vendredi 7 août 2026
En Direct Transfert CNOPS-CNSS : Enjeux et défis de la couverture médicale universelle
Economie

Transfert CNOPS-CNSS : Enjeux et défis de la couverture médicale universelle

Par Laura Tournon · Publie le 7 août 2026 · 4 min de lecture

Une Réforme de l’Assurance Maladie Obligatoire au Maroc : Un Défi de Taille

C’est un chantier ambitieux aux enjeux considérables. Le gouvernement marocain s’efforce de rationaliser l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Bien que la récente diminution des prix des médicaments apporte un certain soulagement, elle ne parvient pas à dissimuler la crise structurelle qui affecte le secteur. À travers la révision du calcul des prix des traitements prescrits, qui inclut l’alignement des médicaments supérieurs à 300 DH sur le tarif le plus bas des pays comparables et la réduction de la marge des importateurs par quatre, l’État espère réaliser des économies d’environ un milliard de dirhams par an. Cela représente une bouffée d’oxygène pour les ménages et les caisses de couverture sociale, mais ne traite pas le problème fondamental : le reste à charge pour le patient, comme l’indique le quotidien Les Inspirations Éco.

Un Système de Santé à Deux Vitesses

Le reste à charge que l’assurance ne couvre pas s’explique par un système de santé à deux vitesses et un régime public en difficulté. La loi 54.23 a transféré la gestion de l’AMO du secteur public de la CNOPS vers la CNSS, faisant de cette dernière le gestionnaire unique des régimes de base. Cependant, la CNOPS connaît un déficit chronique d’un milliard de dirhams par an depuis 2021 et risque d’épuiser ses réserves d’ici 2027 ou 2028.

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Des Défis Structurels Ancrés

Cette situation alarmante ne résulte pas d’une gestion inappropriée, mais de paramètres structurels stagnants depuis plus de 20 ans. Le plafond des cotisations, fixé à 800 dirhams (partagé entre l’État et l’agent public), est resté inchangé depuis 2005, limitant ainsi la contribution des plus hauts revenus. Par ailleurs, le régime a vieilli : en 2023, les retraités constituaient 38,4 % des assurés, tandis que les affections de longue durée (ALD) représentaient 53 % des dépenses, selon Les Inspirations Éco.

Une Tarification Obsolète

À l’autre extrémité, la tarification nationale de référence n’a pas été mise à jour depuis 2006. Face au refus de la CNOPS d’adopter les revalorisations demandées par le secteur privé, les assurés du public continuent d’affronter un reste à charge moyen de 34 % en 2024. De plus, le manque d’équipements dans l’hôpital public a conduit 91 % des dépenses à se diriger vers les cliniques privées.

Des Questions d’Équité Soulevées par la Réforme

Cette réforme, adoptée dans la hâte et sans attendre les recommandations du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), qui avait pointé les insuffisances du texte, pose d’énormes questions d’équité. La CNSS, dont le régime privé présente un excédent annuel de 3,55 milliards de dirhams et des réserves robustes, hérite d’un régime public affaibli ainsi que de deux autres dispositifs déficitaires (travailleurs non salariés et AMO Achamil). En l’absence de clarification sur la séparation des comptes ou d’études actuarielles détaillées, l’incertitude demeure : qui devra supporter le coût de cette situation ? Le cotisant du privé ou le contribuable ?

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L’Accès aux Soins : Une Urgence Prioritaire

En plus des défis financiers et logistiques liés à l’intégration de deux cultures administratives, la priorité doit être l’accès effectif aux soins, comme le souligne Les Inspirations Éco. Malgré le fait que 87 % de la population soit immatriculée à l’AMO, seuls 25,6 millions de citoyens avaient des droits actifs fin 2024. Privés de tiers payant généralisé et contraints d’avancer des frais, près de 60 % des Marocains choisissent de renoncer aux soins. Par ailleurs, l’harmonisation numérique tant attendue entre professionnels de santé et caisses d’assurance semble encore lointaine.