mardi 22 septembre 2026
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Economie

Urbanisation et agriculture : l’impact du béton sur la productivité des terres

Par Laura Tournon · Publie le 22 septembre 2026 · 3 min de lecture

La gestion du sol, un enjeu clé pour l’agriculture marocaine

Au-delà des défis liés au stress hydrique et aux aléas climatiques, la performance agricole au Maroc repose également sur une gestion efficace du sol. Une étude approfondie conduite par des chercheurs de l’Université Mohammed VI Polytechnique analyse les données nationales de ces trois dernières décennies, entre 1991 et 2021. Cette recherche met en lumière un lien significatif à long terme entre l’expansion urbaine et la baisse de la productivité du secteur agricole. Ce constat met en exergue la nécessité pour les décideurs de replacer en priorité la protection du foncier agricole au cœur des politiques d’aménagement du territoire.

Une approche novatrice pour comprendre les enjeux agricoles

Dans un pays où les difficultés rencontrées par le monde paysan sont souvent attribuées à la sècheresse ou aux variations de la pluviométrie, cette étude apporte un nouvel éclairage. En alliant l’analyse des facteurs climatiques, technologiques et socio-économiques grâce à une méthode économétrique de type ARDL, les chercheurs ont fait la distinction entre les chocs conjoncturels et les tendances structurelles. La productivité a été évaluée à l’aune de l’indice de production végétale fourni par la Banque mondiale, comparé à des éléments tels que la part de la population urbaine et le taux de pénétration d’Internet, ainsi que les moyennes annuelles des températures et des précipitations.

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L’impact de l’urbanisation sur la productivité agricole

Le résultat le plus significatif de cette étude concerne l’emprise du bâtiment sur les terres agricoles. Le modèle développé indique qu’à long terme, une augmentation d’un pour cent du taux d’urbanisation est liée à une baisse de 5,53 pour cent de l’indice de production agricole. Ce signal robuste résiste aux divers tests statistiques. Ce phénomène traduit une réalité préoccupante : l’étalement urbain grignote les surfaces cultivables, intensifie la compétition pour l’accès à l’eau, et redessine l’économie des territoires périphériques.

Les nuances des facteurs climatiques et numériques

Bien que cette étude souligne qu’il s’agit d’une relation structurelle macroéconomique plutôt que d’une causalité instantanée, elle appelle à des arbitrages rigoureux dans des zones où l’habitat, les infrastructures et l’industrie se disputent un espace limité. L’analyse met également en lumière des nuances inattendues concernant les facteurs climatiques et numériques. À long terme, ni les températures ni la pluviométrie moyenne ne s’avèrent statistiquement significatives, ce qui peut sembler contradictoire. Les chercheurs attribuent cette absence de signification à un lissage des données annuelles, atténuant ainsi l’impact des sècheresses extrêmes. En ce qui concerne le numérique, bien qu’il améliore temporairement l’accès à l’information, son utilisation ne suffit pas à transformer durablement la productivité sans des technologies agricoles avancées.

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Vers une prise de conscience des enjeux agricoles

En conclusion, tout en reconnaissant les limites d’une approche macroéconomique qui ne traduit pas les disparités régionales, cette recherche offre un message clair. La sécurité alimentaire et la vitalité agricole du Royaume ne dépendent pas uniquement des réserves d’eau dans les barrages ou des efforts réalisés au sein des exploitations. Elles se dessinent également dans les documents d’urbanisme, les plans de zonage et la volonté politique de conserver le capital foncier face à la pression croissante de l’urbanisation.