Les enjeux géopolitiques croissants de l’Arctique
Sept mois se sont écoulés depuis que le président américain Donald Trump a menacé pour la troisième fois de s’emparer par la force du Groenland, vaste île arctique et territoire autonome danois. Cette déclaration avait provoqué une crise majeure parmi les alliés occidentaux.
Depuis, la tension entre Européens et Américains s’est légèrement apaisée, mais les dirigeants européens restent vigilants face à ces menaces. Ils envisagent désormais de travailler ensemble pour renforcer leur présence dans la région, en prenant en compte la menace d’une Russie hostile sur la longue frontière finlandaise.
Le chancelier allemand Friedrich Merz et la Première ministre danoise Mette Frederiksen se réuniront à Rovaniemi, la ville du Père Noël, avec la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, lors d’un « Sommet européen de l’Arctique ».
« L’objectif est de renforcer l’approche stratégique commune de l’UE à l’égard de l’Arctique, à un moment où l’importance géopolitique et économique de la région ne cesse de croître », explique Tuomas Tikkanen, conseiller du Premier ministre finlandais Petteri Orpo, à l’initiative de ce sommet.
Cette réunion se tient alors que la Commission européenne s’apprête à dévoiler, dans les semaines à venir, une nouvelle stratégie pour l’Arctique. Ce document déterminera les grandes orientations de l’Union européenne dans cette région pour les années à venir.
Europe has a strong partnership offer for the region: one built on reliability, equality and shared values.
Our new Strategy will build on that foundation and turn it into European engagement that is more strategic, more focused and more visible. pic.twitter.com/0Bd0eWR6pa
— Jozef Síkela (@JozefSikela) September 13, 2026
Les États membres ont encore la possibilité d’influer sur le contenu final du texte. « Cette réunion tombe à point nommé », souligne Tuomas Tikkanen.
Une région de plus en plus convoitée
Depuis l’adoption de la dernière politique de l’UE en 2021, l’intérêt pour l’Arctique a considérablement augmenté. La présence de dirigeants de pays n’ayant pas d’intérêts directs en Arctique, tels que le président roumain Nicușor Dan et le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, en est une preuve.
« L’environnement sécuritaire a profondément changé et la région suscite désormais beaucoup plus d’intérêt », déclare Tuomas Tikkanen.
Aucune décision formelle ne devrait être prise lors de ce sommet, mais les dirigeants adopteront une déclaration commune et examineront un large éventail de sujets, allant des intérêts économiques aux questions de sécurité.
Après les menaces de Donald Trump en janvier, l’OTAN a déjà lancé une nouvelle mission pour renforcer la sécurité dans l’Arctique. De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a visité le Groenland début septembre, annonçant une enveloppe de 200 millions d’euros pour le territoire. Elle a promis que l’UE serait « plus présente et engagée au Groenland et dans l’Arctique ».
Les préoccupations environnementales sont également au cœur des enjeux arctiques. Les experts estiment que la région se réchauffe près de quatre fois plus vite que la moyenne mondiale, ce qui a de graves conséquences pour les écosystèmes et les populations dépendant de ces territoires.
La fonte de la banquise ouvre également de nouvelles perspectives économiques et stratégiques. La Russie, la Chine et les États-Unis intensifient leur présence dans la région pour accéder à ses ressources naturelles et développer de nouvelles routes maritimes.
En août, la Chine et la Corée du Sud ont testé la route maritime du Nord, qui traverse les eaux territoriales russes, afin d’évaluer sa viabilité. Cette voie devient navigable pendant des périodes de plus en plus longues à mesure que la banquise recule.