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La Facturation Électronique au Maroc : Un Nouveau Développement

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Le Maroc se prépare à la facturation électronique : une révolution en marche

Dans le cadre de sa stratégie de transformation numérique, le Maroc a multiplié les initiatives de dématérialisation des services publics. Cette dynamique a déjà touché des administrations clés comme la sécurité sociale, la conservation foncière, les douanes et, bien sûr, l’administration fiscale. Jusqu’ici, la digitalisation s’est surtout concentrée sur les déclarations et les paiements, laissant la facturation encore largement traditionnelle.

Cette situation devrait évoluer à partir de 2026 avec l’introduction de la facturation électronique, prévue par l’article 145-9 de la Loi de finances 2018, bien que le décret d’application soit toujours attendu. «La Direction générale des impôts (DGI) prépare un déploiement progressif du dispositif, conçu pour concilier les besoins de contrôle de l’administration et ceux des entreprises», indique le magazine Finances News Hebdo.

Cité par l’hebdomadaire, Aziz Slaoui, expert-comptable à Casablanca, estime «qu’au vu du peu de communication qu’on a eue jusqu’ici au Maroc, et en comparant avec ce qui se fait en France, le premier bénéficiaire est clairement l’administration fiscale. C’est une avancée technologique et un outil de contrôle beaucoup plus puissant, notamment pour lutter contre la fraude fiscale et les fausses factures».

Les avantages pour les entreprises

Pour les entreprises, la facture électronique peut également représenter un réel avantage. «Si le système est bien déployé, elles peuvent y trouver un intérêt concret: moins de saisie manuelle, moins d’erreurs, plus d’automatisation et, à terme, une simplification des processus administratifs. Cela devrait se traduire par un gain de productivité et indirectement un gain financier. Je dirais : un intérêt fiscal en priorité et un intérêt organisationnel ensuite, à condition que les entreprises soient bien outillées», précise Slaoui.

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Les défis à relever

«Cependant, cette transition ne sera pas sans défis», souligne Finances News. Le déploiement de la facturation électronique implique des contraintes techniques et réglementaires majeures. «Les obstacles, surtout au démarrage, seront d’ordre technologique, organisationnel et financier. «Pour les entreprises, il faudra prévoir un budget pour l’acquisition ou la mise à niveau des outils: logiciel de facturation, ERP, paramétrage, mais aussi formation des équipes. Les outils doivent être capables de générer des factures conformes aux exigences de la DGI, ce qui nécessite préparation et accompagnement. Au-delà du logiciel, il y aura un vrai changement d’habitudes avec de nouveaux processus internes de validation et de contrôle», souligne l’expert.

Les enjeux pour l’administration fiscale

Pour l’administration fiscale, les enjeux sont encore plus conséquents. Elle devra non seulement piloter l’ensemble du dispositif, mais aussi garantir une infrastructure fiable, sécurisée et capable d’accompagner les entreprises dans la transition, notamment les TPE et PME. «Il s’agit d’investissements importants et d’une organisation solide pour assurer la sécurité et la confidentialité des données», ajoute Slaoui.

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Impact sur les métiers du chiffre

Cette réforme modifie également le rôle des professionnels de la comptabilité et du contrôle de gestion. «La facturation électronique donne accès à une information plus fiable et plus rapide, permettant un pilotage en temps réel du chiffre d’affaires, des marges et des coûts. L’automatisation libère le contrôleur de gestion des tâches de collecte de données, lui laissant davantage de temps pour l’analyse et le conseil stratégique. Pour les experts-comptables, c’est une évolution majeure: moins de temps passé sur la collecte et la mise à jour comptable, plus de temps consacré à l’analyse et à l’accompagnement des dirigeants. C’est à la fois un défi d’outils et de processus, mais aussi une véritable opportunité de renforcer notre rôle de conseil», conclut Slaoui.

Une révolution en marche

La facturation électronique marque donc une double transformation: une modernisation des services fiscaux et une révolution silencieuse dans le fonctionnement des entreprises et des métiers du chiffre. Entre gains d’efficacité, enjeux techniques et adaptation des pratiques, le Maroc entre dans une nouvelle ère numérique où la facture n’est plus seulement un document comptable, mais un outil stratégique.