mercredi 4 novembre 2026
En Direct Tebboune et Chengriha : la drogue, un outil de chantage
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Tebboune et Chengriha : la drogue, un outil de chantage

Par Martin Neuville · Publie le 4 novembre 2026 · 5 min de lecture

L’Affaire Belkaïm : Une Visite Éclair à Genève

L’affaire a pris forme avec un déplacement rapide. Le samedi 24 octobre, Abdelatif Belkaïm, en mission à la présidence de la République depuis 2019, s’est envolé pour Genève avec un vol régulier d’Air Algérie, pour revenir le même jour. Selon des journalistes ayant rapporté cet événement, il aurait rencontré Rafaa Tchouka, un homme d’affaires basé en Suisse, impliqué dans l’affaire de l’ancien directeur de la Sûreté nationale, Farid Bencheikh, actuellement jugé pour haute trahison par le tribunal militaire de Blida. Ni la présidence, ni Abdelatif Belkaïm n’ont commenté cette rencontre.

Les Révélations de Saïd Bensedira

Dans un direct diffusé le 2 novembre sur sa chaîne Flash News TV, Saïd Bensedira, porte-parole du clan des généraux ayant exercé durant la décennie noire, a apporté sa version des faits. Selon lui, Abdelatif Belkaïm aurait été missionné par Mohamed Tebboune, le fils du président, qu’il présente comme un «nouveau Saïd Bouteflika». Ce dernier lui aurait confié un «dossier sensible» à mettre en sécurité à l’étranger. Ce dossier concernerait un réseau de contrebande démantelé à Béchar, Tindouf et Adrar par les services de renseignement militaire. Les trafiquants interrogés auraient affirmé : «Nous sommes des contrebandiers, nous faisons passer de la drogue, des êtres humains, de l’or, mais nous travaillons avec l’armée, depuis l’époque de Saïd Chengriha.»

Un Accord Controversé

Ce qui suit est encore plus surprenant. Bensedira défend le chef d’état-major, en déclarant qu’en pleine lutte anti-terroriste, alors que Saïd Chengriha commandait la 3e région militaire, l’armée aurait établi un «accord» avec des barons de la contrebande locale. Ces derniers pouvaient faire passer leurs marchandises, à condition de fournir des informations sur les groupes terroristes. Selon Bensedira, «dans le monde entier, y compris l’Amérique», les États traitent avec des trafiquants. Les contrebandiers auraient ensuite profité de cet accord pour faire passer des «spaghettis et des macaronis» à des marchandises illicites comme la drogue, l’or et l’argent. Mais Chengriha, assure-t-il, n’en était pas informé.

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Une Plaidoirie Étrange

Cette défense est pour le moins singulière. Elle admet l’existence d’un pacte entre l’armée et les réseaux de trafic, sous le commandement de Chengriha, dans une région frontalière où transitent armes, êtres humains, or et stupéfiants. La seule contestation porte sur la connaissance qu’avait le chef d’état-major de ces activités. Bensedira révèle également que ce dossier avait été ouvert en 2018 et 2019 par Gaïd Salah et le chef du renseignement intérieur de l’époque, Ouassini Bouazza, qui avaient prévu d’inculper Chengriha.

Des Accusations Rémanentes

Les accusations ne sont pas nouvelles. En janvier 2022, Mohamed Larbi Zitout, exilé au Royaume-Uni, a diffusé des enregistrements de Guermit Bounouira, ancien secrétaire particulier du général Gaïd Salah. Dans ces enregistrements, Bounouira qualifiait Chengriha de «trafiquant notoire de drogue, d’armes et de carburant», affirmant qu’il contrôlait des routes de trafic de drogue lorsqu’il commandait la 3e région militaire. En réponse, le régime a rapidement condamné Bounouira à mort pour «haute trahison», et Zitout a reçu une peine de prison à perpétuité. En septembre 2025, Zitout a réaffirmé que 33 officiers liés à ce trafic avaient été emprisonnés sous Gaïd Salah.

Un Récit Qui Recoupe les Faits

Les révélations de Bensedira rejoignent celles que le gouvernement a tenté de dissimuler par une condamnation à mort : la 3e région militaire, Béchar, la période 2004-2018, et un dossier ouvert par Gaïd Salah. La différence réside dans le rôle attribué à Chengriha. Pour Bounouira, il était au cœur du trafic, tandis que Bensedira soutient qu’il n’en avait pas connaissance. Une constante demeure : des trafiquants, selon Bensedira, affirment avoir agi sous la protection de l’armée qu’il dirige aujourd’hui.

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Les Motivations de la Révélation

Pourquoi cette affaire refait-elle surface maintenant ? Bensedira en fournit lui-même une explication. Si le fils du président a pris soin de confier ce dossier à l’étranger, c’est pour l’utiliser comme assurance, voire comme arme, dans le conflit entre El Mouradia et l’état-major. Selon le youtubeur, Mohamed Tebboune et son entourage se sentent menacés depuis le décès de Boualem Boualem, ancien directeur de cabinet de la présidence, et en raison de l’implication du clan présidentiel dans l’affaire Bencheikh. En défendant Chengriha, Bensedira cherche à désamorcer une bombe à retardement.

Un État de Pouvoir Troublé

Cette manœuvre révèle l’état du pouvoir algérien. Il y a sept ans, Gaïd Salah et Ouassini Bouazza montaient un dossier contre Chengriha. Aujourd’hui, c’est le fils du président qui en possède une copie à l’étranger. Les alliances évoluent, mais les pratiques restent : chacun accumule des dossiers sur les autres, alors que le chef d’état-major d’une armée se présentant comme en guerre contre le «narco-Maroc» est à la tête d’un cartel de drogue.

Une Accusation Récurrente

Depuis de nombreuses années, Alger accuse le Maroc d’inonder l’Algérie de drogue. Pourtant, il suffirait de se tourner vers Béchar pour constater que les contrebandiers ne se cachent même pas des militaires : ils affirment avoir travaillé avec eux. Au sommet de l’État, la présidence et l’armée ne s’opposent pas dans la lutte contre la drogue, mais plutôt dans la lutte pour le contrôle du dossier.