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Economie

AMO : Augmentation des Dépenses et Domination du Secteur Privé

Par Laura Tournon · Publie le 27 octobre 2026 · 5 min de lecture

L’Assurance Maladie Obligatoire : Un Tournant Historique pour le Maroc

La généralisation de l’assurance maladie obligatoire représente une étape décisive dans le paysage sanitaire marocain, portant le taux de couverture à près de 88% de la population, soit 32 millions de personnes immatriculées. Cette transformation a été au cœur des discussions lors d’une conférence internationale à Marrakech, réunissant les principaux acteurs tels que la CNSS, le CESE, la CGEM et le Conseil de la concurrence. Cependant, cette avancée dissimule des fragilités structurelles.

Accès aux Soins et Droits des Assurés

Bien que l’accès théorique aux soins ait été considérablement élargi, la réalité sur le terrain met en lumière que plus de 11% des assurés se voient privés de leurs droits en raison de cotisations irrégulières. Comme l’indique le magazine Finances News, « ce constat oppose deux visions stratégiques : d’un côté, la volonté du CESE d’assurer une continuité des droits pour garantir une protection effective et, de l’autre, la rigueur de la CNSS, qui maintient un lien strict entre paiement des cotisations et accès aux prestations afin de préserver les équilibres financiers du système ».

Inquiétudes Financières et Concentration des Dépenses

Les questions d’affiliation ne sont pas les seules préoccupations. La trajectoire financière du modèle fait l’objet de vives inquiétudes en raison d’une concentration massive des dépenses en faveur des acteurs privés. En 2025, près de 89% des prestations remboursées par la CNSS auront profité au secteur privé, un chiffre qui demeure supérieur à 83% même sans inclure le poste des médicaments.

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Asymétrie des Coûts et Besoin de Réhabilitation

Cette asymétrie s’explique par un coût moyen de prise en charge, qui est 5,6 fois plus élevé dans le secteur privé que dans le public. Bien que les remboursements globaux aient atteint 23 milliards de dirhams l’année précédente, enregistrant une progression de 17%, les acteurs du secteur s’accordent sur l’urgence de réhabiliter l’hôpital public pour éviter une médecine à deux vitesses et réduire les disparités entre les zones urbaines et rurales.

Encadrement Économique des Acteurs Privés

La prédominance du privé soulève des questions concernant son encadrement économique et son intégration dans le schéma national de santé. Le patronat appelle à une vision claire du positionnement des investisseurs et des conditions réglementaires entourant leurs projets. Le Conseil de la concurrence souligne que la concentration des acteurs privés peut servir de levier pour mutualiser les équipements et améliorer les soins, à condition d’éviter la création de rentes de situation ou de barrières à l’entrée.

Obstacles à l’Accessibilité Financière des Soins

Le reste à charge des assurés constitue un obstacle majeur à l’accessibilité financière des soins, atteignant près de 34% du coût effectif en 2024. La tarification nationale de référence, gelée depuis 2006, présente un décalage important avec les prix pratiqués, laissant une lourde facture aux ménages. Les responsables s’accordent sur l’urgence d’une révision des nomenclatures et des tarifs de référence ainsi qu’une actualisation des listes de médicaments remboursables.

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Rationalisation des Coûts et Amélioration de la Qualité

Pour maîtriser l’envolée des coûts sans compromettre la qualité des prestations, la CNSS propose une rationalisation rigoureuse du parcours de soins. Cela inclut le renforcement du rôle du médecin traitant, l’établissement de protocoles thérapeutiques stricts, la promotion des médicaments génétiques et biosimilaires, ainsi qu’un investissement accru dans la prévention. Par ailleurs, la régulation médicale devra s’appuyer sur une Haute Autorité de santé dotée de moyens renforcés pour évaluer rapidement les technologies et élaborer les référentiels nécessaires.

Équité dans la Répartition des Compétences Médicales

L’efficacité globale du système est freinée par une répartition territoriale inégale des compétences médicales, concentrées dans les grandes agglomérations. Pour remédier à ce déséquilibre, il est recommandé d’augmenter les capacités de formation, d’améliorer les conditions de travail dans le secteur public et de créer des incitations pour l’installation dans les zones sous-médicalisées. L’avenir du réseau sanitaire dépendra également d’une plus grande perméabilité entre les secteurs public et privé, ainsi que du déploiement des technologies numériques telles que la télémédecine et l’intelligence artificielle. Ces innovations, soutenues par un cadre réglementaire adapté, sont considérées comme des leviers essentiels pour garantir une couverture équitable sur l’ensemble du territoire.