La situation actuelle du marché de la viande au Maroc
La période qui suit immédiatement la célébration de l’Aïd Al-Adha est traditionnellement marquée par un essoufflement de la demande en viandes rouges. Cela entraîne généralement une dynamique de baisse des prix sur les étals des détaillants. « Pourtant, en dépit des espoirs nourris par les ménages marocains, le prix de la viande de bœuf et de mouton continue de peser sur le pouvoir d’achat. Bien qu’une légère inflexion des cours ait été observée sur les marchés de gros, l’allègement de la facture tarde à se concrétiser au niveau des boucheries de quartier, illustrant un marché en quête d’équilibre, » souligne le magazine Finances News Hebdo.
Les prix au marché de gros de Casablanca
Au marché de gros de Casablanca, la modeste baisse des prix constatée début juillet n’a pas suffi à inverser la tendance générale. Les transactions concernant la viande bovine se situent désormais entre 82 et 107 dirhams le kilogramme, par rapport à une fourchette précédente de 85 à 110 dirhams. Quant à la viande ovine, elle se négocie désormais entre 135 et 140 dirhams le kilogramme, contre 140 à 145 dirhams la semaine précédente.
Une baisse insuffisante pour les consommateurs
Cette légère révision à la baisse reste trop marginale pour véritablement soulager le consommateur, confronté à des tarifs toujours élevés.
Les enjeux d’approvisionnement en viande ovine
Le président de l’Union générale des bouchers du Maroc, Ahmed Taha Chihab, évoque un défaut d’approvisionnement en viande ovine. La raréfaction de l’offre de mouton maintient la fermeté des prix, poussant ainsi une partie significative de la clientèle vers la viande bovine. Actuellement, l’approvisionnement du marché national repose sur trois piliers : le cheptel bovin local et les importations d’animaux vivants ou de carcasses en provenance du Brésil et de l’Uruguay.
Impact des importations sur les prix
Les facilités réglementaires mises en place par les autorités pour encourager les importations ont permis d’éviter des ruptures de stock. Néanmoins, cela n’a pas eu l’effet escompté sur la baisse des prix. Les professionnels rappellent que la viande importée subit les fluctuations des cours internationaux, les frais de transport maritime élevés et les coûts logistiques. « La reconstitution du cheptel national, éprouvé par la sécheresse et la hausse des coûts des aliments pour bétail, est un processus lent qui ne satisfait pas la demande constante, notamment dans les grandes agglomérations urbaines, » ajoute Finances News.
Les difficultés financières des bouchers
Cette situation complexe fragilise l’ensemble de la profession. Selon les estimations, plus de 40% des bouchers n’ont pas rouvert leurs commerces après la pause festive de l’Aïd. En raison de prix d’achat élevés, de marges de profit réduites et d’une baisse continue du volume des ventes, de nombreux détaillants choisissent de suspendre temporairement leur activité, illustrant les difficultés financières du secteur.
Un contexte international défavorable
Il est essentiel de replacer cette situation dans un contexte mondial difficile. Les tensions sur le marché national reflètent une hausse généralisée des prix au niveau international. D’après la Commission européenne, les prix du bœuf atteignent des niveaux historiquement élevés en raison de la contraction des cheptels dans les principaux pays producteurs. Cette conjoncture restreint les marges de manœuvre des opérateurs marocains, car les achats en Amérique du Sud servent d’appoint stratégique, mais ne parviennent pas à infléchir l’offre globale.
Les choix des consommateurs marocains
Les préférences culturelles des consommateurs marocains influencent également le maintien des tarifs. La viande ovine est perçue comme un aliment de base, et la viande bovine importée ne constitue pas toujours un substitut satisfaisant. Ce décalage entre l’offre disponible et la demande spécifique contribue à la résistance des prix. Face à ces différents facteurs, les analystes de la filière restent prudents quant à une éventuelle baisse. La stabilisation de la situation dépendra principalement de l’augmentation de la production locale, d’un rééquilibrage de l’offre nationale et d’un assouplissement des conditions sur le marché international des matières premières agricoles.