Accueil Economie Investir dans le soin à autrui : une nécessité pour contrer le...

Investir dans le soin à autrui : une nécessité pour contrer le vieillissement accéléré et la dépendance croissante au Maroc

8
0

La transition démographique au Maroc: un défi de taille à relever

Le Maroc compte actuellement cinq millions de personnes âgées de plus de 60 ans, contre 3,2 millions en 2014. En dix ans, ce chiffre a augmenté de manière significative, avec un taux de croissance annuel de 4,6%, bien supérieur à celui de la population totale, estimé à 0,85%. Selon les projections du Haut-Commissariat au Plan (HCP), d’ici 2050, un quart de la population marocaine aura 60 ans ou plus.

Cette évolution démographique nécessite une adaptation du système de santé marocain, comme l’a souligné Younes Lhadj Kacem, expert en politiques économiques et sociales. Lors d’une table ronde sur les transitions démographiques, il a mis en avant la nécessité d’intégrer la santé des seniors et la prise en charge des maladies chroniques.

Une transition démographique qui impacte la société

Le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus est passé de 9,4% en 2014 à 13,8% en 2024. Cette évolution entraîne une augmentation des maladies chroniques et des situations de dépendance, ce qui accroît le besoin en soins de longue durée. Cependant, les ressources spécialisées sont limitées, avec seulement 200 généralistes diplômés en gériatrie et 72 établissements d’accueil au niveau national.

Lire aussi:  Le haut-commissariat pour la planification appelle les budgets de l'égalité des sexes et le développement d'outils de suivi

Par ailleurs, le Maroc connaît une transformation de ses structures familiales, avec des ménages devenant plus petits et une diminution de la cohabitation intergénérationnelle. Cette évolution place encore davantage la responsabilité du soin sur les familles, en particulier sur les femmes, qui consacrent en moyenne cinq heures par jour aux tâches domestiques.

Les enjeux du soin à autrui au Maroc

Le modèle actuel crée une double fragilité, sociale et économique, en limitant la reconnaissance et l’encadrement du soin à autrui. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) préconise de considérer le care comme un investissement stratégique, afin d’améliorer la qualité des services, de créer des emplois formels et de favoriser la participation des femmes au marché du travail.

Lire aussi:  PLF 2026 : Mesures douanières en faveur de l'industrie nationale et de la traçabilité

Miser sur l’économie du care est donc crucial pour répondre aux défis démographiques, économiques et d’égalité. Le CESE propose plusieurs axes d’action, tels que l’élaboration d’une stratégie nationale dédiée au soin à autrui, la mise en place d’un mécanisme de gouvernance national, la reconnaissance économique du travail de soin et la professionnalisation des métiers du secteur.

Les recommandations du CESE pour structurer le secteur du soin à autrui

Le CESE recommande la mise en place d’un système national de suivi du soin à autrui, la reconnaissance et le soutien des aidants familiaux, ainsi que l’investissement dans les infrastructures sociales de base. Ces mesures visent à réduire la charge de soin non rémunéré qui pèse sur les femmes, tout en améliorant l’accès aux services et en renforçant l’autonomie économique des individus.