Réunion du Conseil de Bank Al-Maghrib : Perspectives sur le Taux Directeur
Le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) se réunira le 22 septembre 2026 pour sa troisième réunion trimestrielle de l’année. À l’approche de cet événement, Le360 a interrogé deux économistes, Mohammed Jadri et Khalid Doumou, sur les décisions attendues concernant le taux directeur, actuellement fixé à 2,25%.
Maintien du Taux Directeur : Les Avis des Experts
Selon Mohammed Jadri, le scénario le plus probable serait de maintenir le taux directeur à 2,25%. Il déclare : « Je ne vois, à ce stade, ni urgence à baisser davantage le taux, ni nécessité de procéder immédiatement à une hausse ». Pour lui, BAM devrait adopter une position d’attentisme et de vigilance, en scrutant l’évolution des principaux indicateurs avant d’envisager une révision.
Inflation et Croissance Économique
Le premier élément à surveiller reste l’inflation. Les dernières données montrent une modération de l’inflation intérieure, avec un indice des prix à la consommation (IPC) ayant reculé de 1% en juillet. L’inflation sous-jacente a également diminué de 0,1%, tant sur un mois que sur un an.
Ces évolutions minimisent actuellement l’hypothèse d’une hausse du taux directeur due à des tensions inflationnistes domestiques. Selon Jadri, la dynamique des prix ne justifie pas un resserrement de la politique monétaire lors de la prochaine réunion du Conseil.
Un autre facteur à considérer est la croissance économique. L’économie marocaine a enregistré une croissance de 4,6% au premier trimestre 2026, et le Haut-Commissariat au Plan (HCP) prévoit une croissance d’environ 4,7% en moyenne pour le premier semestre, soutenue par le redressement agricole et une demande intérieure dynamique.
Dans ce contexte, BAM ne fait pas face à un ralentissement significatif qui justifierait une nouvelle baisse immédiate du taux directeur. La croissance reste suffisamment robuste pour que BAM conserve son niveau actuel.
Dynamique du Crédit et Transmission des Décisions
Mohammed Jadri souligne également l’importance de la dynamique du crédit bancaire et de la transmission des décisions de politique monétaire. Le taux directeur, dit-il, ne suffit pas à lui seul à évaluer l’orientation monétaire. Il est essentiel d’observer comment les décisions de BAM impactent les taux débiteurs, le financement des entreprises et le crédit aux ménages.
Il est donc probable qu’un délai supplémentaire soit nécessaire pour mesurer pleinement les effets des précédentes baisses. Une nouvelle réduction du taux directeur ne serait pas opportune avant d’avoir évalué l’ampleur de cette transmission à l’économie réelle.
Facteurs Internationaux et Prudence
Le contexte international, notamment les tensions énergétiques et géopolitiques, constitue également un facteur de prudence. Le Maroc, étant un importateur net d’énergie, est exposé à une éventuelle hausse des cours du pétrole et du gaz. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient représentent un risque d’inflation importée que BAM ne peut ignorer.
La décision récente de la Banque centrale européenne (BCE) d’augmenter ses taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre ajoute une dimension supplémentaire à surveiller. Cela reflète des pressions inflationnistes dans la zone euro, avec une prévision d’inflation moyenne de 3% pour 2026.
Scénarios Économiques pour le Taux Directeur
Pour Jadri, il existe trois scénarios : une hausse du taux directeur semble peu probable, une nouvelle baisse pourrait être envisagée à moyen terme si l’inflation reste maîtrisée et si les risques extérieurs diminuent. Pour la réunion du 22 septembre, le maintien à 2,25% apparaît comme le scénario le plus cohérent.
Cette approche permettrait à BAM de conserver des marges de manœuvre dans un environnement international incertain. Le statu quo ne devrait pas être perçu comme une inaction, mais comme un choix délibéré de politique monétaire visant à soutenir l’activité tout en maintenant la possibilité d’intervenir ultérieurement.
Politique Monétaire et Rôle Économique
De son côté, Khalid Doumou anticipe également un maintien du taux directeur à 2,25%, mais son analyse s’étend à la réflexion sur le rôle de la politique monétaire. Il affirme que cette dernière « n’est jamais neutre du point de vue de l’orientation de la politique générale d’une nation », en soulignant les débats sur la cible d’inflation.
Il cite l’économiste Olivier Blanchard, qui soutient que l’inflation devrait souvent dépasser légèrement la cible de 2% pour soutenir l’économie nationale. Dans les économies avancées, certains économistes prônent un objectif de 3% à 4% dans certaines conditions.
En comparaison, Khalid Doumou note qu’en août 2026, l’inflation annuelle était de 3,3% dans la zone euro et d’environ 3,4% aux États-Unis. Pour les économies émergentes, les cibles d’inflation sont souvent plus élevées, en raison de la volatilité des devises et des prix alimentaires.
Contexte Économique et Défis à Relever
La politique monétaire doit tenir compte des réalités économiques et sociales du pays. Doumou souligne l’importance de gérer les niveaux d’endettement et les marges budgétaires. La Banque centrale doit émettre une monnaie fiduciaire adaptée aux besoins de l’économie et assurer la stabilité des prix pour préserver le pouvoir d’achat des entreprises et des ménages.
Il évoque également la transformation du paysage monétaire, notamment avec le développement de la monnaie électronique et les projets de monnaie numérique de banque centrale (CBDC). Selon lui, BAM a pris du retard dans ces domaines.
Conclusions et Perspectives d’Avenir
Khalid Doumou rappelle que la prochaine réunion du Conseil de BAM, le 22 septembre, coïncide avec les élections législatives du 23 septembre 2026. Cette proximité rend peu probable une décision « fracassante » lors de cette réunion. Il anticipe plutôt que BAM ajustera sa politique après la constitution du prochain gouvernement.
Sur le plan macroéconomique, il prévoit une croissance du PIB entre 4,9% et 5,3% en 2026, avec une inflation moyenne de 1,5%. La dette publique marocaine, généralement située entre 70% et 80% du PIB, limite les marges de manœuvre de BAM.
Concernant le crédit bancaire, Doumou note qu’il ne joue plus un rôle central comme par le passé, le financement se déplaçant vers des entreprises innovantes et les marchés de la dette publique et privée.
Enfin, il conclut que le prochain gouvernement devra concentrer ses efforts sur une croissance inclusive et équitable, tout en maintenant un taux directeur stable à 2,25%, comme le prévoient également les analyses de Mohammed Jadri.