mercredi 12 août 2026
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Diplomaties parallèles : De Björkö à Anchorage, entre Guillaume II et Donald Trump

Par Martin Neuville · Publie le 12 août 2026 · 5 min de lecture

Une rencontre historique : Trump et Poutine à Anchorage

Il y a un an, Donald Trump et Vladimir Poutine se retrouvaient à Anchorage, sur une base militaire, pour tenter de résoudre la question ukrainienne. En visionnant ces images, je n’ai pu m’empêcher de penser à une autre rencontre célèbre : celle de Björkö.

Le souvenir de Björkö

Qui se souvient encore de l’entrevue de Björkö? Cet événement avait secoué les chancelleries européennes et, à l’instar de la rencontre d’Anchorage, celle du 15 août 2025 entre Trump et Poutine avait suscité de nombreuses spéculations parmi les journalistes et les politiciens.

Parallèles historiques

En parcourant les analyses de la rencontre Trump-Poutine, je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec la rencontre de Björkö, qui a eu lieu entre l’Empereur d’Allemagne Guillaume II et son cousin, le Tsar Nicolas II. Les similitudes entre ces deux figures, ainsi que les diplomaties qu’ils ont menées, sont frappantes.

Retour sur l’histoire : la rencontre de Björkö

Pour comprendre cette analogie, il convient de se replonger dans l’histoire. Le 11 juillet 1905, à bord du yacht impérial russe L’Étoile polaire, Guillaume II et Nicolas II signèrent un traité secret à Björkö. Cette année-là, la Russie était en proie à une guerre désastreuse contre le Japon, culminant avec la défaite navale de Tsushima, le 28 mai 1905, suivie d’une agitation sociale qui mènera à la révolution russe de décembre, marquant un tournant pour l’autocratie tsariste.

La dynamique entre Guillaume II et Nicolas II

Guillaume II, s’appuyant sur l’improvisation qui le caractérisait, tenta de tirer profit du désarroi de son cousin Nicolas II. Il souhaitait corriger une erreur diplomatique majeure qu’il avait commise en 1890, en dénonçant le Traité de réassurance, une alliance militaire entre l’Allemagne et la Russie. Les relations entre ces deux autocrates étaient marquées par des phases d’amitié et de tension, à l’image des interactions entre Trump et Poutine.

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Les excès de Guillaume II

Guillaume II indisposait souvent le Tsar par ses conseils et ses visites imprévues, affichant une supériorité qui froissait la cour de Saint-Pétersbourg. Il n’hésitait pas à envoyer des portraits de lui-même, le représentant sous les traits d’un archange, ou encore en armure, brandissant un crucifix devant un Tsar agenouillé.

Une rencontre orchestrée

Guillaume II, convaincu de son charme personnel, souhaitait persuader le Tsar de renoncer à son alliance avec la France, espérant ainsi obtenir un succès diplomatique. Il partagea cette idée avec son Chancelier, le prince de Bülow, qu’il pria de ne pas l’accompagner dans cette mission. Bülow, dans ses mémoires, confia avoir compris que l’Empereur croyait en sa capacité de séduction.

«Chacun des deux dirigeants semble également avoir ses obsessions territoriales. Pour Trump, on le sait, ce furent le Canada, puis le Groenland et, un temps, le Panama.»

— Xavier Driencourt

Une rencontre secrète

En quatre jours, Guillaume II réussit à organiser cette rencontre, harcelant son cousin pour lui proposer une entrevue secrète au large de l’île de Björkö. Les deux empereurs se rencontrèrent en tête-à-tête, sans ministres ni conseillers, à l’exception du consul prussien à Hambourg. Guillaume II parvint à convaincre Nicolas II de signer un traité d’alliance défensive, qui devait entrer en vigueur à la fin de la guerre russo-japonaise.

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Un échec diplomatique

Bien que Guillaume II se vanta de son succès diplomatique dans une télégramme à son Chancelier, le Tsar, à son retour à Saint-Pétersbourg, dut faire face à des diplomates inquiets de cette alliance secrète. Le 23 novembre, coincé par la pression, Nicolas II dénonça le pacte de Björkö, provoquant un fiasco pour l’Empereur allemand.

Parallèles avec la diplomatie moderne

Les méthodes de Guillaume II et de Trump révèlent des similitudes intéressantes. Les deux dirigeants privilégient une diplomatie personnelle, rechignant aux longues réunions et aux dossiers préparés, préférant s’en remettre à leur intuition. Le Chancelier de Bülow notait déjà que l’Empereur croyait plus en l’efficacité d’une rencontre directe qu’en des notes diplomatiques.

  • Tous deux s’entourent d’amis et de conseillers proches, négligeant souvent les experts diplomatiques.
  • Leurs passions sportives reflètent leurs personnalités : Guillaume II pour les régates, Trump pour le golf.
  • Leurs obsessions personnelles, qu’il s’agisse de reconnaissance ou de territoires, marquent également leurs approches.
  • Enfin, leur penchant pour le spectacle et le faste est évident, chacun cherchant à se mettre en scène.

Conclusion : une tentation séculaire

À un siècle d’écart, il est révélateur de constater que tout chef d’État, qu’il soit élu ou héréditaire, a la tentation de vouloir prendre les rênes de la diplomatie, persuadé que celle-ci est trop sérieuse pour être laissée aux diplomates. Chacun s’en remet à sa force de conviction, à ses entretiens directs. Si Guillaume II avait dû naviguer sans les technologies modernes, qu’en aurait-il été de la diplomatie européenne avant 1914?