de 2026, Laâyoune a enregistré une hausse de 56% des volumes, tandis que la valeur n’a progressé que de 21%. Les pélagiques ont augmenté de 86% en tonnage et de 70% en recettes, illustrant un véritable surcroît d’activité, sans que chaque tonne supplémentaire ne se traduise par une hausse proportionnelle de la valeur.
Tanger : Une Augmentation de Volume, Mais Pas de Valeur
À Tanger, la situation est encore plus marquée : les débarquements ont augmenté de 98%, tandis que leur valeur n’a crû que de 14%. Les céphalopodes, malgré une hausse des volumes de 32%, affichent des recettes en baisse de 7%. Cela démontre que même au sein d’un même groupe, des écarts significatifs peuvent se produire.
Dakhla : Une Chute des Volumes et des Valeurs
À Dakhla, la tendance est inverse, avec des volumes en chute de 70% et une valeur en baisse de 46%. Bien que la recette unitaire résiste mieux, la contraction des ventes demeure un problème majeur. Pour les opérateurs locaux, la disponibilité des captures reste le principal enjeu, même face à une croissance nationale.
Les Enjeux Financiers pour les Pêcheurs
Les différences de situation soulèvent une question essentielle pour les pêcheurs : que reste-t-il après chaque sortie ? Même si des prises plus importantes peuvent soutenir les recettes du bateau, des éléments comme le carburant, le temps passé en mer et d’autres charges influencent considérablement le résultat final. En l’absence de données précises sur ces coûts, une augmentation des ventes ne peut pas être interprétée comme une amélioration des revenus des équipages.
Les Mareyeurs et les Défis de la Marge
Cette prudence s’applique également aux mareyeurs. L’achat de certains lots à des prix inférieurs peut améliorer leur marge, à condition que les prix de revente restent compétitifs. De plus, ils doivent gérer des coûts supplémentaires de manutention, de transport et de stockage pour garantir la fraîcheur et écouler rapidement les stocks, qui deviennent tout aussi cruciaux que le prix d’achat.
Les Conserveries : Opportunités et Contraintes
Les conserveries pourraient également tirer parti d’une abondance de pélagiques, mais uniquement si les espèces, les calibres et la qualité correspondent à leurs exigences. L’éloignement des ports où les captures augmentent pourrait engendrer des coûts supplémentaires pour l’approvisionnement, réduisant ainsi les gains escomptés sur la matière première.