vendredi 6 novembre 2026
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Economie

Le paradoxe de TotalEnergies : des prix plafonnés en France et des tarifs records au Maroc

Par Laura Tournon · Publie le 6 novembre 2026 · 4 min de lecture

Un contraste frappant entre la France et le Maroc

Le contraste est frappant. En France, TotalEnergies met en avant un dispositif volontaire de plafonnement des prix des carburants, présenté par son PDG, Patrick Pouyanné, comme une initiative commerciale visant à préserver le pouvoir d’achat des automobilistes. Au Maroc, la même enseigne se positionnait, début novembre, parmi les plus chères dans plusieurs stations-service de Casablanca.

Des prix de carburants en hausse au Maroc

Le litre de gasoil était affiché à 16,99 dirhams chez TotalEnergies, contre 16,40 dirhams chez Afriquia. Ce qui représente une différence de 59 centimes par litre, soit 29,50 dirhams supplémentaires pour un plein de 50 litres. Les tarifs relevés chez Winxo, Shell et Petromin Oils étaient tous à 16,95 dirhams, tandis que Yoom affichait 16,89 dirhams.

Concernant l’essence sans plomb, TotalEnergies se plaçait également au plus haut de l’échelle, avec un prix de 15,69 dirhams le litre, contre 15,09 dirhams chez Afriquia et 14,99 dirhams chez Yoom.

Distributeur Gasoil (DH/L) Essence (DH/L)
Yoom 16,89 14,99
TotalEnergies 16,99 15,69
Winxo 16,95 15,38
Afriquia 16,40 15,09
Shell (Vivo Energy) 16,95 15,38
Petromin Oils 16,95 15,38

Une disparité tarifaire inédite

Au-delà des tarifs, c’est surtout l’ampleur de la différence entre les enseignes qui interpelle. Historiquement, les écarts de prix entre distributeurs se limitaient généralement à quelques centimes par litre. Une différence de 59 centimes entre deux grandes enseignes représente un phénomène particulièrement surprenant, voire inédit sur le marché national.

Cette variation des tarifs fait suite à la révision des prix entrée en vigueur le 1er novembre. Les ajustements ont été très variés selon les opérateurs. Certains ont augmenté le prix du gasoil de 50 centimes, tandis que d’autres ont appliqué une hausse proche d’un dirham. Ainsi, les stratégies commerciales des distributeurs ont engendré des écarts notables.

Une stratégie commerciale à double tranchant

Ce positionnement au Maroc prend une dimension particulière à la lumière des déclarations de Patrick Pouyanné en France. Le PDG de TotalEnergies a estimé à 500 millions d’euros le coût de l’effort commercial engagé par le groupe pour plafonner les prix dans ses stations françaises. Ce dispositif volontaire permet à la société de maintenir des prix de vente à la pompe, sans encadrement administratif des marges des distributeurs.

Le dirigeant défend cette politique comme un choix commercial stratégique, visant à protéger le pouvoir d’achat des automobilistes et à renforcer l’attractivité de son réseau. Ce plafonnement a également contribué à l’augmentation des volumes de vente et des parts de marché de TotalEnergies en France.

Une question se pose alors : dans quelle mesure cet effort commercial en France pourrait-il influencer la stratégie des filiales du groupe à l’international ? Ces dernières pourraient-elles être sollicitées, directement ou indirectement, pour compenser les pertes enregistrées en France ?

TotalEnergies Marketing Maroc évolue dans un environnement concurrentiel et réglementaire spécifique, avec ses propres instances de gouvernance, actionnaires et impératifs économiques. La question demeure pertinente face au contraste entre le discours commercial du groupe en France et les tarifs observés au Maroc.

Un contexte fiscal délicat

Ce contraste se manifeste également dans un contexte fiscal particulier. Le projet de loi de finances 2027 prévoit d’augmenter le taux de l’impôt sur les sociétés de 35 à 40% pour les entreprises exerçant des activités d’importation ou de distribution d’hydrocarbures, dont le bénéfice net dépasse 100 millions de dirhams.

Le gouvernement vise à renforcer la contribution fiscale des entreprises les plus rentables dans ce secteur. Une mesure qui cible directement les grands opérateurs pétroliers, dans un marché où la question de la formation des prix et des marges reste particulièrement sensible.

Pour de nombreux observateurs, et même au sein de certains parlementaires, le niveau record des prix constatés à la pompe depuis le 1er novembre pourrait être perçu comme une réaction des distributeurs à cette initiative fiscale. Dans cette optique, les opérateurs pourraient faire comprendre que le renforcement de leur pression fiscale se répercuterait sur les prix supportés par les consommateurs.

Néanmoins, l’hypothèse d’une réaction immédiate doit être abordée avec prudence. Rien ne permet d’établir un lien direct entre les ajustements tarifaires du 1er novembre et la mesure fiscale envisagée. Les fluctuations des cours internationaux, les conditions d’approvisionnement, les stocks et les stratégies commerciales spécifiques à chaque enseigne jouent également un rôle significatif.

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