Des consommateurs allemands face à la pénurie de sardines
Les consommateurs allemands à la recherche de sardines rencontrent de plus en plus de difficultés. Dans de nombreux supermarchés et discounters, l’offre a considérablement diminué, comme le rapporte l’agence de presse DPA.
Une situation préoccupante pour les enseignes
Le discounter Aldi a reconnu que certains produits, y compris les sardines, peuvent être temporairement indisponibles. « La disponibilité des sardines est actuellement limitée en partie en raison de conditions de pêche difficiles », a déclaré l’enseigne. De son côté, la chaîne Rewe parle d’une « situation tendue sur les matières premières à l’échelle européenne », affectant tant ses marques propres que les articles de grandes marques.
Le constat est similaire chez Lidl. « Actuellement, en raison d’une demande croissante de sardines, des restrictions ponctuelles de disponibilité peuvent survenir », a affirmé le groupe, qui s’efforce de collaborer avec ses fournisseurs pour rétablir l’approvisionnement rapidement. Kaufland reconnaît également des ruptures isolées, tout comme le service de livraison de courses à domicile Picnic.
Une pêcherie en déclin
Cette raréfaction des sardines trouve son origine à des milliers de kilomètres des rayons allemands. « La pêcherie de sardines la plus importante pour le marché européen, au large des côtes du Maroc, souffre depuis des années du recul des stocks », explique Stefan Meyer, directeur du Centre d’information sur le poisson (Fisch-Informationszentrum) de Hambourg, cité par DPA.
Les dernières données indiquent que 965.000 tonnes de sardines ont été débarquées en 2022, contre seulement 525.000 tonnes en 2024, soit une chute de près de 46 % en deux ans. Cette situation n’a pas connu d’amélioration l’an dernier. Les facteurs tels que le changement climatique, les modifications des conditions marines et une forte pression de pêche sont souvent évoqués.
Impact sur la production halieutique
Lors d’un webinaire organisé le 7 juillet par la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche (FENIP), il a été révélé que la production halieutique mondiale s’est établie à 1,13 million de tonnes en 2025, contre 1,33 million de tonnes en 2024, affichant ainsi un repli de 15 % en volume.
Les petits pélagiques, qui forment la majorité des captures marocaines, ont totalisé 909.750 tonnes en 2025, avec une baisse de 18 % en volume. La valeur de ces captures a également diminué, atteignant 3,52 milliards de dirhams, soit un repli de 8 %. Cette situation rappelle l’épisode des sardines en conserve, devenues de plus en plus rares au Maroc, notamment à l’approche de l’Aïd Al-Adha, un phénomène lié à la hausse des températures des eaux atlantiques.
La sardine, une espèce vulnérable
La sardine pilchardus est particulièrement sensible aux variations thermiques. Selon l’UNICOP, son cycle de reproduction et la survie de ses larves dépendent de températures idéales entre 14 et 16 °C. Lorsque ce seuil est dépassé, la mortalité des juvéniles augmente considérablement. Des eaux trop chaudes perturbent également l’upwelling atlantique, un phénomène essentiel pour la disponibilité du plancton et la répartition des bancs. En conséquence, les stocks migrent vers des zones moins accessibles aux flottilles artisanales et côtières.
Mesures de gestion des ressources au Maroc
Face à cette situation, le gouvernement marocain a choisi d’adopter une gestion plus restrictive de la ressource. La suspension des exportations de sardines congelées à partir du 1er février a été annoncée par la secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, Zakia Driouich, afin de préserver l’approvisionnement du marché intérieur et de maîtriser les prix.
Une recherche de solutions alternatives
Les options pour pallier cette situation sont limitées. La véritable sardine (Sardina pilchardus) est également présente dans l’Atlantique du Nord-Est, au large de l’Espagne et du Portugal, où les stocks ont montré des signes de rétablissement ces dernières années. Cependant, les volumes capturés demeurent insuffisants pour combler le déficit de matière première. L’expert allemand ne prévoit pas de détente rapide sur le marché de la sardine, anticipant une hausse des prix pour les consommateurs européens.
Face à ce manque d’alternatives, les industriels se tournent de plus en plus vers des espèces voisines telles que les sardinelles. Ces poissons sardiniformes se trouvent principalement dans l’océan Indien, le Pacifique occidental et les eaux tropicales de l’Atlantique. Ce changement dans les approvisionnements souligne l’importance que la pêcherie marocaine avait jusqu’à présent pour les conserveries du vieux continent.