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PLF 2027 : Réduction de l’IR, Augmentation des Pensions et Aides Sociales pour Améliorer le Pouvoir d’Achat

Par Laura Tournon · Publie le 24 octobre 2026 · 8 min de lecture

Cohésion sociale et soutien au pouvoir d’achat : les mesures phares du PLF 2027

L’un des axes prioritaires du Projet de loi de finances 2027 est le soutien au pouvoir d’achat et le renforcement de la protection sociale. Pour atténuer l’impact économique sur les ménages, le gouvernement a élaboré un ensemble de mesures ciblant la fiscalité sur les salaires, les aides directes, la prise en charge de certaines dépenses énergétiques, ainsi que la régulation des marchés alimentaires.

Une réforme de l’impôt sur le revenu

La réforme de l’impôt sur le revenu (IR) représente une des principales mesures annoncées. Elle prolonge celle entamée en 2025, avec trois objectifs majeurs : alléger la charge fiscale des salariés et de la classe moyenne, simplifier le barème, et encourager l’emploi déclaré.

À partir de janvier 2027, le seuil annuel de revenu exonéré d’impôt sur le revenu passera de 40 000 à 60 000 DH. Cette initiative, associée à une augmentation de l’abattement pour frais professionnels de 25 % à 45 %, vise à permettre aux salariés gagnant moins de 10 000 DH nets par mois de ne plus être assujettis à cet impôt.

Selon les prévisions gouvernementales, 87 % des salariés devraient tirer profit de cette exonération, avec un gain estimé à environ 500 DH par mois pour la majorité d’entre eux. Le coût de cette réforme pour l’État s’élèvera à 5,5 milliards de DH en 2027.

La note de présentation prévoit également de réduire le nombre de tranches imposables de cinq à trois, avec des taux progressifs de 10 %, 20 % et 30 %, et d’abaisser le taux marginal de la dernière tranche de 37 % à 30 %.

Le déploiement de cette réforme sera progressif sur cinq ans (2027-2031), en tenant compte de son coût et de ses effets sur les revenus des ménages et sur les recettes publiques, tout en s’accompagnant d’un élargissement de l’assiette fiscale et d’un renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale.

Les aides sociales et les pensions de retraite revues à la hausse

Le projet de loi de finances prévoit également un renforcement des aides sociales directes. Le montant minimal mensuel des aides passera de 500 à 600 DH dans une première phase, avant d’atteindre progressivement 1 000 DH. Cette première augmentation nécessitera une enveloppe supplémentaire de 3 milliards de DH.

Ce dispositif devra tenir compte de la situation réelle des familles, en adaptant l’aide à leurs revenus disponibles. Ainsi, l’entrée d’un membre du ménage dans la vie active ne devrait plus entraîner automatiquement la suppression de l’aide sociale.

Les retraités bénéficieront également de ces mesures. Le montant minimal des pensions atteindra 1 700 DH par mois en 2027, et augmentera progressivement jusqu’à 3 000 DH d’ici la fin de la législature, touchant ainsi 500 000 bénéficiaires, dont plus de 150 000 veuves.

Le gouvernement prévoit en outre de porter de 50 % à 100 % la part de la pension revenant aux veuves, une mesure bénéfique pour 431 000 personnes. Ces deux mesures seront mises en œuvre suivant un calendrier progressif, prenant en compte les spécificités et les équilibres financiers des régimes de retraite concernés.

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Les petites factures d’électricité prises en charge

Le PLF 2027 prévoit également une intervention directe sur les dépenses d’électricité. À partir de janvier 2027, l’État prendra en charge les factures mensuelles dont le montant ne dépasse pas 100 DH, afin d’alléger le budget des ménages concernés.

Cette mesure devrait toucher environ 6 millions de clients, soit près de 60 % de la clientèle, pour un coût annuel estimé à 2,8 milliards de DH. Certaines petites activités artisanales à faible consommation électrique, notamment dans les zones rurales, bénéficieront également de cette aide.

Cette disposition complète les mesures de soutien déjà mises en place pour préserver l’équilibre du secteur électrique. Entre 2022 et 2025, les transferts de l’État à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) ont atteint 17 milliards de DH. Un protocole de 6,5 milliards de DH, signé en 2026, a également été mobilisé pour contribuer au redressement financier de l’Office.

La compensation maintenue pour les produits de base

Le soutien aux produits de première nécessité constitue un autre volet essentiel de l’action publique sur le pouvoir d’achat. Pour 2027, une enveloppe de 19,4 milliards de DH est prévue pour la compensation du gaz butane, du sucre et de la farine nationale de blé tendre, afin de garantir la disponibilité de ces produits et la stabilité de leurs prix sur le marché intérieur.

