mardi 13 octobre 2026
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Economie

Société et Économie : Les Deux Défis de la Cheffe du Gouvernement selon l’Économiste Aroni Chaudhuri

Par Laura Tournon · Publie le 13 octobre 2026 · 5 min de lecture

Nouveau leadership au Maroc : Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement

Nommée cheffe du gouvernement par Mohammed VI le 29 septembre dernier, Fatima Ezzahra El Mansouri hérite d’un pays dont les équilibres économiques sont étroitement observés, notamment par le groupe Coface. Dans un entretien avec le magazine Jeune Afrique, Aroni Chaudhuri, économiste pour l’Afrique et coordinateur au sein du département de recherche économique, souligne que le Maroc doit transformer sa croissance en un progrès plus partagé. Malgré une dynamique significative et des investissements considérables dans les infrastructures et l’industrie, le chômage demeure un défi majeur, touchant environ 13 % de la population, et près de 30 % des jeunes âgés de 15 à 24 ans.

Les limites du modèle de croissance marocain

Comme l’indique Chaudhuri, un pays peut connaître une croissance élevée sans pour autant créer des emplois. En effet, un taux de croissance agrégé ne révèle pas comment les revenus se répartissent entre les différents secteurs de l’économie. Cela met en lumière les limites du modèle de croissance marocain, qui est fortement intégré aux chaînes de valeur européennes, tout en présentant des coûts de production relativement faibles.

Inégalités régionales et inadéquation des compétences

L’économiste rappelle que les investissements se concentrent dans des pôles tels que Casablanca, Tanger ou les provinces du sud, laissant les régions rurales et les territoires éloignés à l’écart de cette dynamique. Par ailleurs, le Maroc développe des industries à forte valeur ajoutée, qui nécessitent peu de main-d’œuvre, engendrant une inadéquation avec les besoins des jeunes qualifiés. En conséquence, la croissance et les revenus générés ne profitent pas suffisamment à l’ensemble de la population, soulignant la nécessité d’un système redistributif plus efficace.

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Mesures ambitieuses pour répondre à la demande sociale

Pour faire face à la forte demande sociale, le programme du Parti Authenticité et Modernité (PAM) propose des mesures ambitieuses, dont le coût est estimé à 350 milliards de dirhams supplémentaires.

Enjeux de l’augmentation des salaires et des compétences

Concernant la possibilité d’augmenter durablement les salaires et le salaire minimum sans améliorer les gains de productivité, Chaudhuri évoque un problème structurel : la distorsion entre les compétences produites par le système éducatif et celles recherchées par les entreprises. Il affirme qu’il est envisageable d’augmenter les salaires tout en améliorant la productivité, à condition d’investir dans le capital et la main-d’œuvre. Cela inclut la modernisation des infrastructures, l’adoption de l’intelligence artificielle et le développement des technologies agricoles, ainsi que l’augmentation de la participation des femmes et des jeunes sur le marché du travail.

Réduire les inégalités et connecter les territoires

Pour atténuer les inégalités entre ménages et territoires, le Maroc doit mettre en œuvre plusieurs leviers essentiels, notamment un véritable système de redistribution des revenus publics en faveur des catégories les plus défavorisées. Une des solutions efficaces pour les territoires consiste à améliorer leur connectivité afin de stimuler le commerce intérieur et favoriser le développement de nouvelles zones économiques, comme l’illustre le succès de Tanger. Néanmoins, un effort conséquent reste à fournir pour relier les zones reculées aux principaux centres économiques, ce qui requiert parfois des investissements à long terme dans des infrastructures.

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Perspectives budgétaires et situation financière

Sur le plan budgétaire, avec un déficit public ciblé autour de 3 % du PIB et une dette proche de 68 % du PIB, l’économiste rassure sur la solidité financière du pays. Le Maroc conserve une marge de manœuvre, demeurant attractif pour les investisseurs et ne rencontrant pas de difficultés majeures pour se financer, avec un rendement des obligations à 10 ans d’environ 3,5 % et une dette essentiellement domestique à long terme. Il est primordial d’envoyer aux marchés le signal que la trajectoire budgétaire est soutenable et que la dette n’augmente pas plus rapidement que la capacité de l’économie à croître.

Les risques sociétaux au cœur des préoccupations économiques

En évaluant le risque marocain du point de vue d’un assureur-crédit, Chaudhuri met en avant les atouts géographiques du royaume, son intégration à l’Europe et son rôle croissant en Afrique subsaharienne. Néanmoins, il insiste sur le fait que les indicateurs sociaux doivent servir de boussole pour évaluer la stabilité du pays dans les années à venir. Les investissements sociaux annoncés sont-ils réellement engagés ? Les tensions sociales diminuent-elles ou augmentent-elles face à l’inflation alimentaire et aux aléas climatiques ? L’expert conclut que, bien que la dette et le déficit soient souvent au centre des préoccupations, le principal risque pour l’économie marocaine réside dans les enjeux sociétaux.