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Pourquoi le prix du diesel ne cesse-t-il d’augmenter ?

Par Martin Neuville · Publie le 21 octobre 2026 · 6 min de lecture

Une hausse spectaculaire : de 9,95 DH à 16 DH

Le 30 décembre 2025, le prix du litre de gasoil a chuté en dessous de la barre des 10 DH, atteignant 9,95 DH, un niveau inédit depuis de nombreuses années. Dix mois plus tard, ce prix a grimpé autour de 16 DH, représentant une augmentation de 60%. Pendant la même période, le prix de l’essence a connu une hausse plus modérée, passant de 13,05 DH à 15,60 DH, soit une augmentation de 20%.

Pour un plein de 50 litres de gasoil, la note a ainsi augmenté de près de 300 DH. En septembre 2026, les prix des deux carburants se croisent, et depuis, le gasoil reste en tête.

Évolution du prix du gasoil et de l'essence au Maroc, de juillet 2025 à octobre 2026.

Ormuz : le robinet qui s’est fermé

Tout débute fin février avec les frappes américaines et israéliennes en Iran. Le détroit d’Ormuz est alors bloqué, et des tensions naissent en mer Rouge autour de Bab el-Mandeb. Ce n’est pas uniquement le brut qui est affecté : les raffineries du Golfe représentent une part significative de l’approvisionnement mondial en diesel. Selon l’AIE, leurs exportations nettes de diesel ont chuté en août à un peu plus d’un quart de leur niveau d’avant-guerre.

Le second coup dur provient de la Russie, où les raffineries, touchées par les attaques de drones ukrainiens, fonctionnent au ralenti. Le gouvernement russe a même décidé d’interdire l’exportation de diesel jusqu’à fin octobre. Pendant ce temps, la Chine maintient son niveau d’exportation. Ainsi, trois sources d’approvisionnement se sont fermées simultanément.

Explosion des prix : le pétrole en hausse, le diesel en flèche

Un chiffre illustre la situation : entre janvier et septembre 2026, le baril de brut américain a augmenté de 62%. En revanche, le prix du diesel a plus que doublé, avec une hausse de 119%. Le défi ne réside donc pas dans le prix du pétrole, mais bien dans sa transformation.

Évolution des marges de raffinage du diesel et de l'essence sur 24 mois.

Les raffineurs surveillent cet écart à l’aide du crack spread, qui représente la différence entre le prix d’un carburant et celui du brut. Pour le diesel, cette différence se situait autour de 35 dollars par baril au début de l’année 2026. En septembre, elle a atteint un niveau record de 110,8 dollars, tandis que celle de l’essence plafonnait à 46,9 dollars. Sur le marché international, le prix de la tonne de gasoil dépasse désormais 1.400 dollars, soit le double de son prix d’avant-crise.

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Le Maroc : un importateur vulnérable

Le Maroc ne raffine plus une goutte de gasoil depuis l’arrêt de la Samir en 2015. Le pays se voit donc contraint d’importer du gasoil prêt à l’emploi, ce qui implique des coûts élevés, incluant les marges des raffineurs. À noter que le gasoil représente entre 75 et 80% de la consommation nationale de carburants.

La crise a également redessiné la carte des fournisseurs. Entre janvier et septembre 2026, les États-Unis se sont imposés comme premier fournisseur, avec 61.000 barils par jour de produits pétroliers, soit deux fois et demie plus qu’en 2025. La Russie suit avec 50.000 barils par jour. Concernant le gasoil, les États-Unis sont même devenus le premier fournisseur du Maroc au premier semestre, représentant environ un tiers des volumes importés.

Origine des importations marocaines de gasoil en 2026.

Un acteur absent dans ce tableau est l’Arabie saoudite, qui était le premier fournisseur de gasoil en 2025, mais qui a disparu du TOP 5 à cause du blocage d’Ormuz et de la mer Rouge.

Ces nouveaux fournisseurs imposent des tarifs élevés. À fin août, la facture pour le gasoil et le fuel-oil a atteint 50,7 milliards de DH, enregistrant une hausse de 44,9% par rapport à l’année précédente. Les stocks disponibles offrent peu de marge, avec un peu plus de 48 jours de consommation fin mai, bien en deçà des 60 jours réglementaires, que le Maroc n’a jamais respectés depuis la libéralisation des prix.

Le gasoil, enfin, au-dessus de l’essence

Historiquement, le gasoil était moins cher en raison de la fiscalité. Les taxes s’élevaient à un peu plus de 4 DH par litre de gasoil, contre plus de 5 DH pour l’essence. Cet avantage de près de 1 DH était suffisant tant que les coûts d’importation des deux carburants restaient similaires.

À la pompe, le gasoil s'affiche désormais au-dessus de l'essence au Maroc

Actuellement, cette situation a changé. La taxe intérieure de consommation est fixée au litre, sans tenir compte d’un pourcentage. L’écart fiscal reste donc constant, tandis que le coût à l’importation du gasoil continue d’augmenter. Finalement, le surcoût du diesel sur le marché mondial a absorbé l’avantage fiscal qui existait auparavant.

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Questions-réponses

Diesel : ce que vous vous demandez

La raison en est la nature ciblée de la pénurie. Le Golfe et la Russie sont de grands exportateurs de diesel et de kérosène, et ces flux ont été interrompus.

+60%Gasoil en 10 mois

+20%Essence en 10 mois

La réponse est non, du moins pas facilement. Un baril de brut ne produit qu’une quantité limitée de diesel, et peu d’usines sont conçues pour en extraire une grande quantité. Face aux marges record, les raffineries privilégient la production de diesel au détriment de l’essence, rendant cette dernière relativement plus abondante.

Le diesel reste indispensable pour de nombreux secteurs : camions, engins agricoles, bus et taxis en dépendent. Au Maroc, il représente 75 à 80% de la consommation de carburants. En Europe, son utilisation augmente également en période hivernale pour le chauffage.

Des signes d’apaisement se manifestent : après assouplissement des sanctions américaines sur le diesel russe le 9 octobre, le prix du gasoil a diminué de 20 centimes au Maroc le 16 octobre. Néanmoins, l’AIE prévoit des tensions persistantes jusqu’en 2027. Un retour rapide sous les 10 DH semble peu probable.

Considérons un scénario de 15.000 km par an, avec un véhicule diesel consommant 5 L/100 km et sa version essence à 6,5 L/100 km.


Économie avec le diesel : par an

En raison de sa faible consommation, le diesel reste avantageux, bien que son bénéfice ait diminué de près de 40% en dix mois. Pour les gros rouleurs, il reste une option intéressante, mais pour d’autres, une réévaluation des choix s’impose.

Coût annuel de carburant, basé sur les prix relevés à Casablanca. Consommations fournies à titre d’exemple.