En 2026, des crédits supplémentaires de 8 milliards de DH avaient porté le budget de la compensation à 22 milliards de DH, permettant de renforcer le financement du dispositif face à l’évolution des coûts, notamment de la subvention du butane.

Le gaz butane représente une part significative de cette charge. Entre janvier et août 2026, la subvention moyenne par bouteille de 12 kg a atteint 61,79 DH, en hausse de 15,75 % sur un an.

Pour le sucre, le recul des prix internationaux devrait alléger la charge nette supportée par l’État. Concernant le blé tendre, il a permis de maintenir le coût d’importation sous le prix cible de 270 DH le quintal, sans recourir au mécanisme de récupération. L’amélioration des conditions climatiques de la campagne agricole 2025/2026 a également favorisé la reprise de la production de sucre et de céréales.

Cette vigilance s’exerce dans un contexte de tensions énergétiques, où les tensions géopolitiques et les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz ont accentué la volatilité des prix.

Réorganiser les marchés pour agir sur les prix alimentaires

Au-delà des revenus et des aides directes, le PLF 2027 met l’accent sur le fonctionnement des marchés alimentaires. Ramener les prix à des niveaux raisonnables nécessite une meilleure maîtrise des coûts de production, de stockage et de transport, tout en conciliant le pouvoir d’achat des ménages et une marge équitable pour les producteurs.

Le gouvernement souhaite engager une réforme des circuits de commercialisation pour réduire les coûts liés aux intermédiaires et améliorer les conditions d’approvisionnement. Cette réforme visera également à réduire les pertes, à renforcer la concurrence et à assurer la transparence des transactions, en accord avec la stratégie Génération Green.

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Le dispositif inclut la mise en place de plans d’approvisionnement saisonniers pour plusieurs produits stratégiques, tels que les céréales, les pommes de terre, les oignons, les tomates, les viandes rouges, les sardines et l’huile d’olive.

Ces plans devront prendre en compte les besoins du marché intérieur, les prévisions de production, les stocks disponibles et les volumes destinés à l’exportation. L’identification des déficits permettra d’anticiper la mobilisation des stocks ou l’autorisation d’importations temporaires.

Moderniser les marchés de gros et développer les circuits courts

La réforme prévoit également une évolution du cadre de fonctionnement des marchés de gros, avec un nouveau cadre législatif définissant les conditions de création et de gestion de ces marchés, qu’ils soient publics ou privés. Ceci inclut une clarification des rôles des pouvoirs publics et des collectivités territoriales, ainsi que des droits et obligations des grossistes.

Un complexe régional de commercialisation est prévu pour Rabat, Salé, Skhirat et Témara, avec une enveloppe de 1 milliard de DH, visant à regrouper les activités réparties entre plusieurs marchés et à améliorer les conditions de commercialisation.

Le gouvernement prévoit également de lancer six sociétés régionales d’agrégation et de commercialisation dans les bassins agricoles du Souss, du Tadla, du Gharb, du Loukkos, de Doukkala-Abda et de l’Oriental. Ces sociétés faciliteront la collecte, le tri, le conditionnement, le stockage et le transport des produits vers les marchés, tout en garantissant une concurrence équitable.

Améliorer la conservation et la traçabilité des produits

La réforme des circuits alimentaires inclut également des améliorations concernant la conservation et le transport des produits. Dans les principaux ports de pêche artisanale, le gouvernement prévoit la construction d’unités de stockage frigorifique à des tarifs incitatifs.

Ces mesures visent à mieux préserver les produits de la pêche après leur débarquement et à renforcer la capacité de négociation des pêcheurs. Des améliorations de la chaîne du froid et du transport vers les marchés de l’intérieur sont également prévues.

Concernant les viandes rouges, des mesures incluent l’identification numérique du cheptel, la mise à niveau des marchés à bestiaux et des abattoirs, ainsi qu’une meilleure traçabilité des carcasses.

Un suivi renforcé des prix et des marges

Enfin, le projet de loi prévoit la mise en place d’un système national d’information sur les marchés alimentaires. Ce système centralisera les données concernant les prix aux différents stades de la commercialisation, les niveaux de stocks et les flux d’approvisionnement.

Ce suivi se concentrera sur plusieurs produits de consommation courante, permettant ainsi de détecter rapidement les tensions sur l’offre, les variations anormales des marges et les risques de rupture d’approvisionnement.

Le dispositif inclura des contrôles permanents basés sur les risques, une amélioration de la facturation numérique et une traçabilité fiscale et sanitaire renforcée. La lutte contre le stockage spéculatif, les pratiques anticoncurrentielles et les fraudes sur le poids ou la qualité des produits sera également une priorité.