Accélération de la régionalisation avancée au Maroc
Dans une analyse consacrée aux mutations territoriales du Royaume, publiée dans le magazine Jeune Afrique, Mounir Ferram, universitaire et ancien directeur général délégué de la Confédération générale des entreprises du Maroc, souligne l’urgence d’accélérer la régionalisation avancée. L’impulsion politique est venue directement du plus haut sommet de l’État lors du discours royal du 9 octobre, adressé à l’assemblée issue des dernières élections législatives. Face aux parlementaires et à l’équipe gouvernementale en cours de constitution autour de Fatima Ezzahra El Mansouri, le Roi Mohammed VI a établi une feuille de route claire, déclarant qu’« aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable dans la mise en œuvre pleine et entière de la Charte de la Déconcentration, avec ce que cela implique en termes de transfert de compétences et de réaffectation des ressources humaines et financières nécessaires du centre vers les provinces et les régions ».
Un contexte propice à la transformation
Cette volonté d’action prend une dimension particulière en considérant les dix années écoulées depuis le lancement du Nouveau modèle de développement des Provinces du Sud. Ce recul temporel est essentiel pour amorcer une nouvelle étape. Le contexte diplomatique international renforce cette dynamique territoriale, notamment avec les avancées récentes ayant conduit les Nations unies à valider le principe d’une autonomie sous souveraineté marocaine. Comme l’indique Mounir Ferram, cette reconnaissance internationale impose aux autorités centrales de formaliser l’architecture des pouvoirs dévolus aux instances locales. Ainsi, le territoire du Sahara se positionne comme un véritable laboratoire pour une régionalisation avancée, destinée à redéfinir les équilibres du pays.
Investissements et évaluation des résultats
Les investissements réalisés depuis l’impulsion de 2015 illustrent un effort financier significatif pour transformer le paysage infrastructurel du Sud. Avec un budget prévisionnel de 87,5 milliards de dirhams, la construction de ports, le déploiement de réseaux routiers modernes et le développement d’équipements énergétiques majeurs ont radicalement modifié ces provinces. Mounir Ferram met en avant l’importance d’évaluer cette dynamique au-delà des montants investis et des infrastructures créées. Il est essentiel de considérer les dépenses exécutées, les emplois durables générés et la capacité du tissu économique local à s’intégrer dans les chaînes de valeur, comme l’indique l’article de Jeune Afrique.
Analyse des données économiques régionales
Une analyse des agrégats économiques régionaux du Haut-Commissariat au Plan (HCP) pour 2024 révèle cette complexité structurelle. Les trois Régions du Sud contribuent à hauteur de 4,8 % au Produit national brut, un chiffre qui contraste avec les 32,3 % générés par la région économique de Casablanca-Settat. Pourtant, les niveaux de richesse par habitant atteignent des sommets, avec 92 904 dirhams à Dakhla-Oued Ed-Dahab et 73 718 dirhams à Laâyoune-Sakia El Hamra, contre 43 891 dirhams au niveau national. Ces statistiques montrent que la production de richesse par habitant ne suffit pas à rendre compte de l’intégration économique réelle. L’enjeu majeur réside donc dans la transition vers une économie diversifiée, centrée sur la valorisation locale de la pêche, des services maritimes, de la logistique, et des énergies renouvelables, tout en respectant les impératifs de la transition écologique et de la préservation des ressources hydriques.
Repenser la gouvernance territoriale
Sur le plan institutionnel, cette refondation économique nécessite des réponses claires concernant la répartition des pouvoirs entre l’État et les territoires. Bien que la Constitution et la loi organique 111-14 établissent les bases de cette gouvernance, les constats de la Cour des comptes dans son rapport de 2023 rappellent la nécessité d’opérationnaliser les compétences et de renforcer la contractualisation. Selon Mounir Ferram, cette nouvelle gouvernance doit s’appuyer sur des contrats pluriannuels précis, définissant les moyens et les résultats attendus, tout en favorisant une réelle déconcentration des services centraux. L’expérimentation en cours dans les Provinces du Sud pourrait ainsi poser les bases d’un modèle inédit, centré sur la fixation d’objectifs territoriaux et l’évaluation indépendante continue.
Vers une cohésion nationale renforcée
La transformation en cours dans les Provinces du Sud ne vise pas à isoler cette région du reste du territoire national. La régionalisation avancée tire sa légitimité de sa capacité à allier la liberté d’initiative locale et le maintien d’une solidarité interrégionale forte. Les leçons managériales et institutionnelles tirées de cette expérience pionnière serviront de référence pour accompagner les zones enclavées ou économiquement vulnérables du Royaume. À travers cette approche globale, la régionalisation se positionne comme le levier central de la cohésion sociale et du développement harmonieux de l’ensemble du Maroc.