Le rôle prépondérant de l’État dans l’économie marocaine
Au Maroc, le moteur principal de l’économie est entièrement alimenté par les deniers de l’État. Malgré la volonté affichée du gouvernement de redynamiser le secteur privé, le rééquilibrage tant espéré se fait encore attendre. «Les entreprises privées continuent de graviter dans l’orbite des grands chantiers publics, dépendant largement des commandes des pouvoirs publics», affirme le magazine Finances News Hebdo.
Des ambitions claires pour un modèle de développement
La feuille de route du Nouveau modèle de développement présente des objectifs précis. L’ambition est d’inverser les rôles d’ici 2035 afin que l’investissement privé représente près des deux tiers de l’effort national. Pourtant, les chiffres du ministère de l’Investissement révèlent une réalité opposée, où l’État et le secteur public financent encore les deux tiers du total des investissements.
Vers une locomotive de croissance privée
Selon Driss Effina, économiste et président du Centre indépendant des analyses stratégiques, ce rééquilibrage va au-delà de la simple question comptable. Bien que les investissements publics soient indispensables pour construire les infrastructures fondamentales du pays, ils ne suffisent pas à générer un tissu économique diversifié ni à absorber le chômage des jeunes. Selon l’universitaire, faire du secteur privé la locomotive de la croissance représente un véritable tournant stratégique.
Des initiatives gouvernementales en réponse
L’exécutif n’est pas resté passif face à cette situation. L’adoption d’une nouvelle Charte de l’investissement et la création d’un ministère dédié reflètent une volonté d’améliorer le climat des affaires et de mieux cibler le soutien public. «Les chiffres de la Commission nationale des investissements en témoignent, avec l’approbation de 237 projets représentant 369 milliards de dirhams et la promesse de 166.000 emplois directs», souligne Finances News.
Les défis de la Charte de l’investissement
Malgré ces initiatives, la nouvelle Charte n’a pas encore réussi à inverser la tendance. Les dépenses publiques continuent leur trajectoire ascendante, passant de 230 milliards de dirhams en 2021 à 380 milliards en 2026. L’État reste le principal donneur d’ordre dans des secteurs vitaux tels que la santé, l’éducation, les transports et la gestion de l’eau, ainsi que dans des projets colossaux liés à l’organisation de la Coupe du monde 2030.
Un paradoxe à résoudre
Cette situation met en lumière un paradoxe persistant. Le développement du Maroc nécessite à la fois un secteur public fort et un secteur privé dynamique. Cependant, la dépendance du second envers le premier demeure préoccupante. Au-delà des annonces de projets, la question centrale est celle de leur concrétisation, de leur capacité à intégrer le tissu des petites et moyennes entreprises et de leur impact sur la création d’emplois durables.
Le marché du travail, un indicateur clé
Le juge de paix de cette politique est le marché du travail, où la situation reste délicate. Bien qu’une amélioration conjoncturelle ait été observée en 2026, grâce à une campagne agricole bien arrosée, le taux de chômage avait atteint 13% en 2025, touchant particulièrement les jeunes, les femmes et les diplômés. Les réformes institutionnelles et législatives engagées par le gouvernement ont posé des bases solides, mais l’effet d’entraînement du secteur privé sur le terrain reste encore à démontrer.