samedi 7 novembre 2026
En Direct Algérie : La Pomme de Terre, Enjeu État et Symbole de l’Incompétence du Régime
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Algérie : La Pomme de Terre, Enjeu État et Symbole de l’Incompétence du Régime

Par Martin Neuville · Publie le 7 novembre 2026 · 4 min de lecture

Une Émission Dédiée à la Pomme de Terre

Le 6 novembre, Saïd Bensedira a consacré presque deux heures de direct sur sa chaîne YouTube à un sujet inattendu : la pomme de terre. Le titre de son émission, «Sept années de vaches maigres : ni pommes de terre, ni lait, ni pneus, ni huile», illustre parfaitement son propos. Bensedira, exilé et considéré comme le porte-parole d’anciens généraux ayant joué un rôle clé durant la décennie noire, n’est pas un opposant ordinaire. Quand une voix émanant de ce milieu aborde la pomme de terre comme symbole de l’échec du régime, cela va bien au-delà des simples rayons des marchés.

Un Réquisitoire Accusateur

Son réquisitoire est succinct mais percutant : «Nous n’avons pas pu régler le problème du lait, nous n’avons pas pu régler celui de la pomme de terre, ni celui de l’huile». Il s’élève contre les responsables qui se targuent d’une Algérie «puissance régionale» et «État pivot». «Le peuple se bat pour la pomme de terre», s’inquiète-t-il. Bensedira attribue le début de ces «sept années de vaches maigres» à 2020, à l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir. Il exprime une crainte latente au sein du sérail : «Le Hirak était pacifique et civilisé, le peuple avait le ventre plein. Mais que se passera-t-il s’il sort affamé ?»

Les Réactions du Régime

Les propos de Bensedira trouvent écho dans les communiqués du régime. Le 5 novembre, le Premier ministre Sifi Ghrieb a réuni ses ministres et ses walis en visioconférence pour annoncer une plateforme numérique de suivi des prix et ordonner des «mesures légales et dissuasives immédiates» contre les spéculateurs, selon la presse algérienne. Déjà en mars, le président avait prescrit l’inscription des spéculateurs sur des «listes noires» et leur interdiction à vie de commercer, d’après le quotidien gouvernemental Horizons. En octobre 2021, il menaçait déjà de la peine capitale ces acteurs, comme le notait alors Le360. Actuellement, une loi prévoit jusqu’à trente ans de prison pour spéculation sur les légumes, avec la perpétuité en cas d’association organisée.

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La Pomme de Terre, Un Baromètre Politique

Aucun État sérieux ne mobilise son gouvernement, sa justice et ses préfets pour un simple tubercule. Lorsque cela se produit, c’est que la pomme de terre a pris une signification bien plus profonde : elle est devenue un baromètre politique. En Algérie, elle mesure l’écart entre le discours du pouvoir et la réalité quotidienne des citoyens. Le régime évoque une «nouvelle Algérie», une puissance régionale, tout en les Algériens peinent devant des étals vides, comptant leur dinar.

Un État qui Ne Prévient Pas les Crises

Le baromètre continue d’indiquer la même tendance. Le 31 octobre 2021, Echorouk titrait : «La pomme de terre à 150 DA… et le citoyen sous le choc !». Le 6 novembre 2026, Matin d’Algérie rapporte que la pomme de terre est vendue entre 140 et 150 dinars, lorsque l’on parvient à en trouver.

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Un Échec Systématique

Le temps a passé, mais la situation reste inchangée. Cinq ans plus tard, le prix reste le même, les excuses et les promesses demeurent identiques. Le régime dispose pourtant d’outils et de temps pour se préparer. Le dispositif public de stockage, le Syrpalac, est en place depuis 2008. Dix-huit ans plus tard, des opérations de déstockage sont annoncées alors que la pénurie est déjà une réalité : 120 tonnes à Médéa, 6 700 tonnes promises à Boumerdès, selon Maghreb Emergent. L’État ne prévoit pas la crise ; il la constate et cherche des coupables.

Un État qui Se Dévoile

C’est ici que la pomme de terre devient le symbole de l’incompétence du régime. Elle ne nécessite ni technologie avancée ni investissements étrangers. Elle demande simplement une bonne gestion des récoltes et un approvisionnement adéquat des marchés. Un pays qui échoue à cela en cinq ans, malgré ses lois et ses menaces, révèle une incapacité à gouverner et compense son impuissance par la peur.

La Pomme de Terre : Un Acte d’Accusation

Le régime algérien a fait de la pomme de terre une véritable affaire d’État. Plus encore, il en a fait le reflet de sa propre faillite. Un pouvoir qui menace ses marchands, emprisonne ses agriculteurs, et n’est toujours pas capable de remplir les étals n’a plus rien à offrir aux Algériens. Même ceux qui l’ont soutenu commencent à le dire haut et fort.