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Impuissance et complot : la propagande pour dissimuler les incendies

Par Martin Neuville · Publie le 2 septembre 2026 · 5 min de lecture

Les Incendies en Algérie : Un Regard Critique sur le Rôle des Médias

Je consulte rarement les informations algériennes, notamment celles diffusées par la télévision officielle. Pour obtenir une vision plus réaliste de la situation, il est souvent préférable de se tourner vers les médias d’opposition sur les réseaux sociaux, qui offrent un éclairage différent sur les événements se déroulant de l’autre côté de la frontière.

Une Situation Alarmante

Récemment, les incendies d’une ampleur exceptionnelle ravageant le pays ont attiré mon attention. Dans un contexte normal, la télévision publique devrait être la première à couvrir une telle tragédie. Cependant, les médias d’opposition rapportent des centaines de victimes, des milliers d’hectares détruits et du bétail calciné. À ma grande surprise, le principal sujet traité par la télévision algérienne était la visite du chef de l’État à un blessé léger, hospitalisé. Un micro, opportunément placé, a enregistré les commentaires du président, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer l’origine des sinistres.

Une Communication Troublante

Le président a ensuite poursuivi ses déclarations sur un ton pour le moins loufoque, laissant entendre que ces incendies pourraient n’être que le résultat d’actes criminels. En émettant un soupir exagéré, il a suggéré que la responsabilité pourrait incomber à des acteurs extérieurs.

Les Coupables Désignés

Il n’a pas fallu longtemps avant que la télévision publique ne diffuse des images de douze hommes menottés, encerclés par les forces spéciales. Ce mécanisme de désignation des coupables est devenu emblématique du système en place. Les responsables seraient des Algériens de Kabylie affiliés au MAK, accompagnés de quelques Marocains entrés clandestinement sur le territoire, tous présentés comme des agents du Makhzen.

Une Vision Déformée

Ce discours alimente l’idée que le monde entier envie ce que l’Algérie est, tout en décrivant un scénario où des ennemis rôdent à chaque coin. Dans ce contexte, la télévision nationale se détournera rapidement des véritables questions, comme l’impuissance de l’État face aux incendies. Au lieu de s’interroger sur les moyens disponibles, la tendance sera de revenir sur les maux supposés du Maroc, comme si tous les malheurs se concentraient là-bas.

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Le Refus de l’Introspection

Les calamités qui frappent le pays sont systématiquement attribuées à des acteurs extérieurs. Que ce soit des incendies ou des crises économiques, le mécanisme est le même : rechercher un responsable ailleurs devient presque une discipline olympique du pouvoir algérien. Les questions gênantes, telles que la gestion des ressources et la prévention, sont soigneusement évitées.

Une Responsabilité Évitée

Il devient alors plus confortable d’accuser un ennemi mystérieux que de reconnaître les défaillances internes. Que ce soit un incendie, des victimes ou des forêts qui partent en fumée, la priorité est d’identifier qui en est responsable plutôt que de se demander pourquoi l’État n’a pas su anticiper.

Un État en Quête de Légitimité

L’ennemi est décrit comme omniprésent, qu’il soit marocain, sioniste, français ou kabyle. Ce discours manipulateur propose un récit où les citoyens sont enfermés dans une forteresse mentale, les empêchant de regarder la réalité en face.

Une Propagande Banalisée

Le scénario se répète inlassablement : indignation, lamentations, et ensuite, présentation de suspects. La télévision algérienne, avec une musique anxiogène et un vocabulaire militaire, transforme chaque crise en complot. Ce cycle devient si fréquent qu’il finit par banaliser l’absurde.

Les Conséquences de l’Inaction

Au lieu de parler de prévention et de préparation, le discours se concentre sur la désignation d’ennemis. En effet, chaque problème national est attribué à des forces extérieures, permettant ainsi à l’État d’éviter toute remise en question.

« Un État ne se mesure pas uniquement au nombre de chars dans ses casernes, ni à la longueur de ses défilés militaires, avec leurs camions et leurs chars avançant en file indienne. Il se mesure aussi à sa capacité à sauver une famille piégée par les flammes, à intervenir rapidement pour sauver des vies, à disposer d’équipements adaptés, à publier des bilans transparents et à accompagner les sinistrés après la catastrophe. »

— Aziz Daouda

Une Insulte au Peuple

Ce discours finit par insulter le peuple, sous-estimant sa capacité à regarder la réalité en face. Un État qui investit massivement dans son armée doit aussi être en mesure de protéger ses citoyens face aux catastrophes naturelles.

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Un État à l’Épreuve des Réalités

Il est essentiel pour un État de pouvoir dire : « Nous avons peut-être mal fait. Voici ce que nous allons corriger. » Dans beaucoup de pays, cette déclaration serait considérée comme une responsabilité politique ordinaire. Dans d’autres, elle semble relever de la science-fiction.

Vers un État de Conformisme

En attendant, le récit du complot demeure privilégié. Pendant que les forêts sont en proie aux flammes, la télévision algérienne ne manque jamais d’introduire le Maroc dans ses reportages, peu importe le sujet. Chaque incident, qu’il s’agisse d’un incendie ou d’une crise économique, se transforme inévitablement en opportunité de pointer du doigt le voisin.

Une Banalisation de l’Absurde

Cette propagande finit par banaliser l’absurde, enfermant les citoyens dans une forteresse mentale. Les calamités n’ont pas besoin de complots pour se produire ; elles résultent d’un État imprévoyant et d’une communication défaillante qui privilégie le récit héroïque au détriment de la transparence.