Le défi automobile algérien : vers une voiture 100% locale d’ici 2028
Mercredi 14 octobre, lors d’une rencontre nationale avec les opérateurs économiques, le président algérien a affiché ses ambitions en déclarant : « Nous arriverons à une voiture algérienne d’ici la fin de 2028. » Il a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un simple assemblage, mais d’un véhicule « avec une boîte de vitesses algérienne et des roues algériennes, et non pas seulement du gonflage de pneus ». Ce challenge a été présenté comme un pari à relever, sous une condition implicite : « Si les choses se déroulent comme nous l’avons prévu avec les Allemands et les Italiens ».
Une annonce qui suscite l’enthousiasme médiatique
La presse algérienne a rapidement réagi à cette déclaration. « La première voiture 100% algérienne verra le jour avant fin 2028 », a titré Algérie360. « Tebboune lance le challenge », a renchéri L’Algérie Aujourd’hui. Pour 24H Algérie, il s’agit d’un « moteur et d’une boîte de vitesses algériens d’ici 2028 ». Tous les médias ont relayé l’information sans aborder la question essentielle : avec quels moyens ?
Une industrie automobile en gestation
Actuellement, l’industrie automobile algérienne est largement dépendante d’une seule usine d’assemblage : celle de Fiat à Oran, propriété du groupe italien Stellantis. L’usine Renault, située à Oued Tlelat, est fermée depuis 2020 et, selon la présidence, n’avait jamais atteint plus de 5% d’intégration locale en sept ans d’activité. Les autres projets de la décennie précédente ont souvent débouché sur des litiges judiciaires, impliquant des promoteurs et deux anciens Premiers ministres condamnés dans le cadre du scandale des usines de montage.
C’est de ce contexte qu’émerge l’expression « gonflage de pneus », que le président semble apprécier : elle fait référence à des véhicules presque entièrement importés, auxquels on se contentait d’ajouter les roues pour les présenter comme « fabriqués en Algérie ». Le souvenir de cette pratique n’est pas glorieux, mais cela n’a pas freiné les promesses.
Un écosystème automobile à construire
Produire une voiture ne se limite pas à assembler une carrosserie. Cela nécessite la mise en place d’un écosystème complexe, incluant des centaines de sous-traitants, de l’acier, du plastique, de l’électronique, des moteurs, des transmissions, ainsi que des centres d’essai et des ingénieurs. Les pays qui ont réussi cette transition ont souvent mis plus d’une décennie à bâtir une industrie solide. En revanche, l’Algérie ambitionne de réaliser cet exploit en seulement deux ans, en partant de quasiment zéro, et en confiant l’essentiel « aux Allemands et aux Italiens ». L’idée d’une voiture algérienne produite par des Européens est, au moins, originale.
Des défis logistiques à surmonter
Un point particulièrement intéressant réside dans la promesse d’une production de pneus algériens pour ces automobiles locales. Pourtant, depuis 2026, les pneus sont devenus une denrée rare en Algérie. Pour en acquérir, les consommateurs doivent s’inscrire sur « El Mahata », la plateforme en ligne de Naftal, fournir une adresse e-mail, une carte bancaire, puis attendre. Un reporter de Maghreb Émergent a relaté avoir attendu plus de trois mois pour le droit d’acheter deux pneus à un point de vente de Tizi Ouzou, avec un délai de trois jours pour les retirer, dont un jour férié. Pour acheter une paire supplémentaire, une seconde carte grise et une nouvelle adresse e-mail sont nécessaires.
Sur le marché parallèle, une paire de pneus achetée à 22.000 dinars chez Naftal peut se revendre le double, voire le triple. En juillet, Naftal a annoncé un plan d’importation de 3,5 millions de pneus pour tenter d’atténuer cette pénurie. Le pays qui prévoit de fabriquer ses roues d’ici 2028 rencontre des difficultés à en importer en 2026.
Une stratégie d’annonces et de promesses
Il est évident que cette situation n’est pas nouvelle. Le régime algérien a souvent favorisé les annonces spectaculaires aux résultats concrets, préférant des échéances éloignées à des bilans immédiats. L’échéance de fin 2028 est astucieuse : suffisamment lointaine pour éviter les critiques immédiates et assez proche de la fin du mandat présidentiel pour servir de promesse électorale. Si les voitures ne sortent pas, il est probable qu’on désigne, comme d’habitude, des boucs émissaires tels que la France, le Maroc, Israël ou les Émirats.
En attendant, les Algériens continueront de rouler avec des pneus usés, dans des voitures importées au compte-gouttes, tout en écoutant à la radio qu’ils produiront bientôt leurs propres véhicules. Ce qu’ils désirent, ce n’est pas uniquement une voiture nationale, mais simplement deux pneus.