mardi 3 novembre 2026
En Direct Carburants : Lekjaa rejette le plafonnement et diminue l’importance d’une relance de la Samir
Economie

Carburants : Lekjaa rejette le plafonnement et diminue l’importance d’une relance de la Samir

Par Laura Tournon · Publie le 3 novembre 2026 · 5 min de lecture

Le Plafonnement des Prix : Une Position Claire du Gouvernement

Sur la question du plafonnement des prix, Fouzi Lekjaa a été catégorique. Le gouvernement ne prévoit pas de recourir à cette mesure. Il a également écarté toute possibilité de réintégrer les carburants dans le système de compensation, appelant à « dire la vérité aux citoyens », plutôt qu’à céder à ce qu’il a qualifié de « démagogie destinée à flatter les sentiments ».

Les Coûts des Subventions : Un Poids pour les Finances Publiques

Pour le ministre, le retour à un dispositif généralisé de subvention des produits pétroliers représenterait une charge annuelle estimée entre 50 et 70 milliards de dirhams pour les finances publiques. Cette enveloppe considérable pourrait, selon lui, être mieux utilisée pour renforcer les hôpitaux et les services publics. Il a également rappelé que l’ancien système de compensation bénéficiait davantage aux catégories ayant un pouvoir d’achat élevé, en raison de leur niveau de consommation, qu’aux ménages les plus modestes.

Fiscalité et Impact sur les Prix à la Pompe

Le ministre a en outre relativisé l’effet d’une éventuelle baisse de la fiscalité sur les prix à la pompe. La suppression de la taxe intérieure de consommation (TIC) sur les carburants, a-t-il expliqué, ne se traduirait que par une diminution d’environ 1,20 dirham par litre. Pour lui, toute proposition de réduction fiscale doit être évaluée en fonction de son incidence réelle sur le prix payé par le consommateur.

Les Marges des Sociétés de Distribution : Une Réflexion Nécessaire

Un autre point sensible du débat concerne les marges réalisées par les sociétés de distribution. Lekjaa a présenté des données visant à éclairer l’évolution de la rentabilité du secteur. Le chiffre d’affaires des entreprises concernées a augmenté de 99,52 milliards de dirhams en 2017 à 131,365 milliards en 2025. Parallèlement, leurs bénéfices ont diminué, passant de 8,505 milliards à 7,69 milliards de dirhams.

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Le taux de marge bénéficiaire s’établit ainsi à environ 5,85% en 2025, contre 8,6% en 2017. Le ministre a insisté sur la nécessité de ne pas confondre chiffre d’affaires et bénéfices, ni de considérer que toutes les entreprises du secteur génèrent les mêmes niveaux de rentabilité.

Il a également souligné les risques inhérents à l’activité d’importation et de distribution, tels que les fluctuations des cours internationaux et les délais d’approvisionnement. Certaines sociétés doivent programmer leurs achats et leurs stocks jusqu’à trois mois à l’avance, s’exposant ainsi à des gains comme à des pertes selon l’évolution des cours sur les marchés internationaux, notamment celui de Rotterdam.

Les Propositions des Députés : Vers un Encadrement du Secteur

Ces explications surviennent alors que plusieurs députés ont plaidé pour un encadrement plus strict du secteur, y compris un plafonnement des marges bénéficiaires. Le député Abdellah Bouanou, du groupe du Parti de la justice et du développement (PJD), a proposé un mécanisme fiscal flexible, permettant de réduire les prélèvements lorsque les cours internationaux augmentent et de les relever lorsqu’ils baissent.

Idriss El Azami, président du même groupe, a défendu l’idée d’une contribution fiscale accrue des entreprises opérant dans des situations de monopole ou d’oligopole, tout en mettant en garde contre le risque de répercussion de la charge fiscale supplémentaire sur les consommateurs. Il a évoqué la possibilité d’un plafonnement des marges et d’un suivi plus rigoureux des coûts d’approvisionnement.

D’autres élus ont appelé à une intervention directe de l’État. Omar Benjelloun, du groupe de l’Alliance de la gauche, a plaidé pour un plafonnement des prix à la consommation, une taxation de la fortune des actionnaires des sociétés pétrolières et une reprise en main par l’État des capacités de stockage. Samir Chaouki a également insisté sur les répercussions de la hausse des carburants sur les professionnels du transport et le pouvoir d’achat.

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Vers des Réformes Structurelles

En réponse à ces propositions, Fouzi Lekjaa a mis en avant les réformes structurelles nécessaires au bon fonctionnement du marché. Il a identifié trois priorités : l’achèvement des conditions d’une concurrence effective, le renforcement des capacités nationales de stockage et une réflexion sur la séparation des activités d’importation et de distribution.

Concernant ce dernier point, le ministre estime que le lien actuel entre les deux activités doit être repensé afin de prévenir d’éventuels dysfonctionnements et de garantir une plus grande transparence. Le développement du stockage est, selon lui, indispensable pour permettre l’ouverture du marché à de nouveaux opérateurs, qui ne peuvent rivaliser avec les acteurs établis sans disposer de capacités suffisantes pour entreposer les produits importés.

Concernant le dossier de la Samir, Lekjaa a appelé à éviter les raccourcis dans le débat sur une éventuelle remise en service de la raffinerie. Il estime que le raffinage pétrolier ne constitue plus systématiquement un choix stratégique, même pour de grands pays producteurs. Son redémarrage ne garantirait pas, à lui seul, une baisse des prix sur le marché national, surtout dans un contexte où le baril dépasse les 100 dollars.

Le ministre s’est montré ouvert à toute initiative de partenariat public-privé ou à tout investissement national ou étranger susceptible de valoriser le site. Il a surtout souligné l’intérêt de ses infrastructures de stockage pour renforcer les réserves stratégiques du Royaume.