Le secteur privé de la santé au Maroc : un acteur incontournable du système de soins
Le secteur privé de la santé au Maroc occupe une place croissante dans le système de soins, renforcée par les réformes de la couverture sanitaire universelle et les insuffisances persistantes du public. Dans un entretien au magazine Finances News Hebdo, Abdelmadjid Belaïche, expert en industrie pharmaceutique, explique que «le secteur privé de santé présente une prédominance en termes d’effectifs, avec 17.213 médecins (53%) contre 15.452 dans le secteur public (47%)».
Une supériorité indéniable
Cette supériorité est particulièrement nette chez les généralistes, mais elle se retrouve aussi dans la qualité des équipements, la disponibilité du personnel et la maintenance, facteurs qui assurent une meilleure rentabilité des structures privées. Belaïche souligne que «la préférence des patients, y compris les moins nantis, va au secteur privé, malgré la cherté relative des prestations». La généralisation de l’assurance maladie a accentué ce rôle, mais le privé reste concentré dans les grandes villes et peine à réduire les disparités territoriales.
Des défis à relever pour le secteur privé de la santé au Maroc
Dix ans après l’ouverture du capital des cliniques aux investisseurs non-médecins, le bilan reste mitigé. Belaïche constate que «le succès réalisé s’avère très limité, puisque seules six opérations de rachat ont été enregistrées en dix ans» et que la majorité des cliniques et des lits restent concentrés à Casablanca, Rabat et Marrakech. La loi 113-13 n’a donc pas atteint son objectif de déconcentration de l’offre sanitaire, et les critiques persistent concernant les risques de dérives commerciales.
Les recommandations d’Abdelmadjid Belaïche pour un secteur privé performant et éthique
Pour concilier rentabilité et mission de santé publique, Belaïche estime qu’«il est tout à fait possible de concilier performance économique, transparence et mission de santé publique dans le secteur privé, à condition d’instaurer une régulation rigoureuse et ferme». Il recommande notamment la revalorisation des tarifs nationaux de référence, la lutte contre les pratiques abusives comme les chèques de garantie et la transparence des actes et des coûts.
La complémentarité entre le secteur public et le secteur privé : une nécessité
L’expert insiste sur la nécessité d’une complémentarité fonctionnelle entre public et privé. Selon lui, «un secteur privé pouvant prendre en charge les soins spécialisés ou programmés, et un secteur public concentré sur les situations d’urgence, la prévention et les soins courants de proximité constitue le modèle à suivre». Cette complémentarité passe par des incitations pour le privé dans les zones sous-dotées et une modernisation des infrastructures publiques.
La régulation pharmaceutique et la maîtrise des coûts : des enjeux cruciaux
La régulation pharmaceutique et la maîtrise des coûts sont également centrales. Belaïche rappelle que «le médicament a un prix affiché et connu, appelé prix facial, mais la CNSS va négocier une remise importante avec le laboratoire détenteur du médicament coûteux», un mécanisme destiné à garantir un accès équitable tout en préservant les finances de l’assurance maladie. Le droit de substitution des génériques et l’utilisation des flexibilités prévues par les accords internationaux sont autant d’outils pour renforcer la souveraineté sanitaire et la production locale.
Les défis à relever pour garantir l’accès équitable aux soins au Maroc
Enfin, la répartition territoriale des cliniques privées reste déséquilibrée. Belaïche insiste sur l’importance de rendre les régions sous-dotées attractives grâce à des incitations fiscales, un accès facilité aux crédits et des partenariats public-privé, afin d’assurer une offre multidisciplinaire viable. Un véritable partenariat entre public et privé doit reposer sur une régulation stricte, une orientation sans faille des patients, des conventions de prise en charge coordonnées et une répartition équilibrée des ressources pour garantir à la fois qualité, équité et efficience du système de santé. L’enjeu économique est clair: le privé peut être un moteur de modernisation et de performance, mais sans cadre régulateur solide et complémentarité réelle, l’accès équitable aux soins reste un défi majeur pour le Maroc.














































