Les Exportations de l’Aéronautique Marocaine en Forte Croissance
Les exportations du secteur aéronautique marocain ont franchi la barre des 26.216 millions de dirhams (MDH) au cours des neuf premiers mois de 2026, en hausse par rapport aux 21.435 MDH enregistrés l’année précédente, selon l’Office des changes. Cette progression de 22,3%, soit 4.781 MDH supplémentaires, représente le meilleur taux de l’année. À la fin août, le taux de croissance était de 21,5%, avec un total de 22.969 MDH.
Une Évolution Mensuelle Notable
Le début de l’année avait été plus modeste. À la fin janvier, les ventes avaient augmenté de 8,7% (2.433 MDH contre 2.239 MDH). En février, la hausse était de 16,5% (5.258 MDH), et elle est restée stable entre 12% et 17% jusqu’à fin mai, atteignant 7.909 MDH au premier trimestre (+12,6%), 11.039 MDH fin avril (+15,9%) et 13.852 MDH fin mai (+14,2%).
Un Cumul Impressionnant
Le cumul a progressé à 17.323 MDH fin juin (+19,3%), puis à 20.567 MDH fin juillet (+19,7%). Fin août, il a atteint 22.969 MDH (+21,5%), pour culminer à 26.216 MDH en septembre (+22,3%).
Une Croissance Ancrée dans l’Assemblage
L’assemblage constitue la principale source de cette hausse. À fin septembre, ce secteur a généré 18.025 MDH d’exportations, contre 14.136 MDH un an plus tôt, soit une augmentation de 27,5%. Sa croissance n’a jamais chuté en dessous de 17% depuis janvier, atteignant un sommet de 27,2% fin février et se stabilisant entre 24% et 25% durant l’été, pour enfin redémarrer à 26,9% fin août.
Les Débuts Timides du Câblage
Le secteur du câblage a connu un démarrage plus lent. Les systèmes d’interconnexion électrique (EWIS), éléments clés de la filière, ont enregistré un recul de 5,9% en janvier (760 MDH contre 808 MDH) et de 2,1% fin février (1.596 MDH contre 1.631 MDH). Ils sont revenus à la croissance fin mars (+1,6%) et ont continué à progresser jusqu’à atteindre 8.100 MDH fin septembre (+12%).
Un Parcours de 26 Ans de Montée en Gamme
Pour Hamid Benbrahim El Andaloussi, PDG de Midparc, ces chiffres représentent l’aboutissement de 26 ans de travail. Le Maroc, qui comptait 3 sociétés aéronautiques en 2000, en compte désormais 155 en 2025-2026. Le secteur a généré environ 3 milliards de dollars d’exportations en 2025, avec une croissance annuelle de 14% à 15%. Il affirme : « D’ici 5 ans, on va doubler ».
Une Filière en Transformation
La filière a évolué pour se concentrer sur des segments à plus forte valeur ajoutée. « Nous avons commencé par les systèmes électriques, et aujourd’hui, nous sommes impliqués dans la fabrication de moteurs d’avion et de trains d’atterrissage », souligne-t-il. Selon lui, le moteur représente 50% de la technologie aéronautique. Le Maroc abrite déjà un centre majeur d’entretien pour les moteurs CFM, ainsi qu’un autre dédié aux LEAP, avec un centre d’assemblage en développement avec Safran.
Opportunités et Concurrence
Le Maroc a su tirer profit de la perte de compétitivité des pays d’Europe de l’Est. Il a dépassé l’Afrique du Sud pour devenir la première base aéronautique en Afrique il y a une dizaine d’années. « Un certain nombre d’acteurs majeurs qui avaient des installations en Pologne, Roumanie ou ailleurs se replient sur le Maroc », explique-t-il. Les constructeurs attendent jusqu’à 8 ans pour recevoir un avion commandé et manquent de talents. La France, par exemple, nécessite 25.000 à 30.000 jeunes par an dans le secteur, mais peine à en recruter la moitié.
Les Retours des Industriels
Les groupes qui choisissent de s’installer au Maroc évoquent des raisons similaires. Safran, l’un des acteurs majeurs, emploie près de 5.000 personnes sur dix sites au Maroc. En octobre 2025, il a lancé un complexe de moteurs d’avions à Midparc, avec un investissement de 3,4 milliards de dirhams, et prévoit une nouvelle usine de trains d’atterrissage de plus de 280 millions d’euros, opérationnelle en 2029.
Partenariats et Croissance Durable
Olivier Andriès, directeur général de Safran, a souligné que le choix d’un site repose sur l’accueil, les talents et l’environnement macroéconomique. Le partenariat est au cœur de leur stratégie, affirmant que « nous produisons avec le Maroc ». Airbus, quant à lui, emploie environ 1.300 personnes au Maroc et collabore avec une centaine de fournisseurs locaux, soutenant près de 1.000 emplois indirects.
Investissements dans l’Avenir
Pratt & Whitney Canada a inauguré son usine à Midparc avec un investissement de 76 millions de dollars, visant à produire des pièces pour divers moteurs. Le site prévoit de passer à 200 employés d’ici 2030. Laurent Bouyer a mentionné que le choix du Maroc était stratégique pour répondre à la demande croissante de moteurs.
Défis à Relever dans les Services
Les services demeurent un point faible. L’entretien et la maintenance des avions prendront une importance croissante dans les prochaines décennies, alors que 90% des entreprises marocaines se concentrent sur la fabrication. Le PDG de Midparc admet : « Dans les services, nous n’avons pas fait suffisamment ». Les projets en cours visent à équilibrer cette situation.
Ressources Humaines et Perspectives d’Avenir
Le secteur aéronautique compte 27.000 emplois, avec un âge moyen de 30 ans et une représentation féminine de 40%. L’IMA, piloté par des industriels, forme des jeunes en alternance pour répondre aux besoins spécifiques des entreprises. Hamid Benbrahim El Andaloussi envisage déjà d’étendre cette dynamique à d’autres secteurs comme la sécurité et la défense.
Conclusion
Le PDG de Midparc conclut en affirmant que le Maroc a réussi à crédibiliser sa position sur le marché. Avec des bases industrielles dédiées à la défense et des projets ambitieux en cours, l’avenir s’annonce prometteur pour le secteur aéronautique et au-delà.