vendredi 21 août 2026
En Direct Algérie : Le fils d’un général révèle la corruption du « Système » et les meurtres entre hauts gradés de l’armée
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Algérie : Le fils d’un général révèle la corruption du « Système » et les meurtres entre hauts gradés de l’armée

Par Martin Neuville · Publie le 21 août 2026 · 6 min de lecture

Un document sonore et visuel sans précédent fait actuellement trembler les fondements du pouvoir algérien. Toufik Bennacer, vivant en France sous la menace constante d’enlèvements et d’une demande d’extradition formulée par Alger, a décidé de briser le silence. Fils du général Larbi Bennacer, figure emblématique de la Justice militaire algérienne, et frère du colonel Boualem Bennacer, ancien consul d’Algérie à Alicante, il s’est livré à une série d’entretiens avec le journaliste Abdou Semmar, diffusés sur la chaîne YouTube de ce dernier.

Dans sa position unique d’«enfant de la troupe», ayant grandi dans les résidences sécurisées du Haut-Commandement, Bennacer révèle des secrets d’État, dénonce la corruption systémique, décrit la déliquescence des dirigeants et expose les guerres de clans qui rongent le régime algérien.

Un enfant du sérail

Pour saisir l’ampleur de ses révélations, il est essentiel de comprendre le parcours de Toufik Bennacer. Né au sein du dispositif militaire à Blida, il a grandi dans l’ombre de son père, le général Larbi Bennacer. Ce dernier, après avoir intégré l’armée en 1973, a gravi les échelons pour devenir inspecteur central puis prendre la tête de la Direction centrale de la justice militaire (DCJM) en 1999. Formé en criminologie et en psychologie en France et au Canada, Larbi Bennacer était, d’après son fils, un juriste rigoureux, considéré comme l’architecte de la police scientifique moderne en Algérie.

Toufik a grandi en côtoyant les figures influentes du pays. «On était une famille», révèle-t-il, énumérant les voisins prestigieux des résidences militaires, tels que le général Athmane Tartag, ancien patron des services de renseignement, ou le général Smaïn Lamari, ex-chef de la Direction du contre-espionnage. Son père avait des liens étroits avec le clan Bouteflika et d’autres figures clés du pouvoir, ce qui a façonné son enfance au cœur des enjeux politiques algériens.

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Toufik décrit un père déterminé et inflexible, décédé le 1er septembre 2005 dans un accident de la route, un événement qui a laissé ses enfants vulnérables face à la férocité des réseaux de pouvoir.

Un État-major inculte et mégalomane

Les révélations de Toufik Bennacer mettent en lumière le fonctionnement chaotique de l’Armée nationale populaire (ANP), surtout sous le commandement du général Ahmed Gaïd Salah. Bennacer dresse un portrait accablant d’un homme au niveau d’instruction déplorable, qui gérait le pays avec une incompétence manifeste. «Il ne savait même pas ce qu’était un ADN», souligne-t-il, dépeignant un personnage imprévisible et colérique, rendant la communication presque impossible.

En tant que proche du pouvoir, Bennacer observe le train de vie extravagant de Gaïd Salah, qui, malgré un discours de sobriété, s’adonnait à des caprices, comme l’acquisition d’animaux exotiques. Souvent, il écoutait en boucle une chanson raï, ce qui, selon Bennacer, était insupportable.

La mort de Gaïd Salah, survenue brutalement en décembre 2019, constitue un tournant dans les révélations de Bennacer. Grâce à son accès privilégié, il apporte un témoignage direct sur les circonstances entourant ce décès, qui a profondément modifié le paysage politique algérien.

Les indices d’une élimination ciblée

D’après Bennacer, la mort de Gaïd Salah ne ressemble en rien à un décès naturel. Alerté de l’urgence médicale, il se rend sur place et décrit une atmosphère chaotique, avec des ordres contradictoires et une prise en charge médicale alarmante. Des taches de sang sont retrouvées dans la salle de bain, ce qui soulève des questions sur la nature réelle de l’incident.

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Bennacer relate également les cris de détresse des proches présents, témoignant d’un homme actif quelques heures auparavant, présidant des réunions importantes. Il qualifie cette mort de «suspecte», évoquant des anomalies telles que l’absence d’autopsie et l’isolement immédiat des témoins clés.

La réaction rapide du pouvoir, avec l’interdiction d’examens médicaux, renforce les soupçons d’un possible empoisonnement. Bennacer a été témoin d’une purge systématique, ciblant ceux qui pourraient détenir des informations sur les événements de cette nuit-là.

Une corruption systémique et une guerre sans merci

À travers ses confidences, Toufik Bennacer révèle le versant financier d’un système militaire devenu oligarchique. Il dépeint une institution militaire axée sur le profit personnel des hauts gradés, au détriment des ressources nationales. Les budgets de la Défense nationale sont préservés, tandis que les autres secteurs subissent des coupes drastiques.

Les enfants des haut-gradés, comme ceux de Gaïd Salah, bénéficient de privilèges inouïs, accédant à des crédits bancaires et des biens d’État sans aucune garantie. Ces dynamiques renforcent les inégalités et la corruption au sein du système.

Bennacer dénonce également la guerre fratricide qui sévit au sein du Haut-Commandement, illustrée par la purge des services de renseignement. Cette lutte de pouvoir constante crée un climat de paranoïa où chaque clan cherche à éliminer l’autre. C’est dans ce contexte que la famille Bennacer a été ciblée, entraînant une campagne de diffamation à leur encontre.

En conséquence, Toufik Bennacer se retrouve en exil, conscient que le régime algérien ne tolère pas qu’un de ses «fils» dévoile publiquement les secrets de la dictature militaire. Ce récit percutant met en lumière les enjeux complexes auxquels fait face l’Algérie aujourd’hui.