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Economie

Trois Dirhams de Trop ? Les Enjeux Cachés de la Bataille des Chiffres sur le Gasoil

Par Laura Tournon · Publie le 9 août 2026 · 5 min de lecture

Une Incohérence dans les Prix des Carburants au Maroc

Invité sur la chaîne Al Aoula, Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire du PJD, a dénoncé ce qu’il perçoit comme une incohérence entre l’évolution des cours du pétrole brut et les prix à la pompe au Maroc. Selon le député, en février dernier, alors que le baril était aux alentours de 70 dollars, le litre de gasoil se vendait à 11,20 dirhams. Suite à la crise du détroit d’Hormuz, le prix du baril a grimpé jusqu’à 100 voire 115 dollars, entraînant une hausse du prix du gasoil à 14,52 dirhams.

Un Écart de Prix Injustifié ?

« Aujourd’hui, en août, le prix du baril est redescendu à 75 dollars, alors que le gasoil est vendu à 14,65 dirhams. Est-ce logique ? Trois dirhams ? », s’est-il interrogé, soulignant un écart qu’il juge inacceptable.

Réaction du Syndicat National du Pétrole et du Gaz

Ces déclarations ont suscité la réaction de Houssine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz et président du Front national pour la sauvegarde de la Samir. Ce dernier conteste l’analyse de Bouanou et apporte des éléments d’explication.

Une Complexité du Marché

El Yamani rappelle que le marché du pétrole brut n’évolue pas mécaniquement en corrélation avec celui des produits raffinés, comme le gasoil. Actuellement, le marché international fait face à un déficit en produits raffinés, en raison de la réduction des capacités de raffinage, notamment à cause de la destruction ou de l’arrêt de certaines raffineries dans des zones de conflit, telles qu’en Ukraine et dans le Golfe.

Le Différentiel de Prix Expliqué

Concernant l’écart de trois dirhams évoqué par Abdellah Bouanou, Houssine El Yamani précise qu’il correspond à la marge de raffinage, c’est-à-dire le différentiel entre le pétrole brut et le produit fini, et non aux marges des distributeurs. « En temps normal, cet écart ne dépasse pas un dirham. Dans un contexte de déficit en produits finis, il peut atteindre jusqu’à quatre dirhams », explique-t-il.

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Fluctuations des Prix Internationaux

Le syndicaliste ajoute qu’entre la première et la deuxième quinzaine de juillet, le prix du gasoil sur le marché international a fortement augmenté, passant d’environ 7,5 dirhams à 9,4 dirhams, soit une hausse de plus de 25%, tandis que le baril de pétrole n’a progressé que de moins de 10%. En tenant compte des coûts de transport, d’assurance, des charges diverses, des taxes et des marges de distribution, le prix du litre de gasoil au Maroc aurait dû dépasser les 15 dirhams, selon lui.

Intervention Politique et Lissage des Prix

Des observateurs avancent l’hypothèse d’une intervention « politique » début août, incitant les distributeurs à ne pas répercuter immédiatement l’intégralité de la hausse, mais à la lisser dans le temps. Cela pourrait expliquer la « cacophonie » entourant la dernière révision des prix, intervenue le 3 août au lieu du 1er août, comme cela se fait habituellement.

Relance de la Raffinerie Samir

Au-delà de cette conjoncture, El Yamani réitère son appel à la relance de la raffinerie Samir, estimant que le Maroc bénéficierait de la restauration d’une capacité nationale de raffinage pour mieux maîtriser les prix. Il remet également en question la libéralisation du secteur des carburants, mise en œuvre sous le gouvernement du PJD, qu’il considère comme un facteur déterminant de la hausse des prix, en conjonction avec l’arrêt du raffinage à Mohammedia.

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Alerte du Conseil Économique, Social et Environnemental

Cette perspective est partiellement corroborée par le dernier rapport annuel 2025 du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui met en garde sur la vulnérabilité structurelle du pays en matière d’approvisionnement énergétique. Malgré les efforts de transition énergétique, les produits pétroliers représentent encore 51% du mix énergétique national en 2025, avec une consommation estimée à 12,8 millions de tonnes, dominée par le gasoil à 73%. Cette dépendance pourrait se renforcer, avec une hausse projetée de 16% d’ici 2030.

Risques de Dépendance et Sécurité Énergétique

Le CESE met également en lumière les risques liés à l’arrêt de la raffinerie Samir en 2015. Depuis lors, l’approvisionnement du marché national repose exclusivement sur l’importation de produits raffinés, rendant le Maroc plus exposé aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales et à la volatilité des prix. Ce constat renforce les appels à restaurer des capacités nationales de raffinage pour améliorer la sûreté énergétique du pays.

Vers une Régulation Accrue du Marché

Pour Houssine El Yamani, un retour à des niveaux de prix plus compatibles avec le pouvoir d’achat nécessite une régulation accrue du marché, une réduction de la fiscalité, la relance du raffinage national et une révision du cadre législatif du secteur, notamment en matière de gestion des stocks.

Appel à un Courage Politique

Le responsable syndical appelle à « un courage politique » pour faire face aux choix passés, invitant Abdellah Bouanou à faire son autocritique et à reconnaître, selon ses termes, « la grave erreur » qu’aurait constitué la libéralisation des prix dans un marché dominé par un nombre limité d’acteurs.